Mouvement social | Val-de-Marne | 22/12/2021
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Débrayages dans les hypers Carrefour à Bercy et Ivry-sur-Seine

Débrayages dans les hypers Carrefour à Bercy et Ivry-sur-Seine © FB Ali Azgul

Alors que l’inflation est repartie à la hausse, les négociations annuelles obligatoires (NAO) de fin d’année ont donné lieu à plusieurs mouvements sociaux dans la distribution avec des débrayages et blocages ces derniers jours dans le Val-de-Marne, notamment dans les Carrefour de Quais d’Ivry et Charenton-Bercy où la mise en location gérance des magasins attise la colère.

Depuis la mi-décembre, des débrayages, barrages filtrants et blocages d’entrepôts ont visé Carrefour et Action, à l’initiative d’intersyndicales ou de la CGT. A l’appel de la CGT, quelques dizaines de salariés ont participé mardi matin à des débrayages et des blocages des hypermarchés Carrefour de Bercy à Paris et d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) pour faire état d’une dégradation des conditions de travail, réclamer une augmentation des salaires, et dénoncer notamment la mise en location gérance de ces magasins qui leur fait craindre une détérioration du statut des salariés.

“Nous nous sommes engagés en faveur du pouvoir d’achat avec la signature récente d’un accord majoritaire, qui permet une hausse générale des salaires de 1% rétroactivement au 1er novembre”, défend la direction.

“1% d’augmentation, pour moi, c’est dix euros supplémentaires. Ils sont fous de penser que c’est suffisant!”, s’insurge Ina, 39 ans. Caissière depuis 17 ans, elle travaille 30 heures hebdomadaires pour 1 000 euros net par mois. 

Ces travailleurs précaires, en “deuxième ligne” pendant la crise sanitaire, ont subi de plein fouet l’inflation (+2,8% sur un an en novembre) et la flambée des prix de l’énergie. “Sans solutions de garde d’enfants, contraints à de longs déplacements entre villes et banlieues, ils sont souvent obligés de travailler à temps partiel”, explique Christine Erhel, directrice du Centre d’études de l’emploi et du travail.

Les entreprises assurent de leur côté avoir pris en compte ces inquiétudes, avec le versement de primes ou le doublement de l’indemnité inflation de 100 euros versée par l’État. Pas suffisant, toutefois, aux yeux de beaucoup de ceux qui étaient cités en exemple au plus fort de l’épidémie de Covid-19. “Nous sommes essentiels pour la société, nous avons permis aux gens de se nourrir pendant les confinements”, fait valoir Ali Algul, employé chez Carrefour depuis 27 ans et délégué central CGT. “On ne veut pas de primes: elles ne nous permettent pas de cotiser, et ne sont pas garanties dans notre contrat. Nous voulons des augmentations de salaire”, revendique-t-il. Lla mise en location-gérance des magasins attise aussi l a colère quant au maintien sur le long terme des conditions salariales.

A Ivry-sur-Seine, les grévistes ont reçu le soutien du maire PCF, Philippe Bouyssou, qui dénonce également la procédure de location-gérance mise en place à Quais d’Ivry. “Il s’agit d’un mode de gestion prévu initialement pour « redynamiser » les enseignes en difficultés, en les plaçant sous la tutelle d’autres entreprises. En réalité, Carrefour cherche à réduire la taille de son Groupe, pour limiter le cadre et les capacités de discussion des salarié-e-s vis-à-vis de leurs conditions de travail”, dénonce l’élu sur les réseaux sociaux.

Mais la période des fêtes est peu propice à une large grève. “Personne n’est motivé pour perdre une partie de ses revenus à ce moment-là, ce serait un coup d’épée dans l’eau”, tranche Miguel Enguelz, délégué national FO (1er syndicat). La CGT de cette enseigne entend toutefois poursuivre sa mobilisation cette semaine, et espère être rejointe par des grévistes d’autres distributeurs comme Aldi ou Casino.

Signature d’un accord salarial chez Auchan

La situation s’est aussi tendue du côté d’Auchan. “Il y a un trop grand décalage entre les patrons et les bas salaires, qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois”, déplore Gilles Martin, délégué syndical central CFDT chez Auchan. Les 750 millions d’euros de dividendes versés aux actionnaires d’Auchan cet été et les 7,9 milliards de chiffre d’affaires chez Leroy Merlin en 2020 restent en travers de la gorge des grévistes du groupe Mulliez. Le responsable syndical dénonce aussi la dégradation des conditions de travail et les inquiétudes dans un secteur en perte de vitesse, avec une automatisation galopante et des hypermarchés moins fréquentés par les consommateurs.

La mobilisation d’environ 1 500 salariés d’Auchan vendredi dernier, selon l’intersyndicale CGT-FO-CFDT à l’origine de l’appel, n’a pas empêché la signature mardi d’un accord sur les salaires entre la direction, la CFTC et la SEGA-CFE-CGC. Le texte entérine une hausse de 2,2% pouvant aller “jusqu’à 4% selon les catégories”, indique une porte-parole de l’enseigne, un doublement de l’indemnité inflation, et une remise en magasin portée à 15% pour les salariés. “Il nous permet au moins un rattrapage au niveau du Smic, avec quelques mesures sociales compensatoires. C’est en deçà de ce que nous espérions”, reconnaît toutefois Hervé Scoubard, délégué central CFTC Auchan Retail. Cette issue a douché les espoirs de mobilisation. “Chacun est en train de rentrer chez soi après cinq jours de lutte, et la signature de l’accord a un peu cassé la dynamique”, regrette Gérald Villeroy, représentant de la CGT Auchan.

par Clara LALANNE / Théo SAUVIGNET

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