Commerce | Val-de-Marne | 03/11/2020
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Reconfinement: comment les libraires s’organisent pour “limiter la casse”

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Pas question de baisser complètement le rideau pour les libraires, alors que démarre la période cruciale de l’année, celle des prix littéraires et des cadeaux de Noël.

“Depuis le déconfinement, les gens attendent dehors s’il y a trop de monde, chacun porte un masque, la machine à carte bleue est désinfectée, il y a du gel hydroalcoolique à l’entrée… Nous avons mis en place un protocole sanitaire complet”, déroule Isabelle Léger, qui a ouvert Les Mots retrouvés en juillet 2018, à Vitry-sur-Seine, en place d’une librairie fermée quatre ans plus tôt. La libraire indépendante peine à comprendre ce reconfinement. “Au mois de mars, nous n’avions rien, pas de masques, pas de gel. Nous ne savions rien du virus. Tout le monde était en panique. Aujourd’hui nous sommes équipés, organisés.”

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Novembre-décembre : une période cruciale pour les libraires

La période de ce reconfinement est aussi perçue comme davantage préjudiciable. “Mars avril mai, c’est la période un peu creuse, après la rentrée littéraire de janvier et avant les préparatifs de vacances. Novembre décembre, c’est une période d’activité intense, entre les prix littéraires et les achats de Noël”, expose Jacques-Etienne Ully, à la tête de trois librairies indépendantes fédérées dans l’association Folies d’encre qui en totalise neuf, essentiellement en Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne. “Et puis, lors du premier confinement, tout était gelé, y compris les livraisons de livres depuis les éditeurs, ce qui limitait les frais. Nous avions ouvert en click and collect à la fin du confinement mais sur nos propres stocks. Cette fois, tout fonctionne, nous risquons donc l’effet de ciseaux entre les factures fournisseurs et la chute de notre chiffre d’affaires”, poursuit le libraire.

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Distorsions de concurrence

Ce qui agace aussi, bien sûr, c’est le “deux poids deux mesures”, entre ceux qui ont ou pas le droit de continuer à vendre des livres. Là-dessus, la fermeture des rayons livres des supermarchés est plutôt bien comprise. “Si en plus de cette situation nous devons subir la concurrence déloyale des magasins qui peuvent rester ouvert c’est la cerise sur le gâteau!”, motive Albert Zenouda, qui fait vivre une librairie depuis dix ans à Bry-sur-Marne, L’Ivresse du livre, et a relevé le défi il y a deux ans de reprendre l’ex librairie Honoré de Champigny-sur-Marne, désormais L’Instant Lire. Lui-même aurait pu miser sur son rayon papeterie pour tenter de rester ouvert, mais ce n’est pas son activité première, cela n’aurait pas été “réglo” à ses yeux.

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“Il serait délirant que le seul endroit où l’on ne puisse pas acheter de livres soit les librairies! Une telle situation n’aurait pu qu’augurer une rébellion”, approuve Jacques-Etienne Ully.

Pour Isabelle Léger, cette interdiction n’était pas la solution. “On n’est pas des revanchards, on ne voulait pas faire fermer les rayons dans les supermarchés mais juste pouvoir ouvrir. Nous avons des collègues librairies qui travaillent à la Fnac et n’avons pas envie qu’ils perdent leur boulot. C’est Amazon qu’il faudrait interdire!” Dans la ligne de mire des libraires indépendants, la plate-forme américaine pèse environ la moitié du marché de la vente de livres en ligne, selon les baromètres régulièrement effectués par Kantar. Ses atouts : une livraison rapide et quasi gratuite.

Prix de livraison

“Roselyne Bachelot a annoncé ce lundi que les tarifs postaux d’envoi des livres seraient divisés par trois ou quatre. Si cette promesse est suivie d’effets, cela pourrait avoir un vrai impact car, actuellement, le prix postal pour acheminer un livre est rédhibitoire par rapport à Amazon qui facture 1 centime d’euro!” espère Jacques-Etienne Ully. Une mesure que le libraire aimerait même voire pérennisée au-delà de la période Covid 19, faisant un parallèle avec l’instauration du prix unique du livre avec une réduction maximale de 5% en 1981. “La loi Lang a sauvé les librairies et nous a permis de conserver l’un des réseaux les plus denses du monde. Aujourd’hui, il faudrait une loi Lang 4.0!”

En attendant, Click and collect

En attendant, les libraires misent sur les réservations en ligne, par téléphone ou par mail, et le retrait en magasin. Contrairement au confinement du printemps, les permanences horaires sont maintenues assez larges, pour éviter de maintenir au maximum l’activité. Mais après le raz-de-marée la veille du confinement, l’activité est plutôt calme… “On a essayé d’égayer les vitrines, en mettant tous nos livres préférés avec plein de petits mots. Cela permet de proposer du conseil de manière indirecte”, explique Isabelle Léger qui a dressé sa table devant l’entrée et se tient prête aussi à renseigner les clients depuis son pas de porte.

En amont, les libraires activent tous les canaux : Facebook, Instagram, emailing, site Internet, téléphone… pour informer sur les nouveautés, maintenir une actualité autour de leur magasin. Une manière de garder le contact avec les fidèles pour que, surtout, ils ne prennent pas de nouvelles habitudes, mais qui ne permettra pas d’accueillir tous les acheteurs qui seraient passés sans but précis et auraient eu un coup de coeur, voire plusieurs.

Réservation en ligne mode d’emploi
Pour la partie réservation en ligne, Folies d’encre s’appuie sur un réseau associatif de librairies indépendantes de Seine-Saint-Denis (Librairies 93) qui a développé un site Internet de vente en ligne commun. Un site qui n’existait pas au mois de mars et permet cette fois d’être prêt tout de suite. De son côté, Les Mots retrouvés passe par Paris Librairies, un portail qui fédère des libraires indépendants de l’agglomération parisienne, ou Leslibraires.fr.
A noter que es sites permettent aussi d’acheter son livre en format numérique, pour ceux qui ne veulent pas se déplacer.
L’Ivresse du livre dispose pour sa part de son propre site Internet de vente en ligne.

Reste que les libraires sont inquiets pour la suite. “Nous avons recouru au PGE (Prêt garanti par l’Etat) mais il faudra bien le rembourser à la fin. Or, nous n’avons aucune visibilité. L’autre outil est le chômage partiel mais cela ne résout pas le loyer et le coût du stock, témoigne le propriétaire des Folies d’encre de Gagny, Aulnay-sous-Bois et Le Perreux-sur-Marne. Au printemps, nous avions recouru au chômage partiel puis nous n’avions ouvert que quelques heures. Pour l’instant, nous essayons d’ouvrir aux heures normales et n’avons pas encore fait appel au chômage, nous attendons de voir ce que cela donne.” Encore bénéficiaire du chômage lié à un précédent poste au printemps dernier, Isabelle Léger dépend cette fois uniquement de sa librairie et espère tenir le cap, mais elle bien conscience que cette anière dégradée de travailler “sert juste à limiter la casse.”

De son côté, Albert Zenouda est aussi inquiet. “Au printemps, nous avons fait le gros dos et évité le chômage partiel. Cette fois, nous allons voir comment cela se passe, et essayer à nouveau de tenir. Mais cette activité en click and collect n’est qu’une rustine qui ne peut durer. J’ai surmonté beaucoup de choses et suis d’un naturel confiant mais c’est la première fois que je vois un vrai risque financier. En même temps, nous avons un réel problème sanitaire. C’est une question de santé publique.”

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