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Emprunter, réparer… l’objethèque de Montreuil montre la voie de l’économie circulaire du quotidien

Emprunter, réparer… l’objethèque de Montreuil montre la voie de l’économie circulaire du quotidien © CH

Perceuse, micro-onde, fer à repasser… Ouverte il y a deux mois Croix de Chavaux, la bibliothèque des objets de Montreuil (Bom) s’est transformée en véritable ruche. Les uns viennent emprunter des outils. Les autres les donnent, d’autres viennent s’initier à la réparation de petit électroménager, à la menuiserie ou à la sérigraphie. En quelques semaines, l’objéthèque est devenue un tiers-lieu de l’économie circulaire du quotidien.

Escabeau sous le bras, Sandrine, 35 ans, rentre au “Bom”, la Bibliothèque à objets de Montreuil. “Je suis venue tout à l’heure rendre un Karsher que j’ai emprunté il y a une semaine pour nettoyer ma terrasse. Et la personne à l’accueil m’en a dit un peu plus sur le principe du lieu. Alors je me suis dit que j’allais leur donner cet escabeau qui ne me sert à rien. Plutôt que de le mettre aux encombrants, autant qu’il serve à quelqu’un d’autre. Il y a beaucoup de gens qui font des travaux en ce moment.

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Charlotte Koshla, chargée de projet à la BOM.

Consommer autrement

Ouvert depuis le 2 avril, rue Girard, la “BOM” commence à faire sa place dans le quartier. Installé dans un ancien centre de santé de la ville, le lieu a gardé de nombreux vestiges de son histoire passée comme le nom des service de soins médicaux sur les portes. Des gens viennent encore y demander une consultation.

Le projet est né en 2019 d’un événement, Les routes du partage, organisé par l’association L’observatoire du partage. C’est Sylvain Mustaki [producteur de variétés internationales], son président qui l’a créé. La ville de Montreuil nous a soutenus”, explique Charlotte Koshla, la responsable du projet.

L’idée, c’est de proposer une alternative aux habitudes de consommation, poursuit-elle. Il y a beaucoup de gens qui veulent dépasser la logique individualiste, mais pour consommer autrement, encore faut-il en avoir la possibilité. Car si ça doit coûter trois fois plus cher, que ce n’est pas accessible et que c’est compliqué, on ne va pas changer nos habitudes. C’est ce qu’on essaye de faire en proposant des solutions faciles”, poursuit-elle.

Dans une des salles de stockage, une grande variété d’outils et d’appareils sont rangés sur des étagères, comme des livres, classés par catégories: “cuisine”, “maison”, “jardinage”, “puériculture”, “bureautique”…

Nos stars sont la perceuse et le Karsher“, précise Charlotte Koshla. Mais il y a aussi des poêles, des vélos, une poussette, un barbecue, un souffleur à feuilles ou encore un rétroprojecteur. Et donc bientôt l’escabeau de Sandrine.

Avant d’être mis à disposition du public, chaque objet est testé et réparé si besoin. Pour l’instant, 320 ont été répertoriés. Mais à terme, l’association veut en compter 3 000. Pour connaitre leur disponibilité, les adhérents peuvent consulter une base de données en ligne.

Au lancement, le BOM a lancé un appel au don auprès des habitants pour qu’ils mettent en partage des outils ou des objets dont ils ne se servent pas. La BOM a aussi fait l’acquisition de certains objets qui étaient demandés mais pas en stock.

Pour emprunter, il faut être adhérent de l’association. Le coût de la cotisation est à prix libre de 1, 5 ou 10 euros selon les ressources.

Le prêt d’objet fonctionne sur le principe d’une location solidaire; il est calculé en fonction du prix du marché de l’objet en question. Globalement la plupart des prêts se font à 5 ou 10 euros à la semaine (soit du mercredi au mercredi, soit du samedi au samedi qui sont les deux jours d’ouverture du lieu). “Jamais je n’aurai pu louer un Karsher à 5 euros pour une semaine“, se réjouit Sandrine.

Tiers-lieu du réemploi

Comme elle vit dans un studio, elle fait partie des premières conquises “C’est pratique, c’est à côté de chez moi, on a le sentiment de faire une bonne action et en plus c’est un lieu de lien social. Il y a les ateliers de co-réparation qui m’intéresse par exemple“, résume-t-elle.

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La RenBox conçue par l’Atelier 21.

Dans un autre coin de l’espace, “tonton Sim”, l’animateur de l’atelier réparation, démonte un jet dentaire qui fuit. “On ressert les vis. On essaye de voir d’où vient le problème. On tâtonne. Il faut savoir que presque tout est réparable. J’ai un taux de réussite de 5 sur 6, chiffre-t-il Mais c’est aussi un moment de partage et de convialité.” Face à lui, Sylvie, venue une première fois pour une cafetière, observe. “C’est aussi très intéressant de comprendre comment on procède. On apprend beaucoup de choses.”

Un atelier co-réparation dure une demi heure. Sur les appareils qui ne fonctionnent plus, tonton Sim en récupère des pièces comme des transformateurs. En dernier ressort, les objets qui ne sont pas réutilisables sont donnés aux biffins (marchands de seconde main). “Ici rien n’est jeté“, insiste-t-il.

La BOM a aussi développé d’autres ateliers d’initiation à la menuiserie, à la sérigraphie ou à la couture. L’idée d’un atelier cuisine consacré au réemploi des invendus par exemple est aussi en germe.

Symbole de l’esprit du lieu, la Renbox conçue par l’Atelier 21 trône à l’entrée. “On peut venir tester et régénérer les piles usagées gratuitement“, indique Charlotte Koshla. En moyenne, sur quatre piles alcalines jetées, une est quasiment neuve, une doit être envoyée au recyclage et deux, sous certaines conditions, peuvent être régénérées et réutilisées.”

Deux mois après l’ouverture, l’affluence commence à décoller. “Le bouche-à-oreille fonctionne bien. On est dans une phase de test jusqu´à l’été et on est l’écoute des besoins des habitants“, souligne-t-elle. “L’espace est quand même très grand (600 mètres carrés) et on voudrait le valoriser au mieux pour faire de la BOM un lieu de référence sur les questions de récupération, de réemploi et de partage“, se projette la responsable du projet.

La bibliothèque des objets de Montreuil fait partie du réseau des “objéthèques” qui en compte une dizaine en France.

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