Société | Ile-de-France | 24/04
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Attaque terroriste à Rambouillet

Attaque terroriste à Rambouillet

Une attaque terroriste a frappé le commissariat de Rambouillet ce vendredi en début d’après-midi où une fonctionnaire de police non armée a été tuée à coups de couteau par un homme en embuscade dans le sas d’entrée alors qu’elle rentrait de sa pause déjeuner.

L’agresseur a ensuite été abattu par un policier. Agente administrative depuis 28 ans à Rambouillet, la fonctionnaire de police, Stéphanie M, était âgée de 49 ans. Elle était mère de deux filles de 13 et 18 ans.

L’assaillant, Jamel Gorchene, avait 36 ans. De nationalité tunisienne, il est arrivé en France en situation irrégulière mais ce chauffeur-livreur était titulaire depuis décembre d’une carte de séjour valable un an, selon le parquet national antiterroriste (Pnat), qui s’est saisi de l’enquête.

Les principaux points de l’enquête

L’attaque

Vendredi à 14H25, Jamel Gorchene, “écouteurs sur ses oreilles”, s'”est engouffré” dans le sas du commissariat derrière Stéphanie M., une agente administrative de 49 ans – sans arme ni uniforme – entrée dans la police nationale en 1993.  Il l’a poignardée à la gorge et à l’abdomen, des témoins l’ont entendu crier “Allah Akbar”. 

Touché par un tir de riposte d’un brigadier, il a refusé de lâcher son couteau, doté d’une lame de 22 cm, le policier a alors effectué “un second tir”, a expliqué M. Richard. Tombé au sol, l’assaillant a lancé “son couteau en direction des policiers”. 

Selon des témoins, l’agresseur avait effectué peu avant de passer à l’acte des repérages devant le commissariat.

Radicalisation et troubles psychiques

L’exploitation de son portable a révélé que Jamel Gorchene avait consulté “des vidéos de chants religieux glorifiant le martyr et le jihad” avant l’assassinat, a précisé M. Ricard. 

Un Coran et un “tapis de prière” ont été saisis dans son scooter et un cabas qu’il avait avec lui. 

Peu avant le drame, une caméra de vidéosurveillance l’a filmé se dirigeant vers “une salle de prière provisoire”, sans que les images ne permettent d’affirmer qu’il a pénétré “directement” dans ce local. Il a été vu rejoindre le centre-ville un peu plus d’une heure après.

Son père a évoqué une “pratique rigoureuse de l’islam” de son fils. 

Les publications sur Facebook de Jamel Gorchene ont révélé, à compter de l’automne dernier, “une adhésion à une idéologie légitimant la violence contre ceux ayant offensé le prophète”, selon le procureur.

Sur sa page Facebook, jusqu’en 2020, ses posts publics étaient quasiment exclusivement consacrés à la défense de la communauté musulmane, à la lutte contre l’islamophobie ou aux propos du polémiste Eric Zemmour, avait constaté l’AFP vendredi.

Mais “le 24 octobre 2020, quelques jours après l’assassinat de Samuel Paty (par un islamiste, ndlr), l’auteur s’associait à une campagne de soutien au prophète face aux offenses qui lui seraient faites”, a confirmé le magistrat.

Jamel Gorchene, chauffeur-livreur, avait bénéficié à sa demande de deux consultations psychiatriques le 19 et le 23 février. Cependant, “il semble que son état n’a nécessité ni hospitalisation ni traitement”, a dit M. Ricard.

Le père avait constaté “des troubles de comportement chez son fils en début d’année”, tandis que “l’homme qui lui a fourni une attestation d’hébergement” l’avait trouvé “dépressif à la même période”.

Un cousin et une cousine habitant à Msaken, en Tunisie, où l’auteur était retourné pour la première fois depuis son arrivée en France entre le 25 février et le 13 mars, ont évoqué auprès de l’AFP sa “dépression”.

2 personnes encore en garde à vue

Le parquet national antiterroriste a ouvert vendredi une enquête pour “assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste”. 

Les investigations ont été confiées à la Sous-direction antiterroriste (Sdat) de la police judiciaire et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). 

