Politique | Accueil Val de Marne (94) Grand Paris | 09/07
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Patrick Ollier conserve la Métropole du Grand Paris au terme d’une élection vaudevillesque

Patrick Ollier conserve la Métropole du Grand Paris au terme d’une élection vaudevillesque

C’est une séquence ahurissante qui s’est tenue ce jeudi 9 juillet à l’occasion de l’installation du nouveau conseil de la Métropole du Grand Paris. Non candidat suite à la désignation de Vincent Jeanbrun lors d’une primaire qui ne disait pas son nom, Patrick Ollier, président sortant, a finalement été élu au terme de plusieurs longues suspensions de séances. Un scénario qui était déjà connu de quelques élus dès le début de la matinée.

Contrairement à la première installation de la MGP en 2016, date à laquelle aucun groupe minoritaire n’avait présenté de candidat contre Patrick Ollier, vainqueur de la primaire de la droite et du centre, chaque mouvement a cette fois-ci avancé son champion. Si tous les groupes ont reconnu, dans leur prise de parole liminaire, le fait que la majorité de la métropole était de droite, aucun n’a accepté de faire confiance au candidat présenté par Les Républicains.

Dans cette élection indirecte, le contexte s’était précipité depuis quelques semaines avec la candidature officielle de Vincent Jeanbrun, maire LR de L’Haÿ-les-Roses mais aussi vice-président du Conseil régional et président du Forum métropolitain du Grand Paris. Une candidature s’appuyant sur un agenda sans ambiguïté : celui d’une remise en question du mille-feuille communal actuel. Une objectif considéré par ses détracteurs comme une volonté de dynamiter la Métropole pour la fondre dans la région. De son côté, Patrick Ollier, qui n’estimait pas légitime une primaire alors qu’il était président sortant, avait annoncé sa candidature au lendemain de sa réélection comme maire de Rueil-Malmaison.

En principe, il n’était pas prévu de primaire de la droite et du centre, au grand dam des soutiens de Vincent Jeanbrun qui avaient mené campagne auprès des élus locaux. Mais ce mardi soir, lors de la réunion de groupe LR, qui compte une centaine d’élus, Vincent Jeanbrun a demandé un vote à bulletin secret pour départager sa candidature de celle du président sortant, et remporté la première manche avec 54 voix contre 44.

Vincent Jeanbrun annonce sa candidature au premier tour de scrutin

Sauf qu’une élection dans une intercommunalité qui repose sur la gouvernance partagée entre toutes les composantes, en respectant le poids politique de chacune, ne se joue pas que dans son propre camp. Dans la Métropole de Paris, il ne suffit pas de convaincre le groupe LR pour gagner la partie, il faut aussi avoir Paris dans sa poche, qui compte plus d’une soixantaine de conseillers majoritairement de gauche.

Or, selon plusieurs élus racontant les coulisses de l’élection à rebondissement de ce jeudi, promesse avait été faite de donner la première vice-présidence à Rachida Dati, précieux soutien pour récolter des voix d’élus. Une proposition perçue comme un affront vis-à-vis de la maire de Paris, réélue le 28 juin. Lors de son point presse faisant suite à l’élection de Patrick Ollier, Anne Hidalgo a du reste salué le respect « du vote des citoyens » incarné par le président sortant, candidat de la « gouvernance partagée ». De son côté, Vincent Jeanbrun explique les choses un peu différemment. Tout en revendiquant « une gouvernance partagée plutôt qu’une gouvernance inversée », et en reconnaissant qu’il souhait proposer une vice-présidence « plutôt haut placée » à Rachida Dati, il indique que ce n’était pas une condition sine qua non pour Rachida Dati et explique avoir eu beaucoup de difficultés à joindre les élus PS parisiens pour discuter, leur reprochant d’avoir utilisé ce prétexte pour faire imposer leur choix. « C’est la saison 4 de Baron Noir! », commente-t-il.

Anne Hidalgo lors de son point presse à l’issue de la séance

Au-delà de ce que les élus commentent comme une « maladresse », la proximité de Vincent Jeanbrun avec Valérie Pécresse, dont il a été collaborateur avant d’être aujourd’hui vice-président de la région, ne passait pas non plus pour tout le monde. « C’est télécommandé par Pécresse », confie ainsi Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux, qui aura joué ce jeudi les tremplins pour refaire basculer la candidature LR du côté de Patrick Ollier. Au sein de LR encore, plusieurs élus n’ont pas apprécié le départ de Vincent Jeanbrun pour Libres avant de revenir au bercail au moment des municipales et de la campagne métropolitaine.

