Santé | Ile-de-France | 01/07
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“Les PCR, c’est nous !” Les techniciens de laboratoire veulent sortir de l’ombre

“Les PCR, c’est nous !” Les techniciens de laboratoire veulent sortir de l’ombre © Louan Deniel

Ce mardi 29 juin, le Collectif des Techniciens de laboratoire de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil a donné de la voix à Paris, réunissant quelques centaines de personnes venues de différentes régions. Soutenus par la CGT-UFMCIT et SUD-Santé, ils ont été rejoints par des diététiciens et des préparateurs en pharmacie. Objectif : se faire connaître du grand public et obtenir une reconnaissance professionnelle et financière dans le contexte de la crise sanitaire.

“Les tests PCR, c’est nous qui les faisons !” s’exclame Patricia, technicienne à l’hôpital Henri-Mondor (AP-HP). Depuis le début de la crise sanitaire, les techniciens de laboratoire sont, comme beaucoup d’autres professions, en première ligne. En juillet 2020, le Ségur de la santé accordait une revalorisation des carrières pour les infirmiers, aides-soignants, et rééducateurs, entre autres mais le document (disponible en ligne) ne mentionnait pas les techniciens de laboratoires. Une absence “incompréhensible” selon Catherine, diététicienne de 58 ans, qui travaille aussi à Henri-Mondor. “On est les oubliés du Ségur de la santé, on ne comprend pas pourquoi on passe bien après les autres professions du milieu hospitalier.”

Précisément, le Ségur de la santé leur a accordé une augmentation de 183 euros nets par mois, mais sans changer la grille salariale. Le changement ne devrait intervenir qu’en janvier 2022. Un “petit rattrapage”, qui reste “insuffisant” selon Jacques Duperret, syndicaliste CGT et technicien en Gironde. “On demande le passage en catégorie A [le degré supérieur de rémunération dans la fonction publique, ndr], et on souhaite que cela se fasse dès le 1er octobre 2021.” Plus largement, les techniciens de laboratoires demandent à être considérés comme les autres professions de la filière.

Ils souhaitent notamment la réingénierie du métier au niveau Licence, ou encore une meilleure valorisation de l’ancienneté. Catherine, technicienne à Henri-Mondor, explique : “J’ai fait 3 ans de formation pour ce métier. Aujourd’hui, j’ai 58 ans et je suis en fin de carrière. Pourtant, je suis moins bien payée qu’une aide-soignante, qui n’a fait qu’une seule année de formation.”

© Louan Deniel

Peu connu du grand public, le technicien de laboratoire a pourtant un rôle essentiel dans le parcours de soin puisqu’il s’occupe du prélèvement et de l’analyse des échantillons, en contact direct avec les médecins. Les conditions de travail sont “difficiles, on travaille 24h/24 et 7j/7” rappelle à plusieurs reprises Thomas Nikolic, technicien à Paul Brousse Villejuif et représentant syndical pour SUD-Santé. La méconnaissance du grand public a d’ailleurs été un obstacle à la mobilisation d’après Ruben, technicien à l’hôpital Paul Brousse : “Notre profession n’est pas reconnue, et n’est jamais citée dans les médias.” “Cela fait par exemple 10 ans qu’on demande la réingénierie, mais la crise a créé un ras-le-bol, et aujourd’hui c’est la première fois qu’on manifeste pour notre corps de métier” témoigne sa collègue, elle aussi gréviste.

La manifestation s’inscrit dans un mouvement de grève nationale, qui a touché plusieurs secteurs de la fonction publique ; mais c’est l’absence de mesures les concernant qui a conduit le Collectif Tech Henri-Mondor à passer à l’acte. “Puisque notre métier n’est pas valorisé, on perd en attractivité et les jeunes ne veulent plus venir” témoigne Patricia. La grève a débuté depuis le 18 mai, et trois autres manifestations ont déjà eu lieu.

Ces dernières sont aussi un lieu de rencontre. A l’ombre des laboratoires, les techniciens et techniciennes “ne se connaissent pas”, souligne Lucile, ce qui est aussi un frein à la mobilisation. D’après Catherine, “le mouvement est très suivi au niveau local.” La technicienne avance les chiffres d’au moins “70 % de grévistes à Henri-Mondor” selon les organisateurs, “avec certains services comme la biochimie qui sont à 100%.”

Le cortège est parti de la Place Saint-Michel pour se rendre jusqu’au ministère de la Santé, en passant par Montparnasse. Une fois sur place, des représentants du collectif et des syndicats ont été reçus en délégation. La grève, suspendue durant l’été, doit reprendre “au mois de septembre si rien n’a changé”, ont prévenu les syndicats.

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