Politique | Seine-Saint-Denis | 27/05
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Seine-Saint-Denis: l’étude de l’Institut Montaigne agace le département

Seine-Saint-Denis: l’étude de l’Institut Montaigne agace le département © Léo Seux vue de Clichy -sous-Bois

Publiée ce mercredi 27 mai, une étude de l’Institut Montaigne, un think-tank fondé par l’ancien patron et créateur du groupe Axa, Claude Bébéar, analyse les difficultés de la Seine-Saint-Denis en dénonçant notamment une coopération insuffisante entre les acteurs, formulant quatre recommandations. Un exposé qui a légèrement agacé le président du Conseil départemental, Stéphane Troussel (PS) qui estime que ce rapport occulte la question des manques de moyens.

« La question principale qui a guidé notre travail n’est pas celle du montant des moyens déployés pour la Seine-Saint-Denis, non pour nier l’insuffisance de budgets pour telle ou telle action, mais pour sortir de la bataille des chiffres, en la déplaçant sur l’étude de l’impact des actions conduites. Comment faire pour obtenir plus de résultats pour les habitants ? Comment mieux s’organiser collectivement et utiliser au mieux tous les atouts du territoire ? », défend en effet l’Institut Montaigne qui décrit un territoire paradoxal, à la fois dynamique en termes de création d’entreprises, et s’appuyant sur une population jeune, mais qui reste très pauvre et ne profite pas suffisamment du développement économique local.

« Le manque de coopération entre les acteurs est constaté dans tous les domaines et à tous les échelons territoriaux »

Une problématique que l’Institut explique en partie par une coopération insuffisante des intervenants. « Le manque de coopération entre les acteurs est constaté dans tous les domaines et à tous les échelons territoriaux. Par exemple, les contrats de ville, qui sont les instruments privilégiés de mise en œuvre de la politique de la ville, sont davantage des accords de cofinancement que de véritables outils de coopération visant à la réalisation d’objectifs communs. Les relations entre les établissements scolaires et les entreprises sont trop ténues. Les grands chantiers d’infrastructure sont gérés très en silo. La question de la péréquation financière du financement du RSA peut également se lire comme un enjeu de coopération, comme tous les enjeux de péréquation territoriale. L’approche retenue dans ce travail permet d’identifier de nouveaux leviers, pour accroître l’efficacité des politiques publiques en aidant à créer l’environnement (organisationnel, contractuel, politique, financier) qui conduise chaque acteur à mieux coopérer », recommande l’Institut.

Au terme de son analyse, le rapport, supervisé par Agnès Audier, associée du Boston Consulting Group (BCG), formule quatre objectifs en matière d’implication de l’Etat, de coopération des acteurs publics et privés au niveau de la formation et l’insertion des jeunes, d’impact des grands travaux dans l’emploi local et encore de « révolution » numérique.

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Du côté du Conseil départemental, en prise quotidienne avec la réalité, les conclusions et conseils du think-tank ont légèrement énervé. « La tarte à la crème de la gouvernance servie par ce rapport de l’institut Montaigne ne peut pas servir d’énième prétexte à l’Etat pour se dédouaner », tacle le président du département, Stéphane Troussel (PS).

« Est-ce un problème de « gouvernance » qui explique que la Seine-Saint-Denis comptait deux fois moins de lits de réanimation que les départements voisins ? »

« Si la recherche d’une meilleure gouvernance et d’une plus grande coopération entre les différents échelons de collectivités pour les questions d’emploi et d’insertion est nécessaire, comme pour d’autres sujets tels que l’éducation, la santé, la solidarité… cela ne peut masquer que les inégalités dont souffre notre territoire proviennent d’une inégalité structurelle de moyens : le droit commun n’y est pas assuré, et c’est ce qui mine la promesse d’égalité républicaine », développe le président. « Est-ce un problème de « gouvernance » qui explique que la Seine-Saint-Denis comptait deux fois moins de lits de réanimation que les départements voisins ? » interroge-t-il. « Contrairement à ce qu’affirme l’Institut Montaigne, nous attendons encore et toujours les preuves d’amour après les promesses. Transports, logement, santé, éducation, justice, sécurité, etc. il y a eu beaucoup de promesses, beaucoup de tourisme ministériel et même présidentiel, mais le passage à l’acte vient difficilement. »

Et Stéphane Troussel de renvoyer à un autre rapport, celui de la mission d’évaluation de l’action de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis, piloté par les députés François Cornut-Gentille et Rodrigue Kokouendo en mai 2018. Ce rapport faisait notamment état d’une déficience en ressources humaines dans certains secteurs comme la sécurité ou l’éducation, comparativement à d’autres départements.

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« Publié il y a 2 ans, il est hélas encore d’actualité, et le plan lancé en grande pompe par le Premier ministre il y a quelques mois, et dont aucune mesure n’a pour le moment était mise en œuvre, apparaît d’ores et déjà très insuffisant au regard des besoins de nouveau mis en lumière et exacerbés par la crise », insiste l’élu, rappelant les 310 millions d’euros d’aide sociale nationale financée par le département mais non compensée par l’Etat, rien que pour l’année 2019. « Ce que nous réclamons est simple : tenir la promesse présidentielle de re-nationaliser à 100% des dépenses sociales relevant de la solidarité nationale. Voilà ce qui donnerait de la force et des moyens massifs pour l’insertion et l’emploi. »

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