Société | | 31/10/2022
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Au collège Diderot d’Aubervilliers, les parents viennent apprendre le français, et beaucoup plus

Au collège Diderot d’Aubervilliers, les parents viennent apprendre le français, et beaucoup plus © CH

Faire entrer les parents allophones au collège pour leur apprendre la langue française mais aussi les familiariser à tout le fonctionnement de l’établissement et faciliter leur intégration, tel est l’enjeu des ateliers “Ouvrir l’école aux parents pour la réussite des enfants”, initiés depuis plusieurs années au collège Denis Diderot d’Aubervilliers et qui ont aujourd’hui essaimé partout en France. Reportage.

16h00, la sonnerie retentit. Une classe un peu spéciale interrompt son cour. Ici, pas d’adolescents, mais des adules âgés de 40 ans en moyenne. Boujemâa est l’un des trois hommes sur les seize élèves venus assister à l’atelier “Ouvrir l’école aux parents pour la réussite des enfants” (OEPRE) qui se tient chaque lundi et jeudi après-midi.

Pour nous, c’est important de venir pour apprendre le français et de savoir ce que font nos enfants à l’école“, explique-t-il alors qu’il est justement rejoint par deux de cinq ados inscrits dans l’établissement. Né au Maroc, Boujemâa est arrivé en France il y a deux ans après avoir vécu 30 ans en Espagne. “On a décidé de venir vivre ici pour l’éducation de nos enfants. En Espagne, ils avaient peu perspectives en dehors du secteur agricole. Il a fallu trouver un autre travail et tout réapprendre : la langue, la manière de vivre, l’administration... Ce cours est une chance, même si quand on commence à 4h00 du matin la journée de travail, ce n’est pas toujours facile de rester concentré“, poursuit-il en espagnol, langue qu’il parle couramment.

Durant deux heures, les parents ont fait des exercices autour de la restitution audio d’une visite des principaux interlocuteurs du collège qu’ils ont eux même interviewés : principale, principale adjointe, assistante sociale, conseillères principales d’éducation.

“Le parent retrouve son rôle de parent”

Pour Nathalie Malenberg, principale du collège Denis Diderot, “le dispositif permet de faire venir les parents à l’école. Il permet donc d’enlever les barrières et de faciliter le relations avec les équipes éducatives ne serait-ce que pour venir discuter de l’orientation des élèves à la fin de la 3ème par exemple. Il n’est pas rare que, par une meilleure connaissance du fonctionnement de l’école, des parents qui se montraient réticents à l’idée que leur enfant participe à un voyage scolaire changent d’avis.

Elle constate également que ce sont aussi les relations entre enfant et parent qui changent: “Avec le temps, le parent retrouve son rôle de parent et l’enfant n’est plus obligé de jouer les traducteurs et finalement de dire à ces parents ce qui a faire.”

Amira assiste aux ateliers depuis six ans. Ancienne journaliste, la jeune femme de 43 ans, originaire du Soudan, se dit fière de son parcours d’intégration. “Je pense que le principal bénéfice que cet atelier apporte, c’est la confiance en soi. Quand on ne sait pas parler une langue, c’est très difficile de se faire accepter. Avec les enfants aussi c’est difficile : au début, je ne pouvais pas lire l’emploi du temps et je ne comprenais pas l’objectif du carnet de correspondance“, témoigne-t-elle.

101 ateliers en Seine-Saint-Denis

Mis en place en 2008, le dispositif OEPRE a la particularité d’être sous la double tutelle de la direction de l’intégration et de l’accès à la nationalité du ministère de l’intérieur (DIAN) et de la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO).

A l’origine de sa création, Marie Laparade, formatrice de formateurs du Réseau des acteurs de la dynamique des ateliers socio-linguistiques (RADyA) qui anime l’atelier au collège Denis Diderot, et Dominique Levet, professeur, référent pédagogique pour les publics allophones au rectorat de Créteil.

Tous deux sont les auteurs du contenu pédagogique des ateliers qui recensent 12 thématiques allant des locaux et des intervenants du collège (ou de l’établissement si c’est une école ou un lycée) aux valeurs républicaines, en passant par les apprentissages scolaires, la vie du collège, les évaluations scolaires, les dispositif d’aide ou encore les structures extérieurs (organisation du territoire, associations culturelles ou sportives…).

Le département de la Seine-Saint-Denis est celui qui compte le plus d’élèves allophones, il était donc naturel que ça commence ici“, motive Dominique Levet. “A l’époque où on a commencé à travailler sur la création d’outils à destination des parents allophones, ce n’était pas dans l’air du temps. Mais l’Etat en a rapidement compris tout l’intérêt en matière de politique d’intégration. Maintenant, on compte 101 ateliers dans le département sur environ 1 300 répartis sur le territoire.”

En 2021-2022, 1 166 ateliers avaient été programmés pour 18 746 parents bénéficiaires. C’est surtout après la publication en 2018 du rapport sur l’intégration d’Aurélien Taché, député du Val-d’Oise, que le dispositif a pris de l’ampleur. Son budget a été doublé avec pour objectif d’améliorer les formations et d’inclure les ateliers dans le parcours d’intégration républicaine. “Aujourd’hui la principale barrière au développement du dispositif est qu’il faut aller chercher les parents, souligne Dominique Levet. Mais il faut aussi changer le référentiel de l’institution : le collège a l’habitude que les élèves viennent à eux mais pour s’adresser aux parents, il faut une démarche différente, volontariste et innovante.”

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