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Après le budget et le droit d’interpellation citoyenne, Les Lilas concrétise un nouveau chapitre de démocratie participative

Après le budget et le droit d’interpellation citoyenne, Les Lilas concrétise un nouveau chapitre de démocratie participative © Mairie des Lilas

Marches exploratoires pour favoriser un partage plus équilibré de l’espace public, toilettes mixtes, création d’un lieu de rencontre, affirmation du soutien de la ville à la cause LGBT… Autant de propositions issues du premier comité consultatif des Lilas sur le thème de l’inclusion. Un comité de personnes tirées au sort qui s’est réuni pendant six journées, avant de confronter les propositions à des associations tierces. Retour sur cette expérimentation.

Clap de fin pour la première expérience de démocratie participative aux Lilas. Les élus ont restitué le 16 novembre leur évaluation des propositions élaborées par le comité consultatif lilasien, un conseil de 26 habitants tirés au sort.

Expertise d’usage

Nous avons choisi de questionner ce premier comité consultatif lilasien sur les moyens de rendre la ville des Lilas plus inclusive, de favoriser la mixité et la participation citoyenne parce que c’est un thème qui nous semble pertinent si l’on considère les tendances au repli sur soi du débat politique national. La ville fait déjà beaucoup sur ce thème, mais l’idée est de nourrir la réflexion des élus et de faire émerger des propositions innovantes en valorisant l’expertise d’usage des habitants“, résume Lionel Benharous, maire PS de la ville.

C’est une thématique qui nous a semblé accessible à tous et qui a l’avantage d’être un sujet transversal qui concerne tous les services de la municipalité“, abonde Claire-Aline Serrault, directrice des relations usagers, innovation et démocratie à la mairie. C’est elle qui a piloté la consultation aux côtés de Mathias Goldberg, l’élu délégué à la participation citoyenne.

Au total, 17 propositions ont été formulées à l’issue de six journées de travail réparties sur quatre mois. “Des journées parfois intenses et très riches, souligne Karim, l’un des membres du comité, qui salue “un effort de consultation de la part des élus. J’ai été sensible au travail de coconstruction que j’ai trouvé très bien organisé, avec le souci de nous guider sur les aspects techniques ou réglementaires tout en conservant le sens de nos propositions.” Ce père de famille, formateur de profession d’une quarantaine d’années, a plus précisément participé au groupe de travail sur “les discriminations LGBT”.

En tout, six thèmes relatifs aux problématiques d’inclusion étaient identifiés. “On est parti des discriminations listées dans le code du travail et on leur a imposé les thèmes du handicap et de l’égalité femme homme“, précise Claire-Aline Serrault. Les habitants ont choisi les quatre autres thèmes : identité de genre, racisme, précarité et lien social et utilisation de l’espace public.

Toilettes mixtes, “ville ouverte”

On a lancé cette expérience sans savoir ce qui allait en résulter. On avait aussi à l’esprit l’exemple de la convention citoyenne sur le climat [ndlr, constitué à la demande du gouvernement en 2019] qui avait généré beaucoup de frustration. Il fallait donc éviter cet écueil. Notre seul engagement était de justifier dans les six mois les raisons pour lesquelles les propositions étaient retenues ou pas“, précise Lionel Benharous.

Dans le détail, la ville s’est engagée à mettre en œuvre plus de la moitié des propositions comme l’organisation de marches exploratoires pour favoriser le rééquilibrage femmes-hommes de l’utilisation de l’espace public ou l’expérimentation de toilettes mixtes au gymnase Liberté et à l’hôtel de ville. Elle va également travailler à la création d’un lieu de convivialité au sein de l’espace Louise Michel, de type tiers-lieu ou café associatif. Autre priorité : favoriser les liens intergénérationnels dans le cadre de la semaine d’observation en milieu professionnel d’élèves de troisième.

D’autres actions portent sur la mise en place d’une semaine dédiée à la lutte contre les discriminations dans le temps périscolaire, l’expérimentation d’un stand du centre communal d’actions sociales (CCAS) un dimanche par mois au marché, le renforcement des colocations intergénérationnelles (résidence Marcel Bou), ou encore la création de murs d’expression collective.

