Entreprises | | 22/11/2021
Réagir Par

P4 entre Pantin et Paris: quand l’entrepôt revient en ville

P4 entre Pantin et Paris: quand l’entrepôt revient en ville © Charles Henry

Sous le périphérique entre Pantin et Paris, le micro-entrepôt P4 préfigure le retour des entrepôts dans les villes. Un enjeu écologique pour la livraison du fameux dernier kilomètre. Exemple avec la Sogaris.

Nous faisons 600 à 800 positions par jour, indique Yacine Kara, le président-fondateur d’Ecolotrans, mais nous ne sommes encore qu’à 50% de nos capacités”. Enfant de Noisy-le-Sec, il a lancé sa société, pionnière dans les solutions de livraisons propres, en 2005. “On est parti un peu tôt, confie-t-il. On avait déjà cette vision qu’il fallait relever le défi des problématiques de congestion.”

En 2020, il est devenu exploitant du P4, un micro-entreprôt d’environ 800 m² qui a été mis en service Porte de Pantin, sous le pont du périphérique en avril 2021. Pour l’aménagement du site, c’est Sogaris (Société de la gare routière de Rungis) qui remporté en janvier 2017 un appel à projet de la mairie de Paris qui reste propriétaire du foncier.

François Dagnaud, président du conseil d’administration de Sogaris et maire du 19ème arrondissement de Paris, résume l’objectif du P4: “assurer l’approvisionnement de nos cœurs de ville sans céder à la tentation de l’étalement urbain, de l’artificialisation du foncier, sans créer des flux de déplacements supplémentaires, tout en participant à la décarbonation de nos villes et de nos systèmes de distribution.”

© Charles Henry
François Dagnaud (à droite) et Yacine Kara (au centre au second plan).

Desservir le nord-est de Paris

Avec sa flotte composée d’une dizaine de véhicules électriques et d’une vingtaine de triporteurs, Ecolotrans dessert depuis le P4 les communes avoisinantes. Côté Paris: le 19ème arrondissement bien sûr, mais aussi des zones du 10ème et du 20ème arrondissements. Côté Seine-Saint-Denis: Pantin, le Pré-Saint-Gervais, les Lilas et un peu Romainville. “On ne va pas plus loin parce que l’idée est de recourir au maximum au vélo“, précise Yacine Kara. Ce qui ne va pas sans poser des limites physiques aux livreurs qui constituent la majorité des employés de l’entreprise.

On livre nos clients avec comme préoccupation majeure la maitrise des externalités négatives, que ce soit le bruit, la pollution atmosphérique, les particules fines et surtout la congestion des villes, résume le patron d’Ecolotrans. Notre schéma est de massifier les flux qui entrent en ville et de repartir avec des modes doux.”

Les marchandises arrivent en horaire décalé, la nuit avant 6 heures du matin. Les 19 tonnes qui arrivent roulent au gaz naturel – et ne sont donc pas neutres en terme d’émissions carbone. Ils déchargent sur un quai unique dédié. Le reste de la journée est consacré aux livraisons de restaurateurs et au e-commerce.

Déjà présent à Rungis (Val-de-Marne) et à Chilly-Mazarin (Essonne), Ecolotrans a posé un premier jalon avec l’ouverture de sa plateforme à Pantin: “Au départ de cette plateforme, on veut mettre en place un maillage pour être capable de dimensionner une solution pour tout le territoire parisien“, indique Yacine Kara. L’objectif pour lui est de créer cinq plateformes comme celle du P4, lorgnant déjà sur des sites dans le quartier de Montparnasse (14ème arrondissement), à porte de Bagnolet (20ème arrondissement) ainsi que vers porte de Versailles (15ème arrondissement).

© Charles Henry
Les quais des véhicules électriques au P4 de Pantin.

Prise de conscience

Après avoir été primé en septembre dernier comme meilleure production dans la catégorie logistique et industriel au salon des professionnels de l’immobilier (MIPIM), le P4 a été mis en avant lors de la semaine de la logistique du 18 au 20 novembre. A cette occasion, plusieurs dizaines d’entrepôts à travers la France ont été ouverts au public sous l’égide de l’association Afilog.

Pour Jonathan Sebban, directeur général de Sogaris, cette mise en lumière témoigne aussi du fait que “la gestion du dernier kilomètre devient une préoccupation de plus en plus importante pour l’ensemble des acteurs de la profession et du secteur industriel.”

A la source de la dynamique qui permet ainsi à Ecolotrans de se développer, il y a “le changement des réglementations municipales qui visent à faire émerger des solutions alternatives au gazoil d’ici 2024 mais aussi des gens, comme les producteurs bio, qui sont vraiment convaincus par nos positionnements et qui veulent polluer moins en ville“, souligne Yacine Kara. Parmi ses clients, figurent ainsi des entreprises tels que Naturalia, Biocoop, La ruche qui dit oui, Biovore, mais aussi Carrefour pour la livraison en e-commerce.

François Dagnaud se veut d’ailleurs plus tranchant sur la transformation qui s’opère: “Dans des villes qui réaménagent leurs espaces publics en réduisant l’espace dévolu à la circulation routière et en développant les mobilités alternatives, la question de l’intrusion des camions va devenir de plus en plus insupportable. Nous devons anticiper la fin des camions dans nos villes sans mettre en péril la capacité à les approvisionner.”

Transparence

Pour Jonathan Sebban, la réalisation du P4 relève aussi “d’un enjeu d’intégration architectural et d’insertion paysagère parce que, il faut être honnête, cela ne va pas de soi de faire revenir des entrepôts en ville. Et une manière de pouvoir le faire c’est en misant à fond sur la qualité.”

Pour la construction de l’entrepôt, c’est le cabinet d’architecture Sybil qui a été choisi. L’un des défis étaient d’adapter le site à son environnement piétonnier très fréquenté, face à la Philharmonie de Paris et à la future Cité universelle dédié au handisport. Un commerce d’environ 110 m2 devrait également ouvrir sur sa façade sous le pont du périphérique d’ici un an.

Le projet P4 est la preuve qu’on peut réaliser un bel objet urbain en conservant sa mission logistique. C’est un modèle d’avenir, préfigurateur de la ville durable“, renchérit François Dagnaud. Les entrepôts n’ont pas vocation à être cachés. Ils vont avoir à nouveau leur place en cœur de ville.” Les portiques du P4 laissent d’ailleurs largement entrevoir le balai des préparateurs, des dispatcheurs et des livreurs à l’intérieur de l’entrepôt.

Abonnez-vous pour pouvoir télécharger l'article au format PDF. Déjà abonné ? Cliquez ici.
Aucun commentaire pour P4 entre Pantin et Paris: quand l’entrepôt revient en ville
    Ajouter une photo

    N'envoyez que des photos que vous avez prises vous-même, ou libres de tout droit. Les photos sont publiées sous votre responsabilité.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    A lire aussi