Politique | Accueil Val de Marne (94) Grand Paris | 01/07
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Vincent Jeanbrun à l’assaut de la Métropole du Grand Paris

Vincent Jeanbrun à l’assaut de la Métropole du Grand Paris

« Doit-on repartir avec la même logique ou va-t-on s’autoriser à poser la question de la réforme? Je suis partisan d’arrêter le statu quo », défend Vincent Jeanbrun (Libres-LR), maire de L’Haÿ-les-Roses et vice-président du Conseil régional, qui a officialisé dimanche sa candidature à la présidence de la Métropole du Grand Paris, contre le président sortant Patrick Ollier.

L’idée a germé depuis le premier tour des municipales et la crise sanitaire. L’élu, à la tête du Forum métropolitain du Grand Paris depuis décembre 2018 dans le cadre de la présidence tournante, a sans doute aussi nourri ses convictions dans le cadre de cette institution. Créé il y a une douzaine d’années par l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë (au début sous le nom de Paris Métropole) ce syndicat mixte ouvert fédère les élus des communes, départements, territoires et région pour réfléchir à l’avenir de l’agglomération parisienne au-delà des clivages politiques ou Paris-banlieue.

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Pour le maire de L’Haÿ-les-Roses, le sens de cette candidature est de sortir de l’étape intermédiaire dans laquelle la loi de 2014 sur la création des métropoles a laissé la situation parisienne, en supprimant les communautés d’agglomération existantes pour les remplacer par deux échelons : la Métropole du Grand Paris, vaste intercommunalité de 131 communes, et 12 territoires (EPT, Etablissements publics territoriaux) sans vrai statut d’établissement intercommunal. Une réforme non plébiscitée par les élus locaux et peu lisible pour les habitants.

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Il est toutefois plus facile de créer un échelon que de le supprimer, une fois celui-ci installé avec un budget et des élus. Une machine à claques à laquelle le chef de l’Etat n’aura pas forcément envie de jouer à deux ans de la présidentielle. Comment, dans ce contexte, sortir du statu-quo ? « Nous devons travailler ensemble avec les différents échelons pour porter un projet et aller voir le gouvernement. Nous devons porter une bonne et juste réforme et écrire l’acte II du Grand Paris. Est-ce que je veux la suppression de la MGP au profit de la région ? La question n’est pas aussi simple mais l’organisation actuelle n’est pas efficace et la récente crise du Covid-19 a du reste démontré à quel point la métropole n’était pas au rendez-vous, tacle le vice-président de la région. Nous devons imaginer plus de synergies entre les territoires, la métropole et la région. En quoi cela est-il utile, par exemple, d’avoir deux concours des miels à l’échelle de la région et de la métropole, obligeant les villes à monter deux dossiers différents ? Ceci étant dit, je crois au fait métropolitain, et ce à quoi nous nous attelons au sein du Forum métropolitain du Grand Paris », poursuit le candidat pour qui il est d’autant plus urgent de bouger les lignes que la MGP va sa retrouver dans une situation financière insoluble en raison de la crise économique du coronavirus.

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De l’impact financier de la crise du coronavirus sur le bloc communal

Une partie non négligeable des recettes de la MGP (environ 1,25 milliard sur un total de 3 milliards d’euros) est en effet liée à la CVAE (Cotisation sur la valeur ajoutée) payée par les entreprises. Sauf que la valeur ajoutée a été mise à rude épreuve par la crise. Un effet qui se retrouvera lors des cotisations des entreprises de 2021. « En région parisienne, nous avons la chance d’avoir une importante industrie financière qui a été moins touchée mais nous allons en revanche accuser des pertes de revenus touristiques qui restent difficiles à évaluer. Nous sommes en plein brouillard mais l’on peut estimer les pertes de 60 à 120 millions d’euros pour la MGP », détaille sur le sujet Gilles Carrez, président de la Commission des finances de la métropole et député LR du Val-de-Marne. Une grosse somme pour la MGP car si ses recettes complètes tournent autour de 3 milliards d’euros, leur quasi-totalité est reversée aux communes dans le cadre des attributions de compensation (qui compensent les versements qui étaient effectués par les intercommunalités pré-existantes). Le budget restant est de l’ordre de 130 millions d’euros. « Nous avons réduit le budget pour faire face et nous passerons 2021 mais que faire en 2022 », indique le député qui s’inquiète aussi de la CFE (Cotisation foncière des entreprises) versée aux territoires. Celle-ci devrait être moins impactée que la CVAE mais le problème est que son fléchage vers les territoires doit s’arrêter en 2020. « Nous allons être obligés de prolonger ce transfert au parlement, mais nous n’échapperons pas à une révision institutionnelle », ajoute le parlementaire.

