Santé | Val-de-Marne | 18/06
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Val-de-Marne: le transfert au privé d’une unité psy du GHU Mondor (AP-HP) fait grincer des dents

Val-de-Marne: le transfert au privé d’une unité psy du GHU Mondor (AP-HP) fait grincer des dents

Deux projets de réorganisation du GHU Mondor, le départ d’une unité psychiatrique de l’hôpital Albert Chenevier vers une clinique privée de l’Essonne, et celui d’un service d’addictologie d’Emile Roux vers Chenevier, doivent être discutés en Comité technique d’établissement ce vendredi 19 juin et ne font pas l’unanimité. Les syndicats s’inquiètent et la sénatrice Laurence Cohen a écrit à la direction pour demander des comptes.

Départ d’une unité psychiatrique dans une clinique privée

Le premier projet concerne le transfert d’une des unités de psychiatrie de l’hôpital Albert Chenevier (Créteil) qui compte à ce jour de 5 unités de chacune 20 lits. Cette unité des Cèdes, semi-ouverte, n’a pas rouvert à la rentrée de septembre 2019, après les fermetures traditionnelles de l’été. L’hôpital souhaite en effet confier cette unité à une clinique privée de Crosne, appartenant au groupe Orpea Clinea. A la place de cette unité qui serait supprimée, le GHU Mondor souhaite développer un hôpital de jour pour patients aigus. Enjeu pour l’AP-HP, développer l’ambulatoire pour diminuer les hospitalisation à temps complet et résoudre le sous-dimensionnement du service, en sur-occupation chronique, en transférant une partie des patients ailleurs.

Les visites de lits de l’AP-HP sectorisés en clinique privée ont commencé dès l’été 2019 et le choix de la clinique du Château du Bel Air à Crosne s’est précisée en fin d’année. Pour le groupe Orpea Clinea, ce n’est pas une première, il a déjà récupéré 50 lits des CHI Robert Ballanger de Aulnay-sous-Bois et Victor Dupouy à Argenteuil. Le groupe prévoit 18 mois de travaux pour accueillir l’unité. La convention entre l’AP-HP et le groupe pour déléguer la prise en charge de cette unité est prévue pour 7 ans. En termes d’admissions, les patients seront accueillis, après évaluation par le CHU Mondor, du lundi au vendredi de 9h à 19h et le samedi de 9h à 13h. Les conditions de prise en charge par l’Assurance Maladie, elles, resteront identiques.

Concernant l’unité de soins ambulatoires qui sera développée à la place de l’unité transférée, elle comprendra notamment un hôpital de jour de soins aigus de 8 places, un centre de traitement ambulatoire non médicamenteux mettant en place des nouvelles méthodes thérapeutiques,

Du côté des personnels, on comprend l’intérêt de développer l’ambulatoire mais pas au détriment des unités existantes, déjà sous-dimensionnées. « Nous sommes en sous-effectif chronique depuis des années avec un taux de sur-occupation réel de 120%, et cette opération ne résout pas le problème. Développer l’ambulatoire est une bonne idée mais on met la charrue avant les bœufs, regrette Frédéric Lopez, délégué Sud Santé à Chenevier. En commençant par fermer l’unité, ce-sont des patients qui ne seront pas soignés », regrette le soignant qui explique que la création de cette unité ambulatoire est motivée par la possibilité de trouver des financements pour ce projet, dont le caractère « innovant » est valorisé dans la fiche de présentation, mais s’inquiète du fonctionnement au quotidien de l’existant.

« Cela fait des années que l’on demande la création d’une sixième unité et que l’on nous répond que l’on n’a pas les moyens. Désormais, on envoie dans le privé des patients qui relèvent du service public », regrette également Eric Tricot, délégué Sud Santé Mondor.

Chef du service à l’initiative de ce projet, Antoine Pélisssolo, lui, tempère, rappelant que « rien n’est encore acté » et que le projet n’est pour l’instant qu’en cours de discussion. « Il n’est absolument pas question de transfert de moyens ou d’unité dans un autre établissement, mais de moyens supplémentaires que nous demandons pour notre secteur de psychiatrie car nous n’en avons pas assez actuellement pour prendre en charge correctement les patients de ce territoire », défend le professeur qui dénonce des « contrevérités sur le projet.

De son côté, la sénatrice Laurence Cohen (PCF) a écrit à la direction du GHU Mondor pour lui signifier son inquiétude sur ce projet. « Certes, cette unité est fermée depuis l’été 2019 faute de médecin mais le projet de transfert au privé me parait aberrant. D’après mes informations, la clinique privée n’assurerait aucun accueil ni la nuit ni le weekend, ne prendrait pas en charge les patient·es les plus compliqué·es », alerte la sénatrice qui dénonce « une nouvelle attaque contre l’hôpital public dans un contexte où la psychiatrie de secteur est particulièrement sinistrée. »

Du côté du service hospitalier, ce transfert est motivé comme une solution pour éviter une fermeture

« Il faut arrêter de fermer les lits d’aval en psychiatrie. Le résultat est ce que ces personnes se retrouvent dans les prisons », alerte également Eric Tricot, délégué Sud Santé de l’hôpital Mondor.

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Transfert du service d’addictologie d’Emile Roux à Chenevier

Le second projet qui doit être étudié ce vendredi consiste également en un transfert d’unité, mais au sein du GHU Mondor. Il s’agit cette fois de déplacer le service d’addictologie de l’hôpital Emile Roux (Limeil-Brévannes) de 24 lits vers le service de rééducation digestive d’Albert Chenevier, ceci dans le contexte d’une reconversion partielle du site Emile Roux et dans le cadre d’un regroupement des services d’addictologie.

Pour le GHU Mondor, cette proposition est motivée par taux d’occupation actuel de 75% de l’unité de rééducation digestive et une situation d’isolement de l’unité d’Emile Roux alors que les autres services sont installés à Mondor et Chenevier à Créteil. Il s’agit aussi de développer les complémentarités entre les unités de SSR digestif (SSR : soins de suite et de réadaptation). Ce projet passe par une séquence de travaux pour regrouper les unités au sein de Chenevier avec un objectif de transfert d’ici à la fin 2021.

« Alors que des espaces pour différentes activités existent à Emile Roux pour les patient·es suivis en addictologie, ce transfert, couplé au projet architectural, ne prévoirait pas les mêmes possibilités à Albert Chenevier », s’inquiète sur ce sujet Laurence Cohen qui craint que ce transfert n’entraîne « une suppression de lits dans les 2 établissements et donc une diminution de la capacité d’accueil ».

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