Coronavirus | Val de Marne | 30/03
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Sans-domiciles et coronavirus en Val-de-Marne: encore plus de besoins urgents

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Dans le contexte de confinement général lié à l’épidémie de coronavirus, les personnes sans domicile, déjà fragilisées, ont encore plus de mal à subvenir à leurs besoins de base, d’autant que l’accueil de jour a été réduit. Dans ce contexte, professionnels et bénévoles ont augmenté le nombre de maraudes sociales. En parallèle, le nombre d’hébergements d’urgence a été déplafonné. Un centre de confinement destiné à accueillir les personnes Covid 19 sans logement doit aussi ouvrir cette semaine. La situation dans les bidonville préoccupe aussi.

Au SIAO du Val-de-Marne (Service intégré d’accueil et d’orientation en charge de réceptionner et de répondre aux demandes d’hébergement d’urgence mais aussi de suivre les personnes sans domicile dans la durée), opéré dans le département par la Croix rouge, on a augmenté le nombre de maraudes.

Distribution de colis alimentaires

Deux équipes de jour et deux équipes de nuit se relaient sept jours sur sept pour sillonner le département. « Les personnes ne vont plus dans les accueils de jour et nous avons pris le parti de distribuer des colis alimentaires ne nécessitant pas d’être cuisinés ou réchauffés », explique Françoise Bousquet, directrice territoriale de la lutte contre les exclusions à la Croix-Rouge. « Nous essayons aussi de repérer les personnes qui présentent des signes de Covid 19. »

Un centre de confinement Covid 19 dédié aux personnes sans domicile

Cette semaine, un centre de confinement dédié aux personnes sans domicile présentant les symptômes du coronavirus devrait ouvrir ses portes, qui sera géré par la Croix Rouge.

Les associatifs redoublent d’engagement

Au-delà de ses salariés, la Croix Rouge du Val-de-Marne dispose aussi d’équipes bénévoles le vendredi. « Nous sommes montés en puissance avec 4 ou 5 équipes au lieu de 2 habituellement, ce qui représente une vingtaine de bénévoles. Nous n’allons pas que sur les signalements mais allons voir les personnes isolées identifiées par l’association. Nous avons masque, gel et nous respectons les gestes barrière. Mais il faut faire aussi attention de ne pas effrayer. Lorsque nous voyons des personnes potentiellement malades du Covid 19, nous faisons un premier bilan et appelons le 15 », explique Hervé Pilet, porte-parole de l’association.

En dehors de la Croix rouge, d’autres associations locales ainsi que certaines communes assurent aussi un suivi des personnes sans domicile. « Nous organisons désormais une maraude par soir, de 19h à 20h, au centre Jeanne Hachette : ça leur permet de garder au moins un repère », explique Yves Pontonnier, responsable de l’association De la Rue à la Scène qui intervient à Ivry-sur-Seine. S’il confie lui aussi rencontrer des difficultés financières, il est résolu à ne pas leur tourner le dos, lui qui a connu la rue. « Si nous ne venons pas les voir, ça va être une catastrophe. Il faut garder ce lien avec eux. Nous essayons de nous faire au mètre de distance, et nous préparons dans les cuisines d’une maison de quartier ou bien chez nous, des repas froids accompagnés d’un thé ou d’un café. Nous sommes trois ou quatre par soir, et une dizaine en tout, ce qui n’est pas de trop car dans un second temps à 20 heures, nous tournons dans les quartiers d’Ivry, là où on a localisé des squats : rues Monmousseau et Mirabeau, cité Gagarine et d’autres. On dépose les repas devant ces 10 mètres carrés qui abritent dix personnes ou plus. »

