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Les services secrets vont s’installer au Fort de Vincennes

Les services secrets vont s’installer au Fort de Vincennes

Le “bureau des légendes”, la série, était déjà un peu du Val-de-Marne, plusieurs scènes ayant été tournées à la préfecture de Créteil. La vraie DGSE, elle, quittera le boulevard Mortier pour le fort de Vincennes d’ici à 2028.

Le ministère des Armées a annoncé vendredi dans un communiqué que la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) s’installerait au Fort Neuf de Vincennes sur une surface de 20 hectares qui représente le double des capacités de son siège actuel.

Un symbole fort du développement de l’institution, de ses investissements lourds en moyens humains et techniques et des défis qui lui sont posés par un contexte géopolitique de plus en plus tendu. Le tout pour un investissement de 1,3 milliard d’euros.

“Le renseignement est une fonction stratégique décisive pour notre défense et notre sécurité nationale et un atout essentiel pour détecter, prévenir et entraver les menaces”, précise le ministère, évoquant la nécessité d’assurer la place de la DGSE “parmi les meilleurs services de renseignement du monde”.

Les espions en ont été informés jeudi par le président Emmanuel Macron, lors d’une visite dans leurs locaux. “L’accroissement des effectifs de la DGSE et le déploiement de nouvelles capacités techniques se heurtent aux limites de son site actuel du boulevard Mortier, a encore précisé le communiqué, décrivant un pavillon “morcelé et vieillissant”.

Le déménagement permettra aussi de “renforcer les synergies entre renseignement et opérations” et de favoriser les échanges avec les autres agences de renseignement de l’hexagone (intérieur, militaire, contre-ingérence, cyber, etc…). Les travaux devraient commencer en 2024.

L’annonce rappelle le très récent déménagement de la police judiciaire, du mythique 36 quai des Orfèvres vers la porte de Clichy. Une date charnière, un chapitre qui se ferme, avec un soupçon de mystère et une pincée de fantasmes en plus. Cette ancienne caserne, brièvement devenue prison pendant la deuxième guerre mondiale, avait abrité dès 1946 le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), devenu DGSE. Les locaux ont connu la guerre froide, la décolonisation, la chute du Mur, l’émergence de la Chine comme puissance mondiale.

Le 141 boulevard Mortier, “c’est comme le 36, c’est un lieu chargé d’histoire. Maintenant, ce n’était plus adapté aux besoins actuels”, résume Alain Chouet, ancien haut-responsable de la maison.  

“C’est une agence dont on ne prononce pas le nom. Donc on dit Mortier, la boîte, l’agence, la piscine”, en référence à la toute proche piscine des Tourelles, souligne de son côté Alexandre Papaemmanuel, professeur à Sciences Po Paris, spécialiste du renseignement.

“Le Bureau des légendes”, série consacrée aux agents qui travaillent sous fausse identité, a considérablement popularisé ses vastes murs immaculés et piqués de caméras.Même si elle se concentre sur un petit service, qui ne représente qu’une infime partie des activités de l’agence, la série a donné un visage à une cantine, une salle de crise aux sièges bleus, des portes sécurisées multiples, un cloisonnement quasi paranoïaque.

Le fruit d’un gros travail documentaire qui a renouvelé l’image de la maison. Après cinq saisons et une exposition à la Villette, “Mortier” est “rentrée dans une sorte d’inconscient collectif”, insiste à cet égard Alexandre Papaemmanuel. 

Une nouvelle histoire est désormais à écrire et elle sera assurément épique, dangereuse, importante. Après des décennies de dédain ou d’indifférence du politique à son endroit, le renseignement a été reconnu comme fonction stratégique par le Livre blanc sur la défense de 2008, puis érigé en priorité nationale en 2017.

Et en 2021, selon la Loi de programmation militaire (LPM 2019-2025), la DGSE a enregistré un budget de 880 millions d’euros, contre 816 en 2020, soit une augmentation de 7,8%. Outre des crédits de paiement en hausse et des investissements lourds, elle a bénéficié de 100 postes supplémentaires, sans compter 100 autres emplois dédiés à la cybersécurité dans d’autres entités.

La tendance pourrait se poursuivre. A titre de comparaison, les services britanniques comptent environ deux fois plus d’agents que leurs homologues français.

par Didier LAURAS

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