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Arcueil-Gentilly : invisible depuis des décennies, la rivière Bièvre ressurgit

Arcueil-Gentilly : invisible depuis des décennies, la rivière Bièvre ressurgit © FB

Après Fresnes en 2003 et L’Haÿ-les-Roses en 2016, la Bièvre coule à nouveau à ciel ouvert sur 600 mètres entre Arcueil et Gentilly. Il a fallu dix ans d’études, plus de deux ans de travaux et un budget total de 10 millions d’euros pour faire réapparaître cette rivière dans le complexe et dense tissu urbain de petite couronne.

La toponymie de la vallée de la Bièvre reprend tout son sens, le coteau d’Arcueil a de nouveau les pieds dans l’eau ! C’est une renaissance pour la Bièvre, reléguée à un écoulement souterrain depuis les années 1950. Mi-mars, le nœud Méricourt de Cachan, l’ouvrage hydraulique qui dirigeait alors le cours d’eau vers une station d’épuration, a réorienté une partie des eaux vers ce tronçon. Tari, le lit de la Bièvre se devinait un peu, mais pour permettre le retour du petit affluent de la Seine, il a fallu travailler dur. “Comme la ville s’était construite dessus, la réouverture de la Bièvre passait par une prise en compte des contraintes urbaines, un véritable défi technique. 14 000 mètres cubes de terrassements ont été enlevés. De gros travaux de génie civil ont été nécessaires pour démolir la canalisation souterraine existante, consolider les deux rives avec des pieux, concevoir le lit de la rivière avec 1 320 mètres cubes d’argiles et de pierre et une zone de rétention”, relate Benoit Kayser, le chef du projet pour le conseil départemental du Val-de-Marne.

Le débit du cours d’eau est réglable grâce à l’automatisation de la vanne de Cachan. En cas de pluie, et pour éviter les débordements, le robinet peut être serré et ne laisser qu’un écoulement de 150 litres/seconde. Avec une météo clémente, la vanne peut laisser un débit maximal de 500 litres/secondes. Même à plein régime, la hauteur du cours d’eau sur ce tronçon ne dépasse pas la vingtaine de centimètre de profondeur. Pour lutter contre la faible déclivité de la Bièvre et faire circuler l’eau, les enrochements ont été disposés afin de provoquer de petits courants. Des grandes grilles ont également été installées à l’entrée des ouvrages d’entonnement pour bloquer les embâcles.

Un enjeu de qualité de l’eau mais baignade interdite

Si à l’époque, la Bièvre a disparu du paysage, c’est parce que le cours d’eau était devenu insalubre, souillé par les rejets toxiques des artisans et des industries. Avec sa renaissance, l’attention à la qualité de l’eau est donc toute particulière. Les derniers diagnostics du syndicat mixte de bassin de la vallée de la Bièvre jugeaient la qualité chimique et biologique de la masse d’eau en aval mauvaise, mettant en cause les mauvais branchements ainsi que l’écoulement des eaux de pluie depuis les autoroutes, ce malgré de lourds chantiers du Siaap, le syndical interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne. “De gros travaux sur les assainissements ont été réalisés. Pour l’instant il n’y a pas de poissons mais nous avons déjà aperçu un héron. Des oiseaux transportent parfois des œufs qui pourraient éclore ici. Cet été, les plantations que nous avons réalisées offriront des refuges à une faune diversifiée”, poursuit le chef de projet. Pour s’assurer de la qualité de l’eau, six prélèvements annuels seront réalisés. Quelle que soit l’évolution de la situation, Benoît Kayzer préfère ne pas donner de faux espoirs aux riverains souhaitant faire trempette. “La Bièvre est très limoneuse et n’a pas les caractéristiques naturelles propres à permettre une baignade“. D’autant que les prairies humides créées sur les berges risqueraient d’être endommagés par la présence de monde autour du cours d’eau.