Vincent Jeanbrun, lui, s’inquiète des conséquences financières pour les communes. « Si nous n’allégeons pas le rythme de dépense de la métropole, elle sera en faillite ou baissera les mécanismes d’attribution des compensations pour les villes, ce qui serait dramatique. Aujourd’hui, l’urgence est de sauver le bloc communal », alerte l’élu, qui rappelle aussi les attentes des villes par rapport au fonds d’investissement métropolitain, lequel permet de financer des projets au cas par cas. Sur le sujet, le président du Forum réclame un fonctionnement plus transparent dans les critères d’attribution tandis qu’en off, un certain nombre d’élus dénoncent carrément une politique de guichet sans grande cohérence si ce n’est d’arrondir les angles quand un maire se rebelle. Au cabinet de la présidence de la métropole, on se défend d’une politique de guichet, rappelant que c’est un comité d’examen reflétant toutes les couleurs politiques qui analyse les dossiers sur la base de critères précis (transition écologique, développement économique).

Une campagne à droite qui n’a rien d’un parcours de santé

Reste désormais à convaincre. Confiant dans le soutien de sa famille politique, Vincent Jeanbrun réclame une primaire à droite pour départager les candidats, comme cela fut le cas en 2015, lorsque Gilles Carrez s’était présenté contre Patrick Ollier. Alors que le conseil d’installation de la Métropole avec tous ses nouveaux conseillers se tient le 9 juillet, il va lui falloir faire vite, et d’abord convaincre de la légitimité de cette primaire. En attendant, le vice-président de la région mène sa campagne tambour battant, multipliant les rendez-vous avec les maires des différents départements.

Du côté des élus, le maire de Nogent-sur-Marne, Jacques J-P Martin (LR), à nouveau candidat à la présidence du territoire Paris Est Marne et Bois, a confié dès dimanche soir soutenir la candidature du maire val-de-marnais à la présidence de la Métropole du Grand Paris. Président des Républicains du Val-de-Marne, Olivier Capitanio reconnaît en Vincent Jeanbrun un élu « jeune et apprécié » mais temporise, réclamant une discussion au sein des Républicains. « Je ne peux pas prendre position à ce stade. Il n’est pas certain que nous ayons connaissance de tous les candidats. Mais il serait préférable de ne présenter qu’un candidat le 9 juillet », indique-t-il. « Ce qui est certain est que l’on souhaiterait que l’Est parisien ait une place moins limitée que dans le précédent exécutif, au vu du poids politique croissant des Républicains dans le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis », ajoute le maire de Maisons-Alfort.

Gilles Carrez, lui, sort son joker sur le sujet, mais avoue en revanche être devenu « plus que sceptique sur la valeur ajoutée de la Métropole et des territoires », estimant que, compte-tenu de la taille des communes, un plus grand nombre de compétences liées aux plans et aux programmations devrait remonter au niveau régional.

Du côté de l’UDI, Laurent Lafon, sénateur et conseiller régional, président de l’UDI Val-de-Marne, indique pour sa part que « Vincent Jeanbrun est un bon candidat et qu’il est bien que le Val-de-Marne puisse prendre des responsabilités dans des institutions comme la métropole. »

Restent plusieurs dimensions au problème. Politiquement, Vincent Jeanbrun a fait le choix de quitter LR pour Libres il y a un an, en même temps que Valérie Pécresse (lire article de l’époque).|Mise à jour-rectification le 6 juillet, Vincent Jeanbrun a à nouveau la double étiquette LR- Libres depuis les municipales] Une position qui n’a pas été comprise par tous les fidèles du parti même si les deux mouvements sont alliés partout. Un retour au bercail pourrait donc faire partie des conditions. Géographiquement, la droite métropolitaine reste nettement plus forte dans l’ouest parisien et en off, certains élus confient qu’ils ne seraient pas surpris de voir débouler un fringant candidat des Hauts-de-Seine au cas où Patrick Ollier serait trop en difficulté. Reste aussi à estimer la position et le poids de Paris au cas où la pluralité des candidats serait départagée sans primaire, directement en plénière. La maire PS de la capitale, Anne Hidalgo, n’a pas forcément envie de voir une métropole trop alignée avec la région. « Au-delà des couleurs politiques, Paris et les Hauts-de-Seine sont les deux plus gros financeurs de la Métropole en raison de leur richesse économique, et ils peuvent avoir des intérêts communs », glisse un élu.

Un parcours d’obstacles qui témoigne des enjeux de la présidence métropolitaine en pleine séquence électorale locale.

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