Environnement | | 22/02
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A Arcueil, La Mine redonne vie à des centaines de tonnes de déchets chaque année

A Arcueil, La Mine redonne vie à des centaines de tonnes de déchets chaque année © Louan Deniel

La Mine… Le tiers-lieu basé à Arcueil et Gentilly porte bien son nom. On y trouve pêle-mêle vêtements, livres, jouets, appareils électroniques, entre autres. Tous ont un point commun : destinés à être jetés, ils ont été triés, reconditionnés, revalorisés, et sont revendus à un prix moindre. Parmi les quarante salariés affectés à la tâche, certains ont commencé comme bénévoles, avant de bénéficier du dispositif d’insertion professionnelle.

Un buste cartonné d’Elvis Presley grandeur nature. C’est la première chose qu’on aperçoit en entrant. Il sert de point de repère parce qu’on s’y perd un peu. On slalome entre le rayon vêtements et électroménager, tellement fourni que mêmes les étagères les plus hautes semblent déborder. Ici, un petit garçon observe fasciné, un circuit à billes. Là, un couple de retraités discutent avec un salarié. Le lieu se décompose en plusieurs espaces, comme celui dédié aux concerts et événements, où tourne un disque de jazz. Juste derrière, le “Baramine”, avec les cuisines de la crêperie. L’ambiance est conviviale, presque familiale. “On est un tiers-lieu. C’est un concept importé des États-Unis, qui signifie qu’on se situe entre la maison et le lieu de travail” explique Morgane Richard, la coordinatrice.

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L’espace concert et événements de La Mine.

La justice sociale et écologique comme déclencheur

L’association est créée en 2012 : “Ce genre de lieu de rencontre n’existait pas dans le secteur à l’époque, les gens étaient obligés de se rendre à Paris, alors on a voulu y remédier” raconte Régis Pio, directeur, à l’origine du projet. Il se souvient avoir eu un déclic en partant au Sénégal. Là, il se rend à la décharge de Mbeubeuss, “la plus grande déchetterie d’Afrique de l’Ouest.”

Il y constate une véritable économie parallèle, avec de nombreuses personnes revendant des déchets pour survivre. “Je me suis rendu compte que la gestion des déchets était une question de politique publique.” Il pointe un paradoxe : “L’écologie, la justice sociale sont des sujets majeurs mais le service public en France a longtemps été en retard sur la question, même si depuis quelques années ça commence à changer.”

“J’ai voulu agir pour l’écologie tout en créant des emplois, du lien social. Le tiers-lieu permet d’avoir un cadre qui accompagne cette démarche”, poursuit-il.

Cette mission s’est néanmoins appuyée sur des acteurs publics, grâce au soutien de la région, du département et de la municipalité d’Arcueil. En outre, le modèle économique de La Mine repose “à 30% environ sur des subventions de l’État” précise Morgane Richard. A l’avenir, la structure pourrait même changer de statuts pour devenir un équipement public, sous la gouvernance du territoire Grand Orly-Seine Bièvre, explique son directeur, pour qui cela donnerait plus d’ampleur encore à la mission que La Mine s’est fixée : “donner une autre idée des déchets.”

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Vue d’intérieur de La Mine, à Arcueil.

120 tonnes de déchets récoltés en 2021

Le tri des déchets est en effet le principal objet de La Mine, qui en a récolté 120 tonnes en 2021. Un site dédié au tri, géré par les bénévoles, est situé à Cachan. “Heureusement qu’ils sont bénévoles, car ils font un tel travail qu’on ne pourrait pas les payer !” s’exclame Maria Fortes, présidente de l’association.

Objectif : sauver les objets de la déchetterie. “Le recyclage est l’une de nos fonctions supports” insiste Saïda Hassani, responsable du tri. “Pour les vêtements, nous pouvons en revendre certains, mais aussi en donner à des associations qui aident les sans-domiciles fixes. S’ils ne peuvent plus être portés, ils peuvent toujours servir comme isolant. On réfléchit à tous les moyens possibles de réutilisation.”

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Ce poste est destiné aux bénévoles chargés de la revalorisation des jouets.

Ce travail au long cours s’accompagne d’une sensibilisation hors les murs. “On se rend nous-mêmes dans les cités une fois par semaine car il y a beaucoup de personnes isolées, notamment les plus âgées, qui ne peuvent pas venir nous confier leurs objets” explique la présidente. “Ils ne peuvent pas venir à nous, alors c’est nous qui venons à eux !” complète Saïda Hassani.

Un lieu de rencontre et de réalisation professionnelle

À La Mine, tous les publics se retrouvent : actifs aux revenus modestes, retraités, collectionneurs ou encore jeunes qui viennent “par conviction écologique”, déroule Morgane Richard. “L’avantage du tiers-lieu, c’est qu’on rencontre des gens qu’on aurait jamais rencontré ailleurs, ce qui est mon cas” glisse Maria Fortes, qui est aussi psychologue dans la vie.

La Mine est aussi en lien avec les entreprises. En partenariat avec Pôle Emploi, elle propose en règle générale des périodes de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP), ce qui “apporte un public et favorise le développement, l’expérimentation du projet de la personne” explique la présidente.

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Le FabLab de La Mine.

Dans cet esprit, l’étage accueille l’atelier du FabLab, qui regorge d’imprimantes 3D et autres outils pour créer des objets utilitaires ou artistiques. Le FabLab a par exemple permis la création de 1500 masques et visières au plus fort de la crise sanitaire, qui ont été distribués à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, au collège voisin Dulcie September, ainsi qu’aux commerçants de la ville.

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