Un juste retour des choses pour les élus locaux

Cette ouverture succède à celle d’un tronçon de 200 mètres à Fresne, dans le parc des Prés, en 2002, sous l’égide de l’ex-communauté d’agglomération du Val-de-Bièvre, puis sur 600 mètres à L’Haÿ-les-Roses en 2016. En 2018, c’est dans l’Essonne, à Massy, que la Bièvre pu revoir le jour sur 240 mètres. Dans le Val-de-Marne, la Bièvre est désormais découverte sur 1,4 kilomètres et ce jeudi, les élus locaux représentant toutes les collectivités qui ont cofinancé le projet n’ont pas boudé leur plaisir, réunis pour l’inauguration.

L’eau ne se consomme pas uniquement, elle offre aussi des lieux d’épanouissement, de loisir, de fraîcheur dont nous avons indéniablement besoin face au dérèglement climatique. Il faut maintenant protéger la Bièvre et reconnaître un droit de l’eau au même titre que les droits de l’homme. Au lendemain de la publication du rapport du GIEC, voilà un nouveau combat à mener sans attendre tant l’urgence climatique et ses conséquences se présentent à nos yeux”, a prévenu Christian Métairie, maire écologiste d’Arcueil. “Il y a plus de 60 ans le cours d’eau pollué a été mis sous cloche, j’ai des archives municipales qui en témoignent. Dans le même temps, l’Etat creusait dans notre ville ses artères autoroutières et périphériques, l’A6b étouffait le quartier Gabriel Péri, l’A6a, enclavait le Chaperon-Vert et le périphérique, nous coupait de Paris. La rivière était noyée dans l’ère du tout voiture qui nous asphyxie encore aujourd’hui. En 2022, la réouverture de la Bièvre et la renaturation de ses berges rejoignent la volonté d’un retour à l’air respirable et au calme”, a abondé Patricia Tordjman, maire communiste de Gentilly. Le président du conseil départemental du Val-de-Marne, Olivier Capitanio, a rendu hommage à son prédécesseur, Christian Favier, reconnaissant l’engagement de ce projet par la mandature précédente, avant d’expliquer que cette renaturation s’inscrivait dans les orientations de sa majorité en matière environnementale. “Nos habitants aspirent largement à plus de nature dans leur quotidien. Ce nouvel espace champêtre et apaisé et ce nouveau cheminement aquatique au cœur de la ville sauront répondre à cette demande légitime. Les opérations de renaturation de la Bièvre favorisent encore davantage le retour de la biodiversité en ville. Pour agrémenter la promenade le long de ces 600 mètres de cours d’eau, nous avons décidé de planter 213 arbres dans le cadre du plan 50 000 arbres lancé il y a quelques mois, a annoncé l’élu.

Un projet à 10 millions d’euros qui pourrait être répliqué

Pour financer ce projet, 10 millions d’euros ont été déboursés. L’Agence de l’eau Seine-Normandie y a contribué à hauteur de 38%, puis la Métropole du Grand Paris (32%), le conseil départemental du Val-de-Marne (20%) et la Région Île-de-France pour 10%. Enfin, le fonds de solidarité interdépartementale par l’investissement (FS2I) a bouclé le financement avec une aide de 930 000 euros. “La métropole du Grand Paris (MGP) a pris ce dossier très à cœur. Nous avons lancé cinq études sur de nouveaux secteurs de la Bièvre. Nous sommes à la disposition du département. Je ne sais pas si nous aurons assez financièrement mais la réouverture d’un cours d’eau ou d’un ru est porteuse d’espoir pour la population vis-à-vis du changement climatique”, a rappelé le président de la Métropole du Grand Paris (MGP), Patrick Ollier. Plusieurs études ont déjà été lancées sur de nouveaux tronçons en Val-de-Marne et dans les Hauts-de-Seine. A Paris, la ville, qui en a fait une promesse de campagne en 2020, planche également sur le sujet.

En marge de l’inauguration, le président du Grand-Orly Seine Bièvre, Michel Leprêtre, a profité de l’occasion pour demander à son homologue de la métropole une réunion de travail sur le financement de l’entretien et de l’usage quotidien de ce cours d’eau.

Fête ce weekend

Pour fêter le retour de la Bièvre, des animations seront proposées ce samedi 16 avril de 15hà 17h. Rendez-vous est donné devant la Maison de la Bièvre, rue de la division du général Leclerc à Arcueil. Au programme : balade, musique, goûter, ateliers pour les enfants.

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