Société | Ile-de-France | 04/03
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Grand Paris: l’immense lassitude des citoyens face aux confinements

Grand Paris: l’immense lassitude des citoyens face aux confinements © Chloé Bergeret
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De Paris à Ivry-sur-Seine en passant par Pantin ou Clichy, les dizaines d’habitants rencontrés par 94 Citoyens ce début de semaine se sont montrés massivement hostiles à un reconfinement le week-end, à quelques exceptions près. Si beaucoup se résignent bon gré mal gré aux restrictions sanitaires, certains ont commencé à braver les interdits. Témoignages.

“La semaine, les enfants sont à l’école. Mais le week-end, avec le beau temps, c’est le moment où on va au parc, où on sort. On va devenir fou si on est confiné, enfermé chez nous. On espère que ça ne va pas arriver, je croise les doigts”, plaide Amina, coiffeuse et mère de deux enfants, habitante du douzième arrondissement.

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On va devenir fou

En plein cœur de la ville de Clichy, Catherine, 42 ans, fait son jogging dans le Parc Roger Salengro. “Je trouve ça extrême comme solution, ce jogging est le seul moment ou je peux un peu voir le soleil. Avec un confinement le week-end je peux dire adieu à ma petite dose d’endorphine. D’un autre coté, je ne vois pas ce que le gouvernement pourrait faire de plus, si ce n’est accélérer la stratégie vaccinale.”

A proximité, Yasmina, mère au foyer, regarde son fils de quatre ans s’éclater dans l’aire de jeux. “Ce serait un gros coup au moral, notre appartement n’est pas très grand et on peut vite tourner en rond. Et puis je pense surtout à mon fils, ils ont besoin de courir à cet âge-là. Enfin, je me soumettrai à la décision du gouvernement”, se résigne-t-elle.

© Noé Megel

“Cela revient à organiser toute la vie autour du travail”

“Le confinement le week-end, cela revient à organiser toute la vie autour du travail. Il n’y aura plus de loisirs, on ne pourra plus prendre l’air. On va être triste en fait”, résume Lulma, étudiante en master de création littéraire à Cergy, croisée à Pantin. (Photo de une)

“J’en pouvais plus de voir ma femme!”

“Un confinement, cela aggraverait les violences conjugales et les divorces, prévient un entrepreneur. Moi, je n’en pouvais plus de voir ma femme tous les jours pendant le premier confinement!”

Quand est-ce qu’on va retrouver notre liberté ?

“Si il y a le confinement le week-end, on le suivra mais on commence à en avoir marre. De toute façon, on est déjà confiné le week-end, on ne voit pas notre famille, on ne voit pas nos amis, beaucoup de magasins sont fermés, on ne fait pas grand chose et on évite les transports en communs. Tout le monde est entassé dans le RER, y’en marre de Paris!”, lâche Aurore, responsable RH dans une entreprise de Pantin, qui se verrait bien partir à la campagne.

“Quand est-ce qu’on va retrouver notre liberté ? Tout le monde en a ras le bol. En même temps, quand on voit les quais de Seine le week-end dernier, c’était n’importe quoi et pas très fair-play, il faudrait que tout le monde joue le jeu”, ajoute Sophie, sa collègue.

Etudiant en master d’histoire, Matthieu, 23 ans, a déjà pris les devants pour quitter la capitale. “S’il y a confinement le weekend, je partirai de Paris pour rejoindre mes parents en Ille-et-Vilaine, en Bretagne. D’un coté, je comprends cette décision mais elle me semble faire abstraction des réalités économiques et psychologiques”, estime-t-il.

Younès, 21 ans, en faculté d’éco-gestion, sait qu’il ne tiendrait pas. “Je ne pourrais pas, pour ma santé mentale, totalement me confiner le week-end. J’irais voir des gens c’est sûr. Avec du 8h-18h de cours et un confinement le week-end ce n’est pas tenable je vais devenir fou. Je préfère un confinement global, qu’on en finisse vraiment avec cette situation plutôt que ce bricolage.”

“Des pertes inimaginables”

“Nous, les commerçants, ça nous cause des pertes inimaginables, réagit encore Richard, 28 ans, gérant à Ivry-sur-Seine. J’ai du mal à payer mon loyer, on a beaucoup de charges en tant que commerçant!”

Un sentiment d’incertitude et d’incohérence

Au-delà du sentiment d’alinéation, l’angoisse de l’incertitude revient aussi souvent dans les témoignages. “En ce moment, on est toujours à la merci des mesures, on est tout le temps dans l’incertitude, c’est impossible pour nous de se projeter dans un futur proche”, témoigne Lulma

“De toute façon, à chaque fois c’est la même chose, ils nous annoncent un nouveau truc. Le confinement le week-end, ça on l’avait jamais fait encore! Et sous quelle forme ? Un confinement avec un couvre feu ? Qu’est ce qui pourra rester ouvert ? qu’est ce qui devra fermer? s‘interroge Hakim, qui tient un Kebab à Pantin. Je pense surtout que ça va être très compliqué à mettre en place et que ça va être du grand n’importe quoi.”

“Cela change tout le temps, les mesures sont totalement incompréhensibles”, s’agace aussi Amina.

Hicham, 38 ans, patron d’un magasin de jeux vidéos à Clichy déplore lui aussi “la grande incertitude” qui plane sur sa profession. “Nous étions fermés pendant les deux premiers confinements”, rappelle-t-il.

