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Histoire | Val-de-Marne | 04/12/2020
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Val-de-Marne: les anciens de l’UDF se souviennent de Giscard

Val-de-Marne: les anciens de l’UDF se souviennent de Giscard

La “choucroute républicaine” organisée pour Valéry Giscard d’Estaing au Moulin Brûlé de Maisons-Alfort en fin de campagne de 1981, Michel Herbillon, député LR, l’a gardée en mémoire.

“Une réunion publique un midi en pleine semaine, nous craignions qu’il n’y ait pas foule, mais il y a eu un monde fou! Il était très content”, se souvient le parlementaire, entré en politique à l’occasion de la première campagne de VGE en 1974. “Il a beaucoup compté dans la décision de m’engager publiquement. Il avait un lien fort avec Maisons-Alfort et René Edmond Nectoux (maire de la ville de 1965 à 1992) et il y est venu plusieurs fois, peut-être car c’était une ville avec un électorat de classe moyenne, qui différait des villes giscardiennes traditionnelles. Et puis, sa fille Jacinte a fait l’école vétérinaire”, raconte l’ancien maire de Maisons-Alfort (1992-2017).

“le symbole de la modernité”

Sénateur et ancien maire de Saint-Maurice (1989-2017), Christian Cambon aussi est entrée en politique grâce à l’ancien président, avant même la campagne de 74. “J’ai rejoint les Jeunes Giscardiens en 1970 alors que j’étais étudiant. Pour nous, c’était le symbole de la modernité, à l’instar d’un Kennedy. Nous sortions de longues années du gaullisme qui avait accompli de grandes choses pour la France mais avait un peu glacié le paysage politique. Nous attendions de lui du renouveau et c’est ce qu’il s’est passé avec beaucoup de réformes sociétales dont nous profitons toujours aujourd’hui. Il avait une idée précise de la France, était un visionnaire de l’Europe et du monde. Giscard, c’était la France qu’on aime, qui réussit, qui bouge, qui réforme”, témoigne le sénateur, élu pour la première fois comme conseiller municipal en 1971 sous l’étiquette Jeunes giscardiens dont il fut le président départemental.

Du centre démocrate de Lecanuet à l’UDF de Giscard

Parmi les premiers fidèles de l’UDF, le parti créé en 1978 pour soutenir VGE, il y a aussi les anciens militants du Centre démocrate (CD) de Jean Lecanuet, comme Jean-Jacques Jégou, conseiller général dès 1982 puis maire du Plessis-Trévise de 1983 à 2014, député de 86 à 2002 et sénateur de 2004 à 2011. “J’ai commencé la politique à mon retour de service militaire, en 1968. En 1969, nous avons soutenu Alain Poher contre le gaulliste Georges Pompidou, et en 1974, le CD a soutenu Valéry Giscard d’Estaing dès le premier tour. L’UDF, c’est quarante ans de ma vie”, se souvient l’actuel trésorier du Modem. “Le président a traversé l’essentiel de ma vie politique. Le personnage en imposait par sa stature. J’étais pour l’Algérie française comme lui. Ensuite, nous avons été élus en même temps à l’Assemblée nationale, en 1986. Nous éprouvions une certaine fierté de l’avoir dans notre groupe parlementaire.”

Egalement issu du CDS, Jacques-Alain Bénisti (LR) a lui rejoint l’Assemblée nationale en 2002, en même temps que le fils de Giscard, Louis. “Nous étions les petits nouveaux et sommes devenus très copains”, se souvient l’ancien député (2002-2017), maire de Villiers-sur-Marne depuis 1995. Parmi les parlementaires issus du CDS, figure aussi Laurent Lafon, président de l’UDI 94, qui prit la succession de Patrick Gérard (ancien président du Mouvement des Jeunes giscardiens, aujourd’hui directeur de l’Ena), à la mairie de Vincennes avant de passer le témoin à Charlotte Libert-Albanel lors de son élection au sénat en 2017. “Je suis plus barriste que giscardien mais ma filiation politique est très liée au giscardisme qui a constitué pour moi des éléments de réflexion et d’influence très importants, indique-t-il, citant les réformes de société, l’indépendance par rapport au gaullisme ou encore l’Europe. “C’est le dernier président de la République issu de la famille centriste. Sa disparition est une étape chargée d’émotion et aussi une transition. La famille centriste ne peut plus vivre uniquement de l’héritage giscardien, infiniment respectable.”

La campagne de 81: pas de cadeaux sur le terrain

S’il n’a pas fait la campagne de 1974, Jacques-Alain Bénisti se souvient de celle de 1981. “Une campagne très tendue qui se ressentait sur le terrain” entre les UDF soutiens de Giscard et les RPR de Chirac. “La campagne était très dure et les militants de Chirac ont refusé de tenir des bureaux de vote au second tour, remémore également Jean-Jacques Jégou. Il y avait déjà des indiscrétions sur le cancer de Mitterrand et il se disait sous le manteau qu’il était très malade et ne resterait pas longtemps au pouvoir. Résultat: cela a duré quatorze ans!”