Autant de raisons, entre autres, qui ont conduit à la fois une partie des LR, mais aussi la majorité de la gauche à refuser d’élire Vincent Jeanbrun. Dès lors, il convenait de faire les choses en respectant les formes. C’est dans ce contexte qu’au premier tour, Patrick Ollier ne s’est pas présenté tandis que l’UDI présentait Philippe Laurent, maire de Sceaux (Hauts-de-Seine) et ancien président du Forum métropolitain du Grand Paris, investi de longue date dans les questions métropolitaines et déjà candidat en 2016 avant de se retirer. De leur côté, socialistes et écologistes ont présenté Daniel Guiraud, maire PS des Lilas (Seine-Saint-Denis) et également ancien président du Forum métropolitain du Grand Paris. Le PCF a pour sa part mis en avant Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers.

Au premier tour de scrutin, les résultats ont été les suivants :
Votants : 207
Blancs : 4
Suffrages exprimés : 203
Patrick Ollier, président sortant (qui n’était pas candidat) : 9
Vincent Jeanbrun :79
Philippe Laurent : 73
Daniel Guiraud : 16
Patrice Leclerc : 26

Philippe Laurent (UDI), maire de Sceaux, a joué les tremplins pour changer le candidat LR

Le score était sans équivoque : une partie des voix PS et LR s’étaient portées sur le candidat UDI, ne laissant aucun doute sur la discipline de vote à gauche et le refus d’une partie des élus LR de respecter le résultat du vote interne à leur groupe. Ce premier tour de scrutin, donnant au coude à coude les candidats UDI et LR, et laissant clairement percevoir la victoire possible de l’UDI, était suffisamment déstabilisant pour lancer les négociations. Comme au Monopoly lorsque l’on pose les dés le temps de mener les enchères, Emmanuel Grégoire, premier adjoint PS à la mairie de Paris, a donc demandé une première suspension de séance d’une heure. Mais rien n’a avancé.

A 12h50, la séance reprenait sous la houlette du doyen André Santini, à l’humour imperturbable. Vincent Jeanbrun annonçait le maintien de sa candidature, dénonçant les petits arrangements intervenus pendant la suspension de séance et déplorant une situation « bien pire » à Paris qu’à Marseille. L’UDI maintenait aussi la candidature de Philippe Laurent tandis que Daniel Guiraud (PS) et Patrice Leclerc (PCF) retiraient la leur pour appeler à voter Philippe Laurent. La messe semblait dite, en faveur de Philippe Laurent. Pour LR, cela signifiait la perte de la présidence de la métropole bien qu’ayant le groupe majoritaire. Une nouvelle suspension de séance était donc demandée pour remettre LR en selle.

C’est durant cette suspension de séance qu’un appel est passé à la présidente de région, Valérie Pécresse, laquelle demandera officiellement à Vincent Jeanbrun de retirer sa candidature pour éviter que l’UDI ne récupère la présidence, Philippe Laurent n’étant prêt à se retirer qu’au profit de Patrick Ollier.

13h50. Lors de la reprise de séance, Vincent Jeanbrun lâche l’éponge mais ne cherche pas à faire semblant de s’en accommoder, dénonçant des « petites magouilles ». « Vous faîtes honte à la démocratie. En responsabilité, je retire ma candidature mais ne comptez pas sur moi pour rester une seconde de plus dans cette assemblée », lance-t-il avant de partir.

Derechef, le groupe LR propose Patrick Ollier qui accepte d’être un recours pour faire l’union à condition qu’il y ait consensus sur sa candidature. Offre acceptée. La minute suivante, Philippe Laurent se retire et les deux autres candidats de premier tour apportent leur soutien plein et entier à Patrick Ollier. Un deuxième vote, avec une candidature unique, s’ouvre alors pour la forme, confirmant le président sortant à la tête de la métropole.

Patrick Ollier, lors du deuxième scrutin

2ème tour
156 votants
5 blancs
14 nuls
Philippe Laurent (non candidat) 3
Vincent Jeanbrun (non candidat) 3
Votes en faveur de Patrick Ollier : 133

« Je n’ai pas été au candidat au premier tour pour respecter les règles de mon parti », rappelle président, motivant sa candidature « face au risque de voir éclater la volonté de travailler ensemble. »

« Je suis Républicain mais je sais travailler avec les groupes socialiste, écologiste, communiste et UDI que je remercie tout particulièrement », ajoute l’élu des Hauts-de-Seine, ne cachant pas son émotion, rappelant que la MGP est la « Métropole des maires. »

De son côté, Vincent Jeanbrun, parti avec une vingtaine d’élus avant la fin de la séance, indique qu’« aucune des 79 voix » qui se sont portées sur son nom au premier tour n’ont été au président sortant et prévient qu’il réfléchit à créer son propre groupe au sein du Conseil. « Ce qui s’est passé ce jeudi est inadmissible et conforte les électeurs dans le rejet de la politique. J’ai rarement vu autant d’élus très en colère », commente Olivier Capitanio, président des LR en Val-de-Marne.

Au terme de cette élection qui s’est achevée 15 heures, le vote des vice-présidences a été reporté à la prochaine séance.

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