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Football : grosse ambiance pour la finale de la Coupe nationale des quartiers à Créteil

Football : grosse ambiance pour la finale de la Coupe nationale des quartiers à Créteil

Ce samedi 2 juillet, pas moins de 6 000 personnes ont chauffé le stade Duvauchelle de Créteil à l’occasion des finales hommes et femmes de la Coupe nationale des quartiers, également retransmise sur le Tik Tok d’Amazon Prime. Ambiance.

18 heures. Dans la chaleur de fin d’après-midi, les travées du stade Dominique Duvauchelle commencent lentement à se remplir. Les tribunes se colorent du jaune des aigles du Mali et du bleu ciel des léopards du Congo, équipes en lice pour les finales féminines et masculines de la Coupe Nationale Des Quartiers (CNDQ). Commencée le 29 mai dernier, la compétition regroupait 16 équipes, représentant chacune les pays d’origine des participants : Algérie, France, Antilles…

À moins de deux heures de la finale, Mamadou Camara, attaquant du Mali, vient saluer une dernière fois ses proches. L’avant-centre s’est préparé comme un pro. “Hier, on a foulé la pelouse et on fait les derniers petits ajustements tactiques.” Après un nouvel entraînement ce matin, un déjeuner léger et une mini sieste, le joueur est au taquet. C’est Sammy Traoré, ancien joueur du PSG et ex-international malien, lui aussi natif de Créteil, qui a coaché l’équipe. Mamadou, qui joue au foot depuis ses sept ans, aurait rêvé de passer pro. Ce soir, il entend bien être à la hauteur de l’événement. “C’est un truc de fou, c’est énorme pour moi qui n’ai joué qu’au niveau régional. On veut aller au bout et gagner cette finale. L’idéal, ce serait de marquer, mais le plus important c’est l’équipe”, confie le jeune homme de 25 ans, préparateur de commande chez Amazon pendant la semaine.

Mamadou Camara, 25 ans, attaquant du Mali.

C’est en 2019 que Moussa Sow, joueur amateur grandi dans le quartier Bleuets-Bordières, a l’idée de lancer une Coupe d’Afrique des Nations des quartiers avec deux amis. Un “tournoi du vivre ensemble” qui calque son déroulement sur celui de la Can avec huit équipes de pays d’Afrique (Mali, Sénégal, Guinée, Cameroun, Côte d’Ivoire, Algérie, Tunisie et Maroc) constituées chacune de huit joueurs âgés de 15 à 38 ans, originaires ou pas de ces pays. Pour lancer son projet, il demande à sa belle-sœur Awa Ly, communicante professionnelle, de rédiger une lettre à Laurent Cathala, maire de Créteil, pour demander la permission d’utiliser les terrains. “C’est là que je me suis emparée de l’idée”, raconte Awa Ly, mascara bleu électrique assorti à son blazer d’executive woman. “J’ai dit à Moussa : “On ne va pas seulement envoyer une lettre au maire, on va créer une page Facebook pour raconter les matchs “façon quartier” en se charriant un peu.”

A partir de là, l’engouement est parti presque tout seul”, poursuit Awa Ly. Sur les réseaux sociaux, un dribble fait le buzz jusqu’à être repris par L’Équipe, 5000 spectateurs assistent à la finale. Les propositions de sponsoring arrivent alors en cascade.

Un joyeux démarrage qui promet une édition étoffée l’année suivante, stoppée net par la pandémie de coronavirus. Pas question pour autant d’abandonner. Après deux ans de pause, la compétition a repris, avec plus d’ambition, comme prévu. La coupe se rebaptise Coupe nationale des quartiers, et fait place à l’Europe et l’Asie dans les équipes, qui passent de 8 à 16. Surtout, la CNDQ fait place aux femmes, avec une finale féminine le même jour que la finale masculine.

“La seule Coupe avec une compétition pour les filles”

Bien en place avant la finale des filles, Awa et Sandra se partagent un drapeau du Mali posé sur leurs genoux. Les deux amies avouent qu’elles ne seraient peut-être pas venues si leur copine Chaïma ne gardait pas les buts des aigles. “Si on gagne, on restera peut-être pour les garçons”, rigole Sandra. “C’est cool d’avoir un événement de cette taille. Et que les filles jouent le même jour que les garçons, ça permet de mettre les filles en avant”, s’enthousiasme Awa. “Même si la coupe des filles est plus petite…” tempère Sandra. Pour cette première édition féminine, 8 équipes ont été constituées contre 16 pour les garçons. Et alors que ces derniers jouent deux mi-temps de 35 minutes, les filles ne jouent que deux fois 15 minutes.

