Sécurité | | 21/09
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Bobigny : le ras-le-bol des habitants et élus face au trafic de cigarettes

Bobigny : le ras-le-bol des habitants et élus face au trafic de cigarettes © CH

Une deuxième mobilisation a réuni mardi une quarantaine d’habitants et d’élus de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour dénoncer les trafics de cigarettes qui pullulent à la gare routière Pablo-Picasso. Reportage.

Chaque jour, c’est le même balai à la gare routière située juste en face de la préfecture et du siège du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, à Bobigny. Des dizaines de vendeurs de cigarettes de contrebande alpaguent les passants aux abords des bouches de métro et des arrêts d’autobus au son d’un “Cigarettes, cigarettes !”

Agressions, harcèlement, vols

De l’avis de nombreux habitants venus à la mobilisation ce mardi, ce trafic au vu de tous s’est installé depuis deux ans. Aujourd’hui, la colère qu’il suscite s’exprime. Fatima, dont le fils de 18 ans a été victime d’une attaque au cutter en août, dénonce un climat d’insécurité. “Mon fils s’est fait agressé sans raison. On en a marre de ces gens, de la saleté, d’avoir peur. On se bat pour retrouver notre ville“, clame-t-elle, excédée.

L’inquiétude est d’autant plus forte que les nuisances ne se cantonnent pas au secteur de la gare. “On les voit de plus en plus venir dans notre résidence, ils proposent des cigarettes aux gamins, ils cachent aussi leurs produits“, indique Adrien qui vit dans la cité Carnot, située à 50 mètres. “Pour s’organiser collectivement, on a décidé avec quelques autres habitants de lancer une pétition“, explique-t-il. Objectif: demander à l’Etat le renforcement de la présence policière et des sanctions plus fortes de la justice. Plus de 300 personnes l’auraient signée à ce jour selon son initiateur.

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Une deuxième mobilisation a réuni mardi 20 septembre habitants et élus à la gare routière contre les trafics de cigarettes de contrebande.

On a vu ce qui s’est passé ailleurs à La Courneuve, à Noisy-le-Sec, à Saint-Denis, comment ces trafic s’implantent et dégénèrent… Ça commence par la vente de cigarettes, mais il y a aussi des médicaments“, alerte pour sa part Soda.

Comme elle, Anita est venue distribuer des tracs. “Moi je rentre tard du travail en bus. Il n’y a pas un soir où je ne suis pas interpellée par ces personnes qui trainent ici. Une fois, un type m’a suivie jusqu’à mon bâtiment et s’est masturbé devant moi. Là je me suis dit : c’est trop. Parce qu’il y a le trafic, mais aussi leur comportement : ils boivent, ils se droguent et souvent ils sont agressifs.“, témoigne la jeune femme qui vit dans la cité Paul Vaillant Couturier. “Il faut nettoyer la gare de Bobigny, il faut enlever toutes ces personnes qui vendent les cigarettes, mais aussi les denrées alimentaires, pour qu’on se sente en sécurité“, réclame-t-elle.

“On ne peut pas laisser les maires seuls”

En juin, la ville de Bobigny avait organisé une première journée de mobilisation. “Nous demandons à rencontrer très rapidement le ministre de l’intérieur sur ces enjeux“, déclare Abdel Sadi, maire PCF de Bobigny. “On ne peut pas laisser les maires seuls face à cette situation. C’est un vrai travail qui doit être fait avec les services de l’Etat, la police municipale, les associations.”

Depuis janvier, près de 5 000 paquets de cigarettes de contrebande ont été saisis par la police municipale et 166 personnes ont été interpellées. “Le problème, c’est que bien souvent, les trafiquants qui se font arrêter avec 10 ou 15 paquets sont relâchés“, déplore Jean-François Hirsch, adjoint à la sécurité.

D’ici fin octobre, la police municipale Bobigny pourra déployer 25 agents de 7h00 à 2h00 du matin, au lieu de 20h00 jusqu’à présent. “Mais ça ne suffira pas. Ce qu’on exige maintenant de l’Etat c’est la création d’une brigade territoriale de contact, qui soit là régulièrement“, martèle Abdel Sadi qui pointe également l’enjeu de sécurité sanitaire que pose ces produits.

Les forces de police ne sont malheureusement pas en nombre suffisant pour assurer une présence permanente. C’est pour ça que le travail avec la police municipale est essentiel“, observe Cécile Rackette, sous-préfète de Seine-Saint-Denis. Mais la police ne peut pas régler seule ce problème. Les opérations coup de poing qu’elles mènent permettent des interpellations, ce qui interrompt tout au plus quelques heures le trafic. Dans les secteurs où les stratégies de contrôle sont plus agressives, le trafic se déplace, pointe-t-elle. Il faut aussi montrer que cela concerne tout le monde : sans consommateurs, il n’y aurait pas de trafic.” Et de rappeler que l’achat de cigarette de contrebande est puni d’une amende de 135 euros.

Egalement présent lors de la mobilisation, Philippe Alauze, président de la Fédération Ile-de-France des buralistes, buraliste lui-même à Maison-Alfort, soulève quant à lui la question du prix du tabac. “Il y a pour l’instant un moratoire sur l’augmentation du prix du tabac. Mais il est essentiel d’arrêter ce galop vers l’avant qui ne fait que favoriser l’implantation des réseaux parallèles.”

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