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Viol au 36 quai des Orfèvres: le procès rejugé en appel à Créteil

Viol au 36 quai des Orfèvres: le procès rejugé en appel à Créteil © CD

Ils avaient été condamnés à sept ans de réclusion pour le viol en 2014 d’une touriste canadienne au siège de la PJ parisienne au 36, quai des Orfèvres: deux anciens policiers sont rejugés en appel aux assises du Val-de-Marne à partir de mardi.

Lors du premier procès en janvier 2019, Antoine Q, 42 ans, et Nicolas R 51 ans, ex-membres de la prestigieuse Brigade de recherche et d’intervention (BRI), avaient été reconnus coupables du viol en réunion d’Emily S, aujourd’hui âgée de 41 ans. 

Dans son verdict, la cour d’assises de Paris avait mis en avant “les déclarations constantes” de la victime, jugeant que les accusés avaient, eux, fait des “dépositions évolutives (…) peu crédibles”. 

La cour avait également pris en compte “la particulière gravité des faits commis à l’encontre d’une femme sous l’emprise de l’alcool” et le “lieu de commission des faits”, qui était alors le siège de la police judiciaire, en plein centre de la capitale.

Ces deux fonctionnaires, Emily S les avait croisés le 22 avril 2014 dans un pub proche de l’Ile de la Cité. 

Bière, whisky, l’alcool avait coulé à flots et l’ambiance était au flirt. Peu après minuit, la Canadienne, très alcoolisée, et des policiers de la BRI s’étaient rendus au “36” pour une visite nocturne.

“J’avais beaucoup bu, je me voyais mal rentrer à l’hôtel dans cet état et je pensais qu’en allant dans un commissariat, je me sentirais plus en sécurité”, avait-elle expliqué aux enquêteurs, en rappelant que son père était lui-même policier au Canada.

Mais vers 02H00 du matin, en quittant les locaux de la PJ en état de choc, Emily Spanton dénonçait aussitôt un viol collectif. Des allégations contestées par les accusés.

Les policiers ont “agi comme des soudards”, avait dénoncé Philippe Courroye, l’avocat général en première instance.

“Ce soir-là, ils n’étaient pas la police mais des usurpateurs indignes de brassards et ils se sont comportés comme ceux qu’ils pourchassent”, avait tranché la magistrat. “Mon intime conviction, c’est qu’au cours de cette nuit du 22 au 23 avril, dans les locaux de la BRI, Emily S a bien été une victime non consentante d’actes sexuels”.

Rejugé pendant trois semaines, Nicolas R, actuellement sous contrôle judiciaire, va “contester fermement les accusations portées contre lui”, assure un de ses avocats, Me Pascal Garbarini.

“Il n’est pas acceptable que des accusations non étayées et non corroborées soient suffisantes pour condamner un homme”, estime-t-il à la veille du procès, en espérant “que le contexte actuel du mouvement #Metoo sera absent du dossier”.

En première instance, des “éléments scientifiques et techniques”, dont des expertises ADN et des analyses de téléphonie avaient néanmoins fragilisé la version des accusés.

D’abord l’examen médico-judiciaire de la victime, qui avait révélé une lésion gynécologique traumatique. Ou encore ce message compromettant envoyé par Nicolas Redouane à un collègue: “Ca est une touseuse (partouzeuse, NDLR), dépêche”.

“Les accusés ont été condamnés sur des faits précis: l’ADN, la téléphonie, la vidéosurveillance, ce n’est pas un dossier parole contre parole”, assure pour sa part Me Sophie Obadia, une avocate d’Emily S. “Ma cliente n’a jamais varié dans ses déclarations et est tout à fait crédible”.

Emily S sera de nouveau présente à l’audience.

Dans un entretien récemment accordé au magazine Elle depuis le Canada, elle a expliqué vivre toujours chez ses parents, notamment en raison du “sentiment d’insécurité” qu’elle a toujours, sept ans après. “J’avais 34 ans au moment des faits. J’en ai 41 aujourd’hui. J’ai dû accepter l’idée que je n’aurai jamais d’enfants”, dit-elle.

Le verdict est attendu le 8 juillet.

par Alice LEFEBVRE

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