S’il y a moins de place pour les filles, c’est aussi parce qu’il y a moins de filles qui veulent jouer ! Par exemple, ils ont essayé de faire une équipe des Comores comme pour les garçons, mais il n’ont trouvé personne. Au final, il y avait 0 comorienne dans l’équipe ! Moi-même, j’ai joué gardienne chez eux pour dépanner. Et puis, c’est la seule Coupe avec une compétition pour les filles”, défend Niouniou, drapeau du Mali en bandana sur le front.

Awa et Sandra, supportrices du Mali… et de leur copine Chaïma.

“On fait tout nous-mêmes”

Pour cette deuxième édition, les sponsors sont au rendez-vous. Les joueurs sont habillés par Nike, leurs maillots sont floqués à l’effigie des VTC Heetch, et la finale est retransmise sur le compte TikTok d’Amazon Prime, diffuseur officiel de la ligue 1. En guest stars : les rappeurs Médine et Kery James, ainsi qu’Aliou Cissé, coach du Sénégal, vainqueur de la dernière (vraie) Coupe d’Afrique des Nations, et encore l’ex-athlète olympique Ladji Doucouré. Excusez du peu!

Malgré l’exposition médiatique, l’événement reste fait maison. De la sono à la communication, le tournoi est géré par des “grands” et “grandes” des quartiers de Créteil. “Le logo, je l’ai fait moi-même sur Canva. Tous les gars de la sécu sont des grands frères de Créteil. Donc quand on voit les fourgons de CRS devant le stade, ça nous fait marrer ! Il n’y a pas eu de débordement justement parce que c’est nous qui gérons. Si c’était eux, ça partirait en vrille tout de suite”, lâche Awa.

“Je suis heureux qu’ils démontrent depuis un mois qu’ils arrivent à organiser un tel événement sans débordements. Cela montre que la violence dans les quartiers n’est pas une fatalité”, salue même Laurent Cathala, installé à la tribune présidentielle.

Du suspense jusqu’aux prolongations

20 heures. Sur le terrain, c’est l’équipe du Congo qui a ramené la coupe féminine après avoir vaincu le Mali. Dans quelques minutes, les deux pays vont à nouveau s’affronter, avec la finale masculine. Les garçons sont en piste et dans le stade désormais rempli, un mur invisible traverse la tribune principale. A droite, le Mali, à gauche le Congo. Les “Mali puissancie” répliquent aux “Bomayé” (Tuez-les ! en lingala) dans une ambiance bon enfant. “C’est de la bonne humeur, de la joie, on est tous solidaires !” s’exclame Niouniou. Ce soir, c’est elle la cheffe des ultras maliens : “Debout le staaade !” hurle-t-elle après que son équipe marque son avance d’un troisième but juste avant la mi-temps. 20 minutes avant la fin du match, son équipe mène 3 buts à 2. Le Congo pousse, mais Niouniou reste confiante. “On nous sous-estime, on nous donne perdants depuis le début. Moi, je suis sereine !”

Niouniou (à gauche), 25 ans, donne de la voix pour le Mali.

Côté Congo, même si l’équipe traîne au score, le même espoir domine. “Au début du tournoi, on était vraiment mauvais. On ne croyait pas qu’ils iraient jusqu’en finale” glisse Randy, 17 ans, venu de Maisons-Alfort pour voir la finale, content que l’équipe se soit maintenue. “Alors que le Congo ne s’est même pas qualifié à la vraie CAN !”, rigole son pote Joshua. Les trois amis y croient. Ils ont raison. A dix minutes du coup de sifflet final, les léopards remontent au score : 3-3. Les deux équipes se rendent coup pour coup, marquant chacune une fois. Mené de deux buts à la première mi-temps, le Congo arrache les prolongations : ce sera un but en or, le premier qui marque emportera la coupe. A ce jeu, c’est le Congo qui s’impose : une percée dans l’axe, un décalage sur l’ailier droit, un intérieur en pleine lucarne, et le match est plié. Les léopards rugissent et laissent éclater leur joie en envahissant le terrain. Quelques mortiers fusent, et les gagnants sont bientôt rejoints sur la pelouse par leurs adversaires, heureux de faire la fête malgré la défaite.

Joshua, Randy et Erwann, fans des Léopards.

“C’était un très beau match. Je me suis bien battue !” s’incline Niouniou, en gardant le sourire. “L’année prochaine, peut -être !” Dans la foule qui évacue le stade, le match continue. “Si on avait gagné, on aurait fait plus de boucan !” lance une Malienne à sa copine congolaise.

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