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“J’ai un point de vue un peu complotiste”

Habitante du douzième arrondissement parisien, Stéphanie, au chômage, reconnaît avoir un “point de vue un peu complotiste” avant de dérouler son point de vue. “Je pense qu’ils font exprès d’attiser la peur des gens pour les faire obéir. Pour moi, les mesures sanitaires sont des mesures liberticides, alors que le virus est en fait plus contagieux que mortel. Pour moi, il y a une volonté politique afin de faciliter la venue d’un régime encore plus répressif”, argue-t-elle.

“vivre avec le virus”

Elle fait partie des quelques uns qui voudraient franchement lâcher la bride. “Je vais peut-être choquer des personnes mais j’estime qu’un virus qui ne tue qu’une si faible proportion des infectés, ne devrait donner lieu à autant de restrictions, et encore moins un reconfinement”, fustige ainsi Fustige Lionel, 42 ans, garagiste.

“Pour moi, il va falloir apprendre à vivre avec le virus, parce que là, un confinement, tout le monde le prendrait mal. Plus personne ne peut supporter cela, c’est une trop grosse atteinte à la liberté. Ne plus pouvoir aller se balader ni partir en week-end rendrait la vie encore plus triste et encore plus compliquée. Malgré tout, je maintiens ma confiance dans le gouvernement, s’il le fait c’est que c’est important”, se résout tout de même cette juge d’instruction, dans le douzième.

Berangère, 60 ans, regrette pour sa part “le manque d’ingéniosité du gouvernement qui ne pense qu’au confinement” et voudrait expérimenter d’autres formes de restrictions comme une “limite maximale de personnes dans une zone même si c’est difficilement applicable.”

“Pourquoi pas instaurer le masque FFP2 pour tout le monde et écouter la voix du peuple ?”, enjoint Kursley, 22 ans, étudiante d’Ivry-sur-Seine.

“Accélérer la vaccination, mettre en place des jauges dans les établissements actuellement fermés, autoriser les activités en extérieur…Il faut précisément cibler les endroits qui favorisent la propagation du virus et adapter les restrictions”, suggère aussi Sami, 23 ans, également étudiant ivryen.

Ceux qui bravent les interdits

Parmi ceux qui en ont ras-le-bol, certains se sont déjà affranchis de contraintes qu’ils estiment trop lourdes. “Je suis sorti trois fois depuis samedi déjà, confie un étudiant. Le soir, c’est le seul moment où je peux retrouver de la sociabilité”, justifie-t-il. “C’est frustrant de devoir rester cloitré chez soi. On a envie de faire des choses, aller voir des amis, c’est pas possible en début d’après-midi”, confie une autre étudiante.

“J’ai déjà servi des clients après 18h car je ne veux pas mettre les gens dehors et je veux que tout le monde puisse manger à sa faim. J’ai reçu plusieurs amendes pour cela, c’est dur”, témoigne un commerçant.

Le confinement, on peut faire avec

Dans le flot de témoignages hostiles à des contraintes supplémentaires, quelques uns les défendent malgré tout. “Le confinement le week-end, ce ne serait pas très plaisant mais cela laisse quand même le temps de sortir la semaine. J’ai cours en distanciel alors j’ai du temps pour sortir. Et puis, cela peut être utile car on voit quand même que avec ces mesures, les chiffres ont diminué, donc cela devrait marcher. Moi ce que j’espère en fait, c’est qu’on ait un petit temps de répit avant le début d’une nouvelle épidémie. Je pense qu’on est parti pour enchaîner les épidémies. Il faudrait être plus rapide en vaccination, car on a vu que l’immunité collective ne marche pas. Il y a plein de vaccins qui traînent à la pharmacie et que personne ne vient chercher. Après, je pense aussi que il y a quand même des fois où ils grossissent le trait, ils essaient de faire peur aux gens, alors que ce n’est pas forcément le cas. J’ai un peu arrêté de m’informer à cause de ça, j’en ai un peu marre”, confie Lucas, étudiant en école de commerce.

Pour le durcissement des mesures

Responsable d’un magasin de gros, au chômage partiel depuis octobre, Diego, de Pantin, trouve le pays trop “laxiste”. “De toute façon, la boutique est fermée alors le confinement ne va pas changer grand chose à ma vie. J’ai déjà toute la semaine pour me balader comme je ne travaille pas, et je suis persuadé qu’on va arriver au confinement. Je viens de Naples, et en Italie, on ne fait pas comme en France. Il y a un système de zones, les régions en rouge sont confinées, les oranges c’est un peu moins et les zones blanches vivent normalement. Par exemple, en Sardaigne, tout est ouvert, peut être qu’on pourrait essayer ça. Mais en France, on est trop laxiste et c’est un peu n’importe quoi. Par exemple, il y a beaucoup de gens sans masques. En plus, il recommence à faire beau, les gens vont sortir, sur le canal le week-end, vous ne pouvez pas marcher. En Chine, ils ont réussi, en forçant un peu les gens mais il faut savoir ce qu’on veut. Je sais bien que tout le monde en a marre mais pour les libertés il va falloir attendre un peu”, estime le Pantinois.

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À 76 ans, Bernard, qui attend encore de pouvoir être vacciné, appelle lui carrément au reconfinement. “Je comprends totalement la variable de l’économie mais je ne suis pas certain de voir la différence entre un confinement le weekend et un confinement soft à l’image de du deuxième. Je préfère largement la deuxième option qui nous offre plus de possibilités d’allégement derrière.”

Propos recueillis par Noé Megel, Chloé Bergeret et Gnamé Diarra

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