Des membres de l’Association De la Rue à la Scène, au centre Jeanne Hachette

Depuis Arcueil, l’association Action Froid a aussi intensifié le rythme des maraudes, malgré des effectifs restreints : « En temps normal, une maraude peut accueillir une trentaine de personnes, que constituent les plusieurs bénévoles piétons, et les conducteurs. Cependant, pour éviter tout rassemblement, nous constituons des groupes de dix personnes. Nous en faisons plusieurs jours de suite, au lieu de la session hebdomadaire du samedi. Elles se déroulent néanmoins toujours de la même manière : une personne prépare les plats, livrés au local de l’association, à Arcueil, avant un départ des bénévoles dans les différents arrondissements de Paris », explique Juliette Princely, membre du groupe Facebook « Maurades Créteil », géré par l’AEMC (l’Association des étudiants en médecine de Créteil), qui viennent en renfort chaque samedi aux équipes d’Action Froid, en temps normal. « Les étudiants en médecine, avec qui nous sommes en partenariat, ont reçu comme consigne de leur faculté de ne plus venir. Heureusement, dès dimanche, nous avons pu compter sur de nouveaux bénévoles et des restaurateurs nous ont appelés pour déstocker leurs produits », indique Ambre Boulay, membre d’Action Froid depuis sept ans. S’ils ont pour l’instant gants et masques qu’ils se sont procurés ici et là, ils craignent la pénurie. « Après avoir mis la pression, nous avons reçu une dizaine de masques la semaine dernière, de la part de la mairie d’Ivry, reconnait Yves Pontonnier. Cela dit, il va bien falloir les renouveler, sans cela nous serons tous tour à tour malades, et à l’arrêt ; et puis, il en faudrait pour les personnes à la rue… »

A Ivry, la municipalité propose par ailleurs des livraisons repas aux associations, ainsi que la Protection civile. « Les plateaux repas distribués sont fournis par le Siresco (le syndicat intercommunal en charge de la restauration collective), qui nous aide par ailleurs à livrer des repas aux personnes âgées. Nous travaillons également avec l’association Solidaritess, qui distribue des denrées, depuis son local de l’avenue Spinoza », détaille Ilyès Selma, cheffe de cabinet de la mairie d’Ivry.

Accueil de jour réduit

Cet accompagnement est d’autant plus précieux que l’accueil de jour a été considérablement réduit en raison du contexte épidémique. « A la Halte Fontenaysienne qui accueille chaque jour plus de 60 personnes, à coté de Val de Fontenay, nous nous efforçons de rester ouverts. Mais nous avons dû réduire les services car l’espace d’accueil est trop petit pour permettre de conserver les distances de sécurité nécessaires », alerte ainsi Bernard Abraham, président de l’association. Le résultat : l’impossibilité de proposer des petits déjeuners, des douches accessibles au compte-goutte sur rendez-vous, et du courrier distribué sur appel SMS quand il arrive, décrit l’associatif. « Nous donnions la possibilité à un certain nombre de personnes de prendre régulièrement des repas à coût très réduit chez des restaurants partenaires, le midi ou le soir. Mais aujourd’hui ils ont fermé. Alors, pour aider ceux qui sont le plus en difficulté, nous avons commencé à distribuer 2 sandwiches par jour aux personnes qui sont à la rue. Nous leur distribuons aussi largement des produits de prévention (gel / désinfectant / serviettes et gants de toilettes jetables / kit hygiène…) », poursuit le bénévole qui lance un appel aux dons.

Déplafonnement des nuitées hôtelières

Au-delà de l’accompagnement dans la rue, la capacité d’hébergement d’urgence a par ailleurs été augmentée avec le déplafonnement des nuitées hôtelières. « Ce mois-ci, nous accueillons environ 4000 personnes chaque soir dans le département », précise-t-on au cabinet du préfet.

Les bidonvilles roms en souffrance

Reste aussi la question des bidonvilles roms dont les populations souffrent particulièrement du contexte de confinement, ne pouvant plus exercer leurs activités de récupération ni faire la manche dans les mêmes conditions. «La situation est catastrophique. Les familles sont en grande souffrance. Ils ne sortent plus du bidonville. Nous recevons des appels quotidiens pour nous dire que les enfants ont faim. Les premiers jours nous avons essayé de dépanner. Nous avons également distribué des attestations dérogatoires. Mais il faudrait qu’on leur apporter de l’eau, des colis alimentaires, ce n’est pas notre rôle. Il faut que des professionnels des crises humanitaires et sanitaires s’en occupent, alerte Aline Poupel de Romeurope 94. Pour les avoir tous les jours au téléphone, je les entend tousser. Ce n’est pas rassurant d’autant qu’ils cumulent les facteurs de comorbidité (diabète, insuffisances cardiaques, malaises,…).» Une minorité de familles aurait d’ores et déjà décidé de rentrer en Roumanie, quitte à accepter la mesure de quarantaine imposée par les autorités locales. Romeurope 94 qui tente également de trouver un hébergement d’urgence aux plus fragiles explique se heurter à la saturation du 115. Du côté de la préfecture, on rappelle la mesure de déplafonnement des nuitées hôtelières. La Croix rouge travaille également, en lien avec la préfecture, sur une possibilité d’organisation d’une alimentaire à destination de ces populations.

Propos recueillis par Virginie Idéal, Florent Bascoul, Cécile Dubois

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