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La lutte contre l’illettrisme passe aussi par l’entreprise

La lutte contre l’illettrisme passe aussi par l’entreprise © Pexels

Gagner en confiance, montrer qu’on peut s’en sortir: la lutte contre l’illettrisme se mène aussi au sein des entreprises, témoignent des salariés et les tuteurs qui les accompagnent dans leur apprentissage, alors que les Journées nationales d’action contre l’illettrisme démarrent lundi, jusqu’au 12 septembre.

Arrivé du Mali il y a une vingtaine d’années, Tamba Doucouré, 52 ans, travaille dans le nettoyage chez Samsic. “Beaucoup de gens comme moi ne sont pas allés beaucoup à l’école au pays et quand on arrive en France, on a des difficultés. Dans le métier, il faut savoir lire les étiquettes des produits, calculer les doses. Alors on se débrouille et ce qui nous sauve souvent, ce sont les collègues”, raconte à l’AFP cet habitant de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). 

Il a suivi une formation mise en place dans le cadre d’un partenariat entre des entreprises et l’association #StopIllettrisme. “Les cours sont programmés pendant les heures de travail, c’est important car tu apprends et en même temps tu es payé”, insiste-t-il. 

Outre les heures de formation, Tamba a bénéficié de l’accompagnement de plusieurs tutrices, parmi lesquelles Daphné Bouilly-Gauthier et Christel Liviero, salariées de L’Oréal, entreprise membre fondatrice de #StopIllettrisme.

Toutes les trois semaines, une tutrice a consacré une heure à Tamba “qui l’utilisait comme il voulait, pour réviser, s’entraîner à taper à l’ordinateur, à rédiger des modèles de lettre”, explique Daphné. “Je l’ai aidé à réserver des billets d’avion”, se souvient Christel, rappelant qu’aujourd’hui illettrisme rime aussi avec illectronisme.

“Ca m’a aidé à avancer, à avoir confiance en moi”, témoigne le père de famille, heureux de pouvoir suivre et aider ses enfants dans leur scolarité et fier que son fils vienne de décrocher le baccalauréat.

Daphné en a retiré de son côté “une expérience très enrichissante” fondée sur “de vrais moments d’échange qui ont permis, j’espère, à Tamba de renforcer sa confiance mais c’était réciproque”. “On se sent acteur d’une démarche inclusive”, souligne Christel.  

“Je suis là pour réapprendre à écrire correctement”, explique Philippe Lavocat, 58 ans, agent d’entretien des espaces verts dans une collectivité de Saône-et-Loire. 

“J’ai commencé à travailler à 18 ans. Avant, quand j’avais besoin de remplir un document, il y avait toujours quelqu’un pour m’aider. J’arrive à un certain âge. J’ai eu besoin de réapprendre, depuis le bas de l’échelle. C’est venu de moi, pour pouvoir m’en sortir”, confie Philippe, qui suit actuellement une formation de 207 heures financées par la région Bourgogne.

La formatrice, Patricia Longuissimo, adapte ses cours en fonction des élèves: il y a là des étrangers en apprentissage du français et des personnes souffrant d’illettrisme, comme Philippe, “qui se débrouillent très bien à l’oral mais ont besoin d’un remise à niveau” de l’écriture.

Les cours ont démarré en juin et “je me sens bien à ma place. Je commence à faire des progrès. Ca me sert dans la vie de tous les jours et dans le travail”, assure Philippe.

Selon l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), on dénombre 2,5 millions d’illettrés de 18 ans et plus en France, parmi lesquels 51% travaillent.

Près de 600 opérations de prévention et de lutte contre l’illettrisme sont prévues durant les Journées nationales d’action (https://www.illettrisme-journees.fr/jnai-2021/) 

par David ARRODE

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