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Vitry-sur-Seine: le dépôt pétrolier empoisonne le devenir des Ardoines

Vitry-sur-Seine: le dépôt pétrolier empoisonne le devenir des Ardoines

A Vitry-sur-Seine, l’arlésienne du dépôt pétrolier des Ardoines, où se-sont succédé des promesses ministérielles de transfert jamais suivies d’effets, gêne la concrétisation de la colossale mue urbaine de cet ancien quartier industriel posé en bord de Seine, faute de savoir à quoi et à quand s’en tenir. Le dossier, parmi les plus chauds de la ville, s’est invité au dernier Conseil municipal.

En février 2020, la ville a en effet ostensiblement modifié son PLU pour remplacer le dépôt pétrolier BP de 4,3 hectares par un parc, classant la parcelle en zone N, la plus restrictive en termes d’urbanisme. Un changement de destination s’appuyant sur l’obligation imposée par le schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF) de créer un parc de 5 hectares minimum dans ce quartier à densifier. La modification a toutefois été retoquée par le préfet du Val-de-Marne, Raymond Le Deun, au motif que le dépôt s’étendait sur 4,3 hectares, soit une surface inférieure au cahier des charges du SDRIF.

L’ancien maire, Jean-Claude Kennedy (PCF), a par ailleurs menacé de mettre tous les projets du quartier en pause faute d’un concours, notamment financier, de la part de l’Etat.

Lire : Vitry-sur-Seine menace l’État de bloquer les projets urbains aux Ardoines

Sortir du statu-quo ?

Le problème, pour la ville, est que le temps passe et que le transfert éventuel du dépôt pétrolier s’inscrit dans un temps encore plus long que celui des projets urbains. Car le dépôt fait partie intégrante de la logistique francilienne d’approvisionnement en carburant et d’un réseau de pipelines qui ne se déplacent pas aisément. Lors de son déjeuner de presse de rentrée, le préfet, interrogé sur le sujet, a indiqué n’avoir pas de nouveaux éléments sur le sujet.

Pour comprendre ce contexte, lire : L’Arlésienne du déplacement des dépôts pétroliers de Vitry-sur-Seine et Villeneuve-le-Roi

Elu en juillet, le nouveau maire, Pierre Bell-Lloch a décidé de reprendre les négociations autour de l’opération d’intérêt national (OIN) des Ardoines avec la préfecture du Val-de-Marne. Mais le sujet est sensible et polémique. Lors du Conseil municipal de ce mercredi, la délibération pour revenir sur le classement en zone N du dépôt, en proposant la réalisation du parc ailleurs le long des berges de Seine, a fait débat.

«Ce nouveau PLU nous permettrait d’empêcher le bétonnage de notre ville, de voir des immeubles pousser au milieu du tissu pavillonnaire, de planter des arbres. Pour le moment, la suspension du préfet nous empêche de rendre ce plan effectif. Il faut que nous prenions cette décision aujourd’hui. Je rencontre le préfet toutes les semaines pour négocier un à un les points de l’OIN. Il a face à lui un maire déterminé à défendre les intérêts de la ville et nous vous présenterons, dès que tout sera ficelé, un parc de 5 hectares en bord de Seine et l’engagement signé du préfet de départ du dépôt pétrolier», a-t-il expliqué aux élus.

L’opposition dénonce une reculade

«Emmanuelle Cosse était venue a Vitry en 2017 et avait pris l’engagement devant nous que les dépôts pétroliers partiraient. Je ne voterais pas si l’on inscrit pas explicitement qu’il faut faire partir les dépôts pétroliers conformément aux engagement pris par l’État. On peut pas accepter qu’on déroule le tapis vert ou bétonné aux promoteurs sans pouvoir réagir. Il faut maintenir l’opération sur pause et la menacer d’arrêt tant que l’on aura pas fait bouger les lignes. (…) Et il ne faut pas remplacer les dépôts par des immeubles. C’est déjà beaucoup trop dense», a ainsi réagi Jean-Claude Kennedy, désormais dans l’opposition. Hocine Tmimi a également dénoncé «une reculade», du maire. Michel Leprêtre, par ailleurs président du territoire Grand Orly Seine Bièvre (GOSB), a pour sa part indiqué qu’il voterait la modification, considérant nécessaire l’application du nouveau PLU, mais soulignant la nécessité d’engager un véritable combat politique notamment pour le départ des dépôts pétroliers.

L’écologiste Frédéric Bourdon, lui, estime que maire dispose des outils en matière d’urbanisme pour pouvoir dire «stop» à la densification, sans avoir à accéder aux demandes des services de l’État. «Le préfet vous a indiqué par courrier que vous pouviez utiliser le sursis à statuer pour vous opposer à tous les projet dès lors qu’ils compromettraient la réalisation et les objectifs du futur PLU. Ne nous mettez pas la bétonisation en avant. (…) On ne peut pas construire la ville de demain avec la vision que nous impose l’État d’une ville dès années 2000». Djamel Hamani, le premier adjoint a rappelé sur ce point que le sursis à statuer n’était valable que pour une durée de deux ans et qu’il était plus sage de valider cette modification pour pouvoir rendre le nouveau PLU opposable.

«Il m’a semblé qu’en commission, vous nous avez expliqué que les motivations de l’Etat de déclasser la zone de N à AF, reposait sur une volonté de faire une plus-value immobilière», a relevé Emmanuel Njoh. «Non, officiellement, ce n’est pas la position du représentant de l’État», a répliqué le maire.

Au bout d’une bonne heure de débat, la délibération a finalement été votée par 31 élus. 21 élus de l’opposition ont voté contre.

Précision de la préfecture, apportée après la publication initiale de l’article, et mise en ligne le 9 octobre à 13 heures. La préfecture du Val-de-Marne explique que le classement en zone N empêchait l’évolution de ce dépôt, qui nécessite, quoi qu’il arrive, une autorisation d’urbanisme. «Or, même si le départ du dépôt pétrolier reste bien l’objectif, conformément aux engagements pris, ce départ n’est pas immédiat. Dans l’attente, il n’est par exemple pas exclu qu’une mise aux normes soit requise et nécessite une autorisation d’urbanisme qu’il conviendrait de pouvoir délivrer. En ce sens, la disposition proposée ne préserve pas cette évolution, dans un contexte post-Lubrizol où l’Etat s’attache à garantir la sécurité des personnes et des biens à proximité de tels établissements(…) Le fait de ne pas classer en zone N le foncier du dépôt pétrolier, ce qui revient à maintenir la situation existante, ne remet absolument pas en cause les engagements pris par l’ensemble des partenaires du Contrat d’Intérêt National en 2017, le départ du dépôt pétrolier n’étant bien évidemment pas lié au zonage du PLU, comme indiquait..», précise-t-on en préfecture.

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