A la demande d’un soutien renforcé à la cause LGBT, la ville a aussi pris l’engagement de contacter le ministère des Armées pour lui demander une illumination de la tour TDF aux couleurs LGBT et de renouveler sa candidature pour être ville de départ de la marche des fiertés. Au volet de la lutte contre la précarité, le travail sur la lutte anti-gaspillage reste à approfondir : la réglementation restreint en effet les possibilités de redistribuer les produits non consommés à la cantine ou les invendus du marché.

Pour certaines propositions, les services municipaux n’ont pas encore trouvé les moyens de les réaliser. C’est le cas de l’idée de création d’un café destiné à créer des emplois pour les personnes en situation de handicap ou du renforcement de l’offre du service de transport pour les personnes à mobilité réduite (le Canari) faute de demande suffisante.

Mode d’emploi

La mise en place du comité consultatif lilasien résulte d’un engagement de campagne de Lionel Benharous, qui a succédé en juin 2020 à Daniel Guiraud dont il a été l’adjoint en charge de la démocratie participative.

En mettant en place ce comité, nous avons voulu renforcer les outils de démocratie participative que nous avions déjà: le budget participatif qui en est à sa troisième édition, le droit d’interpellation citoyenne depuis juillet 2021 et les conseils de quartier. Nous sommes convaincus que c’est la meilleure réponse à apporter à la crise de la démocratie représentative dont les conséquences pourraient être dramatiques“, explique l’édile.

La mairie a saisi l’opportunité de la nouvelle organisation du budget participatif qui a été modifiée pour se tenir tous les deux ans, pour expérimenter le dispositif.

Dans la pratique, 600 habitants tirés au sort sur les listes électorales ont été sollicités par courrier. “Environ 10% ont répondu, ce qui est un bon résultat“, observe Claire-Aline Serrault. “Parallèlement, nous avons lancé un appel à participation pour les habitants âgés de 16-18 ans et extra-européens qui, par définition, ne figurent pas sur les listes électorales. Mais il a été sans résultat“, ajoute-t-elle. Dès le vote en conseil municipal sur la création du comité consultation, Frédérique Sarre, conseillère d’opposition (Nupes), avait demandé l’élargissement du tirage au sort au-delà du corps des inscrits. “L’absence de ces catégories de la population au sein du comité sont les deux bémols de cette consultation“, concède Lionel Benharous.

Une deuxième sélection a ensuite été faite par le biais d’entretiens individuels portant sur le quartier d’habitation, l’âge, le genre, le niveau de diplôme et de revenus mais aussi la disponibilité, un minimum de présence à quatre séances de travail sur six prévues étant exigée. “L’idée était de constituer un panel représentatif de la population lilasienne et de réunir les conditions d’une montée en compétence collective sur un sujet“, souligne Claire-Aline Serrault.

De 150 propositions lors de la première rencontre en mars, le comité consultatif lilasien a abouti aux 17 propositions présentés au conseil municipal en juillet. Entre-temps, une confrontation a eu lieu avec des “experts”, dont des représentants d’association comme SOS Homophobie, le Secours populaire, la directrice du CCAS ou SOS racisme. Tout ce travail d’élaboration des propositions a été encadré par deux garantes et s’est fait en lien avec les services municipaux qui étaient accompagnés par le cabinet de conseil “La suite dans les idées”.

Deux dernières sessions de travail “sous la forme d’un mini-parlement” ont permis d’affiner les propositions jusqu’à les convertir en “fiche-action“. “Chacun devait argumenter, défendre son idée pour convaincre les autres“, se souvient Claire-Aline Serrault. C’était un bon exercice de débat démocratique, même si ça a fait naitre beaucoup de frustration puisque l’objectif était d’aboutir à un ensemble d’actions innovantes et réalisables sur le court ou moyen terme dans le cadre d’une enveloppe budgétaire raisonnable.”

Un comité de suivi composé de volontaires est désormais chargé de se réunir trois ou quatre fois par an sur la réalisation des actions après leur adoption en conseil municipal, avec un rôle d’arbitrage, ainsi que pour évaluer le dispositif.

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