Economie | Ile-de-France | 26/05
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Extension du Min de Rungis à Gonesse: Stéphane Layani s’explique

Extension du Min de Rungis à Gonesse: Stéphane Layani s’explique © Thibault Delmarle
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Une ou deux plateformes de distribution pour désengorger l’actuel MIN (Marché d’intérêt national) de Rungis et faciliter la logistique vers le nord de la région, un centre de production maraîchère pour proposer du circuit court, une légumerie, une conserverie et encore une ferme pédagogique… Stéphane Layani, président de la Semmaris, la société d’économie mixte qui exploite le marché de gros, détaille les grandes lignes du projet Agoralim, qui prévoit une extension de l’activité du sud Val-de-Marne vers Gonesse, en Val d’Oise.

Ce projet, en réflexion depuis plusieurs mois et qui doit être formalisé à l’automne, a été rendu public par le Premier ministre Jean Castex le 7 mai comme l’une des mesures de son “plan Val-d’Oise”. Cette information, lancée depuis Gonesse, a suscité le questionnement des partenaires habituels du MIN de Rungis, à commencer par les grossistes et les élus locaux, réclamant plus d’information et de concertation.

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“Ce que nous voulons faire avec Agoralim, c’est un projet avec plusieurs sites, qui couvre l’ensemble de la chaîne de la valeur, de la production à la distribution en passant par la transformation. Il s’étendra au total sur 60 à 100 hectares”, explique Stéphane Layani à l’AFP.

Objectif 2026

En termes de calendrier, Agoralim devrait voir le jour en 2026. Le volet agricole du projet sera développé dans le Triangle de Gonesse, une enclave verte de 700 hectares située entre les pistes d’atterrissage des aéroports du Bourget et de Roissy-Charles-de-Gaulle. “Une ou deux” plateformes de distribution, dont le lieu reste à déterminer, seront implantées “à proximité” du Triangle, détaille le patron de la Semmaris.

Appel à projets début juillet

A ce stade, l’exploitant prévoit de lancer “dans la première quinzaine de juillet un appel à idées” pour “construire ce projet avec les acteurs du terrain” (chambre d’agriculture, élus, associations, parties prenantes…). Elle espère aussi trouver des “partenaires”. Cette concertation, que le Premier ministre a souhaitée “la plus large possible”, s’achèvera fin octobre. “Cela me permettra de remettre à Jean Castex mon projet précis avant la fin de l’année”, prévoit Stéphane Layani. “Tout n’est pas déjà écrit, loin de là. Nous savons dans quelle direction nous voulons aller. Mais nous ne connaissons pas encore la recette de cuisine dans le détail”, assure le chef d’entreprise.

Entre 3 000 et 5 000 emplois à la clef

“C’est un projet de grande ampleur, qui va créer de 3 000 à 5 000 emplois et représente un investissement de 600 à 800 millions d’euros”, estime-t-il. Le MIN de Rungis, lui, fait travailler environ 12 000 personnes.

Le MIN de Rungis en bref
Ouvert en 1969 pour remplacer les Halles de Paris, le marché d’intérêt national (MIN) de Rungis est devenu l’un des plus grands marchés de gros au monde. Positionné sur 234 hectares sur les communes de Rungis et Chevilly-Larue, il accueille 1209 entreprises, 12 000 salariés et voit transiter chaque année quelque 2,8 millions de tonnes de produits, pour certains en partie transformés sur place, pour un chiffre d’affaires de 9,4 milliards d’euros. Le site accueille aussi des activités connexes comme des centres de formation et un incubateur. Le MIn est exploité par une société d’économie mixte, la Semmaris, dont le capital est actuellement détenu par l’Etat (33,34%), Predi Rungis (Crédit Agricole Assurances) (33,34%), la ville de Paris (13,19%), le Conseil départemental du Val-de-Marne (5,60%), la Caisse des Dépôts et Consignations (4,60%), et les professionnels (9,93%). 

Saturation de Rungis

Parmi les motivations de cette extension délocalisée, la “totale saturation” du MIN actuel. “Nous sommes à plus de 98,5 % de taux d’occupation!”, relève Stéphane Layani. “J’ai dû refuser un grand acteur du bio et du local qui voulait s’installer à Rungis!” C’est dans ce contexte que l’exploitant du MIN, qui capte “entre 53% et 62% du marché agroalimentaire frais de l’Ile-de-France” projette depuis plusieurs années de s’étendre au nord de Paris. Faute de quoi il risque de perdre des parts de marché.

Pas question pour autant de rogner sur l’activité actuelle du MIN a première vue. “Agoralim ne sera pas une réplique de Rungis. Le commerce physique entre acheteurs sera réservé au site historique”, assure le président.

L’abandon d’Europacity : une opportunité

Pourquoi Gonesse ? La décision du président Emmanuel Macron fin 2019 d’abandonner le très controversé projet de méga-complexe commercial et de loisirs Europacity, qui devait s’installer sur le Triangle de Gonesse, a constitué une opportunité, à la fois pour le MIN et pour l’Etat, actionnaire de la Semmaris à 33%. Reste à composer avec les parties prenantes locales alors que le devenir de 280 hectares de terres agricoles de ce Triangle est devenu un point de crispation entre les élus locaux et militants écologistes, qui ont tenu une ZAD (“Zone à défendre”) éphémère en février dernier.

Un projet agricole, agro-alimentaire et logistique

“Mon projet est respectueux de l’environnement. Je suis capable de la démontrer”, assure Stéphane Layani. “Nous veillerons à artificialiser le moins possible les sols”, insiste-t-il. “Notre objectif, c’est que la zone sud du Triangle de Gonesse soit le plus possible agricole. Nous souhaitons y faire un centre de production maraîchère et horticole tournée vers l’agroécologie”.

La Semmaris prévoit aussi des activités de transformation de ces productions (légumerie, conserverie). Elle envisage un centre de formation dédié aux pratiques agricoles durables et plus largement aux métiers de la transition écologique, en lien avec l’Université de Cergy-Pontoise.

Si le commerce entre grossistes doit rester à Rungis, la Semmaris envisage en revanche un carreau de producteurs dans le Val-d’Oise, l’idée étant d’approvisionner les Franciliens en produits locaux, “bio ou certifiés à haute valeur environnementale”.

Une ferme pédagogique est également envisagée, comme vitrine grand public.

par Pascale MOLLARD-CHENEBENOIT

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