Reportage | | 21/04
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A Saint-Denis, Taf et Maffé lance son épicerie solidaire

A Saint-Denis, Taf et Maffé lance son épicerie solidaire © Charles Henry

Des petits plats africains pas cher et du boulot, voilà, comme son nom l’indique, l’objet de l’association Taf et Maffé, créée en 2003 à Saint-Denis. En pleine crise sanitaire, l’association a diversifié son activité et va notamment mettre en place une épicerie solidaire. Portrait.

Fermées en raison des congés, les cuisines de l’association Taf et Maffé sont désertes. Le service, qui d’habitude rythme la vie au sein de la résidence Bachir Souni à Saint-Denis, ne reprendra que le 15 mai, tout comme la distribution de l’aide alimentaire.

En attendant, le projet d’épicerie solidaire prend forme. « Le but serait de pouvoir fournir toutes les structures d’insertion sociale des villes de Plaine Commune », explique Djamila Fellahi, la directrice du développement et de la solidarité alimentaire.

Créée en 2003 au cœur d’un foyer africain à Saint-Denis, Taf et Maffé propose des repas à prix plancher (2,50 euros) comme restaurant social, des prestations de traiteur pour le grand public, et fournit du travail aux résidents. « Au début, j’ai commencé avec 5 salariés et maintenant il y en a 25! Ce sont souvent des migrants, ceux qu’on appelle des travailleurs pauvres, des gens très vulnérables qui ne maitrisent pas le français », raconte Benjamin Masure, le président de l’association. « Lorsque la mairie de Saint-Denis est venue nous chercher à la mission locale Objectif emploi, on a été assez fous pour s’embarquer de cette aventure! » L’idée était de réinstaller la cuisine communautaire du foyer africain de la résidence Bachir Souni, mais dans le respect des normes d’hygiène et sociales. « Cela a marché parce qu’on a repris les anciennes cuisinières et on a proposé des plats à base de recettes africaines comme le tieb et bien sûr le maffé. »

Le contrat à temps partiel que leur fait signer Taf et Maffé leur ouvre l’accès à une formation linguistique et en cuisine selon la méthode HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point, Analyse des dangers et maîtrise des points critiques) . « On a des échecs, concède Djamila Fellahi, mais 40% des sorties débouchent sur des CDI et la plupart du temps on remplit notre mission qui est de lever les freins à l’emploi, principalement, celui de la langue. » En 17 ans, elle a vu passer 150 salariés dans ses cuisines, sans compter ceux qui ont été formés dans les cuisines ouvertes par l’association à Aubervilliers en 2007. Un savoir faire que l’association partage avec d’autres comme membre fondateur du réseau Resto Passerelle.

L’association n’a toutefois pas été épargnée par la crise sanitaire. « On a perdu 30% de notre chiffre d’affaires », estime Djamila Fellahi. Depuis juin, l’association s’est résolue à ne faire que de la vente à emporter, « ce qui attire beaucoup moins de gens. Du coup, on produit moins, 100 repas quotidiens contre 400 auparavant et on a dû recourir au chômage partiel. »

Pas question de se laisser abattre pour autant. L’association a un atout organisationnel dont elle a décidé de se servir : son camion frigorifique et un savoir-faire logistique qu’elle a pu éprouver en participant à la mise en place d’un réseau d’aide alimentaire dans les quartiers de Saint-Denis.

C’est forte de cette expérience qu’elle a répondu à l’un des appels à projet du plan de relance pour contribuer au renforcement du réseau d’épiceries solidaires. « Sur deux ans, on devrait recevoir une subvention de 83 000 euros, indique Djamila Fellahi. Une partie servira à couvrir les frais de fonctionnement et une autre à acheter un camion frigorifique pour ne plus avoir à louer celui que l’on utilise actuellement. » Il s’agit désormais de trouver des locaux qui hébergeront les nouvelles activités d’épicerie solidaire de l’association. Alors que son habilitation à l’aide alimentaire a été renouvelée fin 2020 pour cinq ans, un outil crucial pour inciter les donateurs, elle vient également d’engager un partenariat avec l’hôpital Delafontaine pour prendre en charge des femmes en situation de précarité souffrant de diabète gestationnel. Et elle a aussi obtenu l’agrément pour pouvoir accueillir des jeunes effectuant une peine en travail d’intérêt général (TIG). « Vous savez, enjoint Djamila Fellahi, quand on a la fibre sociale, il y a toujours mille choses à faire! »

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