Justice | | 23/11/2022
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Incendie mortel à Vincennes : 4 ans de prison requis contre le restaurateur de films

Incendie mortel à Vincennes : 4 ans de prison requis contre le restaurateur de films © Gerd Altmann

Quatre ans de prison, dont trois avec sursis, ont été requis mardi par le parquet de Créteil contre le restaurateur de films Serge Bromberg, après l’incendie mortel causé par des bobines de nitrate qu’il entreposait à Vincennes.

Stockées sans autorisation dans un local sous un bâtiment habité de huit étages à Vincennes (Val-de-Marne), ces vieilles bobines de cinéma, hautement inflammables, se sont embrasées dans la nuit du 10 août 2020, en pleine période de canicule.

Brûlée vive

Même si beaucoup d’habitants étaient alors en vacances, le sinistre a fait deux morts. Le premier, pris au piège par les flammes, s’est jeté du 4ᵉ étage. L’autre a été brûlé vif. La fille de cette dernière victime s’est présentée mardi à la barre. “Ce traumatisme sera gravé à vie, jamais nous ne pourrons faire le deuil de notre mère car sa mort était évitable“, lance-t-elle, la voix troublée par l’émotion. “Elle est décédée dans des conditions insoutenables, qui dépassent l’entendement. Ses derniers instants me hantent”, ajoute-t-elle.

Jugé pour homicides et blessures involontaires et mise en danger d’autrui, l’ancien directeur artistique du Festival du film d’animation d’Annecy ne nie pas sa responsabilité. Il entreposait dans ce local ses bobines et celles de sa société Lobster Films, spécialisée dans la sauvegarde, la restauration et la distribution de films anciens.

Pas de climatisation depuis plus de 20 ans

Les pellicules en nitrate, qui doivent être conservées dans un endroit réfrigéré, l’étaient dans un local sans alarme incendie. Malgré quelques étés très chauds, la climatisation n’y avait pas été activée depuis 1998… quand les voisins de l’époque avaient réclamé qu’elle soit coupée à cause du bruit. Une paroi “coupe feu” avait été installée dans le local. Quand il s’est embrasé, elle a fondu en trente minutes.

Combien de tonnes de bobines ?

Les enquêteurs ont estimé qu’au moment de l’incendie, le local était rempli de 1 364 à 1 935 bobines, soit 2,5 à 3,6 tonnes.  Le prévenu fait un calcul différent : 965 bobines, 970 kilos. “C’est un fait, pas une estimation“, déclare-t-il à la barre.

Cet endroit était un stock tampon, il avait seulement pour vocation d’accueillir quelques bobines avant qu’elles partent au CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée)”, se défend Serge Bromberg.

“Retour de flamme”

Considéré comme un grand spécialiste du patrimoine cinématographique, le producteur était parfaitement informé des risques liés au stockage des bobines. Pendant de nombreuses années, il a fait sur scène la démonstration de l’inflammabilité du nitrate en mettant le feu à un bout de pellicule, devant des spectateurs fascinés. Ces spectacles étaient baptisés “Retour de flamme”. Un exemple qui rend la situation encore plus insupportable pour les parties civiles.

Mes clients ont d’abord pensé que c’était un amateur un peu fou, quelqu’un qui avait perdu pied“, plaide Me Missiva Chermak-Felonneau au nom d’un couple qui vivait dans un studio au-dessus du local. “Mais quand ils ont appris que le responsable de l’incendie était un professionnel, un expert reconnu, cela les a dévastés“. 

Un stockage refusé par le CNC ?

Même s’il reconnaît “une très grave erreur d’appréciation“, une “faute” et une “négligence” de sa part, le prévenu, 61 ans, estime que le CNC avait obligation de récupérer et de stocker ses bobines. “Jamais auparavant le CNC ne m’avait refusé des bobines”, assure-t-il à la barre.

Le fait qu’un site en pleine campagne, une ferme inutilisée, puisse être utilisé, ça ne vous a pas traversé l’esprit ?“, lui demande le président du tribunal. “La quantité de nitrate était censée être extrêmement minime”, répond M. Bromberg.

3 ans de prison ferme requis

Ses arguments n’ont pas convaincu la procureure qui requiert contre lui quatre ans d’emprisonnement dont trois avec sursis. Ainsi qu’une amende de 150 000 euros contre sa société.

Il n’y a pas de fatalité : tous les ingrédients étaient présents pour qu’un tel événement ait lieu“, assène-t-elle, estimant que cet incendie “est le résultat de toute son action, de toutes ses omissions de se conformer à la réglementation”

La parole sera donnée à la défense ce mercredi matin.

par Leo MOUREN

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