Société | Seine-Saint-Denis | 24/11/2021
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Prostitution des mineures, violences conjugales… constat et plan d’action en Seine-Saint-Denis

Prostitution des mineures, violences conjugales… constat et plan d’action en Seine-Saint-Denis © Gribouille 334700

90% des mineures qui se prostituent ont subi des violences familiales, constate l’Observatoire des violences envers les femmes de la Seine-Saint-Denis qui vient de publier une étude sur leur condition. A la veille du 25 novembre, le département vient d’annoncer un plan de soutien aux accompagnements de terrain sur ce sujet en parallèle d’autres actions de prévention contre la violence envers les femmes.

L’étude de l’observatoire publiée ce mardi s’appuie sur l’examen de 101 dossiers de victimes de prostitution pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) de Seine-Saint-Denis, montre que les parcours des victimes, en immense majorité des filles (99 sur 101), sont marqués par des violences (99%) subies avant l’entrée dans la prostitution.

Des violences sexuelles avant la prostitution

Le constat est sans appel. Sept filles sur dix ont subi des violences sexuelles avant la prostitution. Dans huit cas sur dix, il s’agissait de viols ou de tentatives de viols.

D’après l’enquête, ces victimes de prostitution sont en échec scolaire et subissent des violences au sein de leur établissement (96%). Six filles sur dix sont ou ont été déscolarisées avant ou au moment de l’entrée dans la prostitution et quatre mineures sur dix ont subi du harcèlement scolaire.  Une fille sur cinq a aussi vu circuler parmi ses camarades des vidéos ou photos d’elle dénudée ou en plein acte sexuel.

Un quart des victimes ont tenté de se suicider

Ces filles connaissent aussi d’importants problèmes de santé: neuf mineures sur dix sont en mauvaise santé (infections sexuellement transmissibles, troubles de stress post-traumatiques tels que des troubles alimentaires ou de fortes crises d’angoisses). Six mineures sur dix ont été hospitalisées et une fille sur quatre a effectué au moins une tentative de suicide, principalement au début de la prostitution.

Ca commence à 11 ans

L’entrée dans la prostitution s’effectue à 11 ans et l’âge moyen pour se prostituer est de 15 ans. Au moins quatre mineures sur dix n’ont pas conscience de se prostituer.

Jeunes proxénètes, rarement pénalisés

Le profil des proxénètes est majoritairement masculin et jeune entre 14 à 25 ans et les clients sont exclusivement des hommes (de 14 à 60 ans). Pour une mineure sur quatre victime de proxénétisme, c’est celui qu’elle percevait comme son petit ami qui la prostituait. Enfin, selon l’enquête, la prostitution des mineurs est très peu pénalisée. Seuls 3 % des proxénètes ont été condamnés. 

Lire la synthèse de l’étude

Un plan départemental de 2,3 millions d’euros

L’enquête a été publiée à l’occasion du lancement par le département d’un plan de 2,3 millions d’euros d’aide aux accompagnements de terrain pour l’année 2022, dont 1 million financé par l’Etat. Ce plan s’axe sur trois actions : la prévention par une sensibilisation précoce, l’accueil et le suivi “en ouvrant des consultations de traitement du psycho-traumatisme et des places d’accueil d’urgence”. Sur ce point, le département annonce la poursuite de son soutien au lieu Lao Pow’her ouvert à Bagnolet, et la formation des professionnels qui accompagnent ces jeunes filles.

Accueil des sourdes et malentendantes victimes de violences

Au-delà de la sensibilisation à la prostitution, le département annonce également deux dispositifs de prévention des violences envers les femmes à la veille du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes : la création “d’une permanence contre les violences pour les femmes sourdes et malentendantes, située au sein des locaux du Département à Bobigny.”

Prévention via les sacs de baguettes dans les boulangeries

Le département participe aussi à la campagne de sensibilisation via les sacs de baguette de pain représentant un “violentomètre” qui permet de prendre conscience d’éventuelles violences dans le couple. 40 000 sacs seront distribués à partir de ce jeudi.

Un plan national de lutte contre la prostitution des mineurs a par ailleurs été lancé le 15 novembre par le gouvernement. Formation des professionnels en contact avec les enfants, pression sur les plateformes de location d’appartements, cyber-enquêteurs… Ce plan interministériel (Enfance, Intérieur, Justice, Education nationale, Numérique, Ville, Tourisme et Egalité femmes-hommes) doté de 14 millions d’euros, sera déployé sur neuf mois en 2021 et 2022.

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