Les enquêteurs de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) s’emploient à préciser le parcours de Jamel G., si des personnes l’ont aidé ou encouragé dans son projet ainsi que ses éventuels contacts noués en ligne avec des membres de la sphère jihadiste.

Jamel G. est originaire de Msaken, ville commerciale proche de la station balnéaire de Sousse, sur la côte est de la Tunisie, où réside encore sa famille dans une maison modeste. Il aurait au moins une soeur et deux frères, dont un jumeau. 

Quatre personnes de son entourage ont été placées en garde à vue dont 3 dès vendredi pour aider les enquêteurs à dessiner le profil de l’homme, inconnu de la police et du renseignement. Il s’agit du père du meurtrier et de deux personnes qui l’ont hébergé, l’une récemment à Thiais (Val-de-Marne) et l’autre à son arrivée en France en 2009. Selon une autre source proche de l’enquête, les deux personnes interrogées avec le père forment un couple qui aurait domicilié l’assaillant “au moins administrativement” dans le Val-de-Marne. Une quatrième garde à vue était en cours samedi. Selon une source proche du dossier, il s’agirait d’un membre de la famille du meurtrier. Son logement, situé en Seine-Saint-Denis, a &t& perquisitionné.

Le père de Jamel Gorchene qui l’hébergeait à Rambouillet, et deux cousins étaient dimanche toujours en garde à vue.

Le couple du Val-de-Marne lui ayant fourni un domicile administratif a été relâché dimanche en fin de journée “sans poursuites à ce stade”, selon une source judiciaire. 

Les investigations se poursuivent pour “identifier les complices, co-auteurs ou instigateurs de l’acte terroriste” en “lien étroit avec les autorités tunisiennes” à qui une demande d’entraide pénale internationale a été adressée, a précisé M. Ricard.

Les enquêteurs doivent encore exploiter les éléments saisis lors de deux perquisitions réalisées vendredi aux domicile du logeur à Thiais et du père à Rambouillet, où avait déménagé Jamel G., a-t-elle précisé.

La police : une cible privilégiée

L’assassinat de Stéphanie M. est la “17e attaque commise en France contre les forces de l’ordre” depuis 2014, a souligné le procureur.

Cette année-là, en décembre, un assaillant avait grièvement blessé au couteau trois policiers dans le commissariat de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire) aux cris d'”Allah Akbar”.

Depuis, les agressions “se sont multipliées” à Montrouge (Hauts-de-Seine), Magnanville (Yvelines), Paris, Trèbes (Aude) ou Nice, faisant neuf morts parmi les fonctionnaires de police ou militaires et près d’une vingtaine de blessés, “parfois très grièvement”.  Les forces de l’ordre “constituent depuis longtemps une cible privilégiée des terroristes qu’ils soient membres d’une organisation ou acteurs isolés”, a souligné M. Ricard. La dernière attaque meurtrière des forces de l’ordre en France remonte au 3 octobre 2019, quand, dans l’enceinte de la préfecture de police de Paris, un employé avait poignardé à mort trois policiers et un agent administratif, avant d’être tué.

L’attaque mortelle intervient aussi après trois attentats jihadistes en quelques semaines à l’automne et alors que la police des Yvelines garde en mémoire l’assassinat d’un couple de fonctionnaires de police, tué à coups de couteau en 2016 dans son pavillon de Magnanville, par un homme se revendiquant de l’organisation Etat islamique (EI).. 

Le 16 octobre 2020, les Yvelines avaient de nouveau été marquées par l’attaque au couteau d’un professeur de collège, Samuel Paty, décapité par un jeune homme de 18 ans originaire de la république russe de Tchétchénie. 

Le commissariat de Rambouillet est pour sa part situé dans un quartier résidentiel cossu de cette ville “tranquille, quasi provinciale”, a souligné la maire Véronique Matillon.

Depuis 2015, la vague d’attentats jihadistes a fait plus de 260 morts en France.  Plusieurs de ces attaques ont été perpétrées à l’arme blanche et en ciblant les forces de l’ordre, conformément aux mots d’ordre récurrents du groupe EI.

Article actualisé le 26 avril

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