Culture | Paris | 20/10/2022
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La Philharmonie de Paris rend hommage à Fela Kuti

Nuits survoltées dans son club de Lagos, legs musical immense, engagement politique: La Philharmonie de Paris célèbre Fela Kuti, roi de l’afrobeat, dans une exposition-évènement.

“Fela est une figure qui nécessite cet éclairage pour déblayer toute la complexité de sa musique, sa personnalité et son aura politique”, explique à l’AFP Alexandre Girard-Muscagorry, un des commissaires de l’exposition, ouverte ce jeudi jusqu’au 11 juin 2023. 

L’artiste était “d’abord un musicien surdoué, mais il est rapidement devenu la voix des sans voix à une époque, dans les années 70, où personne ne parlait comme lui de la corruption en Afrique”, renchérit auprès de l’AFP son fils Femi Kuti, 60 ans, devenu également musicien. 

Décédé (du sida) en 1997, Fela Kuti trouve toujours un écho aujourd’hui. Dans le titre “Deja vu”, sur l’album “Homecoming live”? on entend Beyoncé et Jay-Z sampler “Zombie”, célèbre morceau du Nigérian.

“Je ne suis pas surpris que les nouvelles générations s’en inspirent: Miles Davis le disait, +Fela sera connu dans le futur+”, note Femi Kuti. Et d’ajouter: “C’est l’ironie de l’histoire, Fela n’était pas un artiste +mainstream+ (grand public) mais était écouté par les artistes +mainstream+. On retrouve son afrobeat chez les pionniers du hip-hop et même dans le rock; Flea, le bassiste des Red Hot Chili Peppers le cite comme influence”. 

Et le parcours de Fela renvoie à des soubresauts actuels. “Quand on a commencé à travailler sur ce projet d’exposition, le mouvement Black Lives Matter a surgi et le combat de Fela dans les années 70/80 y a trouvé une résonance”, développe Alexandre Girard-Muscagorry.

“Jusqu’à sa mort, il a été harcelé par les autorités pour avoir dénoncé la corruption des élites et pour son mode de vie éloigné des canons de la moralité”, prolonge pour l’AFP Mabinuori Kayode Idowu, autre commissaire de l’exposition, qui fut dans l’entourage professionnel de l’artiste dans les années 70/80.

Par quelle face aborder un tel monument ? En partant de la musique et de son propre club de Lagos, le Shrine. Ce fut le lieu de concerts enfiévrés, dont fut témoin Paul McCartney, parti enregistrer “Band on the run” en 1973 au Nigeria. Cette boîte de nuit mythique fut aussi un lieu de contre-pouvoir. En 1977, Fela refuse de participer au Festac, festival officiel, et organise son contre-festival au Shrine, où se presseront Stevie Wonder, Gilberto Gil ou Caetano Veloso. 

“Fela disait +la musique est l’arme du futur+ et avec son saxophone il a capté l’attention du monde entier pour faire passer ses messages, contre le colonialisme, les régimes africains corrompus”, résume Femi Kuti.

“Le Shrine, c’est le corps de l’exposition, toute la scénographie est construite depuis l’évocation de ce club, avec une installation audiovisuelle où on voit Fela interpréter différentes chansons, avec des images inédites”, décrit Alexandre Girard-Muscagorry.

L’exposition baignera dans la musique de Fela, avec des extraits de morceaux pour décortiquer l’afrobeat (mélange de rythmes yoruba, free-jazz, soul ou funk) et un concert de Berlin en 1978 pour en apprécier les différentes strates.

Une collection “de 25 costumes de scène de Fela, visibles pour la première fois en dehors du Nigeria”, souligne Mabinuori Kayode Idowu, fera également partie de l’exposition “Fela Anikulapo-Kuti, Rébellion afrobeat”. “Anikulapo” (“Celui qui a mis la mort dans sa poche”) est le nom de famille choisi par Fela pour remplacer l’originel (“Ransome”, qu’il considérait comme son nom d’esclave).

L’exposition met aussi en lumière les femmes qui l’ont entouré et inspiré, comme sa mère, Funmilayo Ransome-Kuti. Cette activiste féministe sera défenestrée — et mourra des séquelles un an plus tard — par des soldats lors de représailles au contre-festival de Fela en 1977.   

Les “Queens”, les danseuses de Fela — certaines sont aussi DJ –, sont également documentées. Des éléments biographiques sur chacune permettent d’échapper à l’image d’une troupe anonyme et sexualisée à laquelle on les a trop souvent réduites. 

par Philippe GRELARD

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