Justice | Paris | 04/01
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Squat du Petit Cambodge à Paris: la justice ordonne l’expulsion

Squat du Petit Cambodge à Paris: la justice ordonne l’expulsion

(Mise à jour le 8 janvier : la justice a ordonné l’expulsion) C’est ce lundi que la justice doit décider ou non de l’expulsion des squatteurs d’une annexe du Petit Cambodge, un restaurant du Xème arrondissement frappé par les attentats de 2015. Dans ce local dans lequel le restaurant prévoit l’ouverture d’un nouvel établissement, le collectif héberge des sans abris. Au sein du Conseil de Paris, l’affaire a pris une tourne politique.

Depuis la mi-novembre, des locaux dans lesquels le restaurant Le Petit Cambodge prépare l’ouverture d’une annexe, sont occupés par un collectif militant qui y héberge des sans-abris et des personnes isolées. Ce collectif déplore que le local soit abandonné depuis cinq ans et dit lutter contre la “gentrification” du quartier au profit de “spéculateurs”, de la plateforme AirBnb ou de “restaurants de luxe et bobo”.

Ils ont “changé les serrures, badigeonné les murs” et “organisé des apéros”
en pleine crise du Covid-19, regrettent les propriétaires du Petit Cambodge qui ont saisi la justice. C’est dans ce restaurant du Xe arrondissement que quinze personnes avaient péri lors des attentats de novembre 2015.

Notre restaurant est squatté depuis le 14 novembre par diverses personnes qui aujourd’hui font circuler des affirmations…

Publiée par Le Petit Cambodge sur Samedi 26 décembre 2020

Les occupants sauront ce lundi s’ils sont expulsés. En attendant, ils ont organisé mardi soir, après l’audience devant le tribunal judiciaire de Paris, un concert ambulant contre la gentrification et en soutien au squat, à l’invitation du collectif d’associations “l’Arche-lesRévolté.e.s de la place Sainte-Marthe”. Une vingtaine de personnes ont été verbalisées par la police qui a ensuite dispersé la manifestation.

La polémique s’est aussi déportée sur le terrain politique après que l’adjoint écologiste à la mairie du 14e arrondissement de Paris, Guillaume Durand a dit en début de semaine sur le plateau de LCI soutenir “la méthode du squat”. La secrétaire d’Etat à l’Economie sociale, solidaire et responsable Olivia Grégoire (LREM) y a aussitôt vu une “honte”, tandis qu’Aurore Bergé, députée LREM des Yvelines a interpellé Anne Hidalgo pour qu’elle clarifie la “ligne” de la majorité. Mais c’est surtout la droite qui s’est emparée du sujet pour tenter d’enfoncer un nouveau coin entre socialistes et écologistes à Paris. “Considérer que la propriété privée n’est pas un droit fondamental” fait partie des “vraies problématiques” entre les groupes “socialiste” et “écologiste” de la mairie, assure ainsi à l’AFP Nelly Garnier, conseillère LR de Paris proche de Rachida Dati. La sénatrice LR Valérie Boyer dénonce, elle sur Twitter, “la complicité” de “la gauche aphone” face à “EELV qui cautionne ce vandalisme et incite au squat”. La droite pointe également la discrétion d’Anne Hidalgo qui s’est contentée de retweeter des messages condamnant l’occupation.

La maire PS du Xe arrondissement Alexandra Cordebard se veut plus ferme auprès de l’AFP en fustigeant un squat “illégal” et “très choquant” quant au symbole, alors que le nom du restaurant est devenu synonyme des attaques jihadistes qui ont fait 130 morts dans la capitale et à Saint-Denis en 2015 Mais, assure-t-elle, il n’y a pas pour autant matière à “créer” un sujet politique au sein de la majorité qui a “beaucoup à faire ensemble” pour “mettre en place le programme” commun.

La tête d’affiche des Verts à Paris, David Belliard, prône devant l’AFP “qu’une solution soit créée” qui permette à chacun de “sortir par le haut”. Mais il considère aussi “légitime et normal” le débat et regrette que personne ne s’émeuve que “pendant cinq ans”, un local a été laissé “inoccupé” dans un quartier marqué par “la détresse sociale” et “qui a tant besoin” des associations.

“Je ne vois pas” “en quoi cette initiative permet de lutter contre la gentrification”

Pour un autre partenaire de la majorité, le communiste Ian Brossat, “la cible” du Petit Cambodge est pourtant “particulièrement mal choisie”, explique-t-il à l’AFP, du fait de “la charge symbolique” et parce que s’en prendre aux restaurateurs “dans la période actuelle est complètement aberrant”. “Je ne vois pas” “en quoi cette initiative permet de lutter contre la gentrification”, explique l’élu pour qui “le meilleur moyen de lutter” sont les logements sociaux auxquels “les écologistes” “se sont opposés” à plusieurs reprises.

Par Nicolas BOVE

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