Emploi | | 24/03
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Ivry-sur-Seine: Sennheiser France prévoit de licencier 28 salariés sur 52

Ivry-sur-Seine: Sennheiser France prévoit de licencier 28 salariés sur 52 © FB

Entreprise leader dans le domaine de l’équipement audio, Sennheiser prévoit à l’horizon 2022 de supprimer 650 emplois dans le monde entier. En France, 28 des 52 salariés rattachés au site d’Ivry-sur-Seine ont appris qu’ils seraient licenciés cet été. Une intersyndicale CGT et CFE-CGC dénonce un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) au rabais. Grève et rassemblement ont démarré ce mercredi devant le site ivryen.

La nouvelle leur est tombée dessus comme un couperet. Convoqués pour une présentation sur la restructuration de leur entreprise, les salariés ont découvert, en quelques diapositives Powerpoint, que 57% du personnel de Sennheiser France allait être licencié dans le cadre du PSE. “Nous pensions qu’il s’agirait au maximum d’un ou deux emplois, jamais autant. Quelques jours avant cette fameuse réunion, la direction nous avait appris l’ouverture d’un numéro vert pour consulter des psychologues. Nous avons tous reçu un énorme coup sur la tête”, relate Karim, qui travaille au service comptabilité. “Je supervise les virements des clients et j’envoie les factures. Certes, il y a eu une baisse d’activité liée à l’arrêt de l’événementiel mais l’argent continue à rentrer.”

Sennheiser est l’un des plus grands fabricants mondiaux de microphones, casques, accessoires téléphoniques pour les professionnels et les particuliers. Fondée par un physicien allemand, elle est aujourd’hui détenue par la troisième génération. En 1989, une filiale française a été créée à Ivry-sur-Seine. Des équipes de commerciaux ainsi que de nombreux services de support (service après-vente, administration des ventes, comptabilité,…) ont dès lors participé au succès de ces équipements en France.

“A cette époque, les salles de concert, de spectacle ainsi que les plateaux de télévision avaient besoin de renouveler leur matériel avec de nouvelles technologies. Des artistes sollicitaient nos techniciens pour trouver des astuces. Nous avions conçu pour Sylvie Joly un micro invisible qu’elle fixait sur un serre-tête. Nous avons travaillé sur le concert au stade de France de Johnny Haliday, pour Florent Pagny… Dino, du duo d’humoristes Dino et Shirley, venait ici pour être équipé d’un émetteur haute-fréquence auquel il tenait. En dehors des artistes, nous avons aussi l’Élysée qui nous sollicite pour son matériel. Ce sont des perfectionnistes qui nous sont restés fidèles parce que nous pouvions leur apporter des solutions sur-mesure. C’était très euphorisant de travailler pour eux”, se remémore Michèle, 23 ans de boîte comme attachée de clientèle.

Les choix stratégiques de ces dernières années contestés

Selon les chiffres communiqués par les délégués syndicaux, Sennheiser France a atteint un pic en 2014 avec un chiffre d’affaire de 57 millions d’euros et 100 salariés. Depuis, les résultats n’ont cessé de décroître pour atteindre en 2020 un chiffre d’affaire d’environ 22 millions d’euros et 52 salariés.

Pour les salariés, ce-sont les orientations stratégiques de la nouvelle génération de dirigeants qui sont la cause de tous leurs maux. “Longtemps nous ne nous contentions pas de vendre les produits Sennheiser, nous proposions également des équipements d’autres marques comme Tascam, QSC, Vestex, Dass. Cela nous permettait d’offrir des solutions clé en main aux régisseurs. Mais la direction trouvait que l’on ne faisait pas suffisamment de marge puisque ce n’était pas à 100% nos produits, nous avons donc arrêté. Pourtant, la gamme de produits Sennheiser s’est restreinte. La technologie n’a pas évolué au même rythme que la concurrence. Nous étions 6 techniciens pour le service après-vente, maintenant, nous ne sommes plus que 3”, liste Jean-Luc, 15 ans d’ancienneté à la technique. “Comme nous nous adressions à divers secteurs, les mauvaises performances d’un marché pouvaient être compensées par d’autre. Aujourd’hui par exemple, le développement du télé-travail et les besoins en équipement pourraient nous permettre de compenser la chute de l’événementiel. Mais dans le même temps, l’entreprise a abandonné le marché de la téléphonie d’entreprise ou le gaming”, ajoute Olivier, assistant commercial.

Un PSE considéré comme insuffisant

Malgré le télé-travail qui limite la présence sur le site d’Ivry-sur-Seine des salariés, ils étaient une quinzaine ce mercredi matin, réunis sur un piquet de grève dans la zone d’activité Capstone, devant le siège. “Nous sommes en négociation avec la direction. La proposition de PSE que l’on nous fait ne correspond pas aux moyens de l’entreprise”, résument les délégués syndicaux CGT et CFE-CGC. “Il y a une majorité de personnels qui ont plus de quinze ans d’ancienneté et plus de cinquante ans, pour qui le retour à l’emploi risque d’être compliqué”, indique Jacques Cohen, délégué CFE-CGC. “Pour l’instant, le compte n’y est pas”, abonde Karim Boulanouar, délégué CGT. Les délégués pointent notamment des propositions de congés reclassement sur 12 mois au lieu de 18, des allocations de fin de carrière à 80% et non 100% ou encore des mesures de formation insuffisantes.

“Jusqu’à présent nous avons joué le jeu continuant à faire notre travail au mieux parce que après tout, la société continue de nous nourrir, mais puisque les négociations semblent ne pas évoluer, il va peut être falloir que l’on se mobilise pour parvenir finalement à faire bouger les choses”, s’interroge Francis, comptable, qui depuis une vingtaine d’années fait deux heures de transports tous les jours pour relier Ivry-sur-Seine à son foyer dans l’Oise. “Avec tout ce que l’on a sacrifié pour cette entreprise, ils nous doivent bien cela!”

L’entreprise promet une restructuration “dans les meilleurs conditions possibles”

De son côté, l’entreprise motive sa stratégie. « A la suite de l’annonce de l’ajustement de la structure organisationnelle de Sennheiser visant à renforcer les divisions Grand Public et Professionnels par le transfert à ces deux entités de la totalité de la responsabilité opérationnelle, nous avons communiqué à nos collaborateurs nos projets de concentration de services centraux dans des hubs régionaux. Ces hubs régionaux auront vocation à nous permettre de gagner en efficacité et en flexibilité dans l’actuel contexte mondial, connecté et ultra dynamique. Ils fourniront à l’avenir des services auprès de plusieurs marchés qui étaient jusqu’ici servis localement. Ce sera le cas en particulier des fonctions suivantes : Service clients, Réparations, Logistique, Ressources humaines, Finance & Contrôle de gestion et Informatique. L’organisation commerciale des différents marchés ne sera pas intégrée aux hubs régionaux et sera maintenue localement. Pour Sennheiser France, cela signifie qu’un projet subséquent de réorganisation de la société au niveau des Opérations (Fonctions support et Chaîne Logistique) est à l’étude”, détaille l’entreprise, sollicitée par 94 Citoyens.

“Avec cette annonce, un projet de départs volontaires et de licenciements économiques est en court d’information/consultation avec le CSE et le contenu d’un plan de sauvegarde de l’emploi est en court de négociation avec les organisations syndicales. Ce projet de réorganisation se fera dans les meilleures conditions sociales possible”, assure l’entreprise.

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