Une UDF patchwork

A l’époque, la garde UDF Val-de-Marnaise s’appuie aussi sur d’autres pionniers du mouvement comme Alain Griotteray. Cofondateur de l’UDF, l’ancien député-maire de Charenton-le-Pont n’est pas issu du Centre démocrate mais du CNIP (mouvement qui se fédère aux Clubs Perspectives et réalités avant de participer à la création de l’UDF). Il y a aussi Jean Clouet, issu du PR (Parti Républicain), autre mouvement cofondateur de l’UDF qui se fondra ensuite dans Démocratie Libérale. Pour s’y retrouver dans les ramifications, voir la page Wikipedia de l’UDF. Beaucoup de branches de l’UDF qui ne partagent pas forcément toutes les mêmes valeurs. Ces différences ajoutées aux aléas humains des campagnes politiques verront plusieurs affrontements internes s’exprimer lors des élections locales. C’est ainsi qu’Alain Griotteray se fait d’abord battre aux législatives de 1997 par Michel Herbillon puis aux municipales de 2001 par son propre adjoint Jean-Marie Brétillon, également UDF.

De l’UDF au Modem, l’UMP, l’UDI…

Après le séisme du 21 avril 2002, date du premier tour des présidentielles lors desquelles Jean-Marie Le Pen réussit à se maintenir pour affronter Jacques Chirac, la création de l’UMP (Union pour la majorité présidentielle), devenue Union pour un mouvement populaire puis Les Républicains, a largement siphonné l’UDF. Dans le Val-de-Marne, des Christian Cambon, Michel Herbillon, Jacques-Alain Bénisti rejoignent le mouvement, occasionnant de nouveaux affrontements d’anciens alliés. Jean-Jacques Jégou, député sortant resté à l’UDF, se fait battre par Jacques-Alain Bénisti aux législatives de 2002. Il est élu sénateur en 2004.

En 2007, l’UDF présidée par François Bayrou se transforme en un nouveau parti qui se définit résolument centriste, le Modem. Un nouvel éclatement s’en suit, avec la création de plusieurs mouvements de centre-droit comme le Nouveau centre ou l’Alliance centriste.

Resté à l’UDF en 2002, Laurent Lafon ne rejoint pas le Modem en 2007 mais est membre fondateur de l’UDI créée par Jean-Louis Borloo en 2011. Cette nouvelle donne conduira à la présentation de trois têtes listes issues de l’UDF aux sénatoriales de 2011 en Val-de-Marne: Lafon, Cambon et Jégou, au nom de l’UDI, de l’UMP et du Modem. Jean-Jacques Jégou perd son siège. La gauche réussit à obtenir 4 sièges sur 6 avec pour la première fois une sénatrice écologiste, Esther Benbassa. A nouveau candidat en 2017, Laurent Lafon sera cette fois élu sénateur.

L’Europe: un fil conducteur

Pour ces anciens de l’UDF, qui ont préféré la “modernité” de VGE à un gaullisme jugé empesé, ce ne sont pas seulement les questions sociétales mais aussi l’Europe qui ont constitué le fil rouge de l’œuvre giscardienne. “Il incarnait les valeurs européennes dans la ligné de Jean Monnet et Robert Schuman”, insiste Jacques-Alain Bénisti. “L’Europe a été son vrai combat politique, avec son travail sur la monnaie unique, la constitution, le couple franco-allemand qu’il a formé avec Helmut Schmidt, et puis aussi la création du G7…”, cite Jean-Jacques Jégou. “J’ai un souvenir extraordinaire, se remémore à ce sujet Michel Herbillon. En tant que parlementaire, j’avais été en charge d’une mission sur les affaires européennes auprès du ministre des Affaires étrangères, lors du travail sur la constitution. Il m’a reçu en tête à tête dans son bureau pendant plus d’une heure. Il maîtrisait le sujet parfaitement, en avait une vision fine et était d’une extrême vivacité intellectuelle.” De cette époque, le député se souvient aussi de ce meeting pour le référendum sur la constitution européenne en 2005, lorsque l’ancien président avait piqué un ballon de baudruche avec une épingle planquée sur le revers de son veston pour illustrer tout le bien qu’il pensait du plan B.

Sens de la formule et de la pédagogie

Un sens de la communication et de la formule que ses anciens fidèles lui reconnaissent tous. “En trois phrases, il vous décortiquait un problème et la solution devenait évidente, résume Christian Cambon. “Lors d’une visite de l’Assemblée nationale quand j’étais lycéen, je me souviens l’avoir vu, alors qu’il était ministre des Finances, présenter le budget durant deux heures sans notes”, s’en étonne encore Michel Herbillon. De la campagne de 1974, le député se souvient aussi du duel radiophonique Mitterrand-Giscard d’avant le premier tour, le 25 avril sur Europe 1. “J’avais fait des pieds et des mains pour y assister et étais dans le public.” De quoi assister en live à l’une des premières punchlines de l’homme politique, avant sa célèbre tirade sur le monopole du coeur. A Mitterrand qui lui disait « Vous avez été onze ans ministre », Giscard lui répond : « Vous, vous l’avez été onze fois, j’ai compté.»

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