Grands projets | Seine-Saint-Denis | 13/09
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Le Canal de l’Ourcq, 200 ans d’histoire #3 : nouveaux arbitrages entre logements, bureaux, nature

Le Canal de l’Ourcq, 200 ans d’histoire #3 : nouveaux arbitrages entre logements, bureaux, nature © Raphaël Bernard

Durement frappé par la désindustrialisation à partir des années 1970, le canal de l’Ourcq s’est transformé depuis une quinzaine d’années en un immense chantier urbain dont l’objectif est d’en faire un axe puissant du développement de la Seine-Saint-Denis qui concilie nature, culture, emploi et logement.

Titanesque, ce projet d’aménagement du territoire s’est matérialisé à partir de 2006 par la création de cinq Zones d’Aménagement Concertées (ZAC) de Pantin à Bondy, en passant par Bobigny, Romainville et Noisy-le -Sec, le tout sous l’égide d’Est Ensemble, intercommunalité créée en 2010 et qui s’est muée en établissement public territorial (EPT) de la métropole parisienne en 2016, rappelle Antoine Soulier-Thomazeau, directeur de projet de la Plaine de l’Ourcq au sein de l’EPT. “Notre fil conducteur à été la volonté de reconquérir ces espaces en déshérence afin de réorienter les villes vers le canal.”

Inauguré en 1822, le canal de l’Ourcq fête cette année ses 200 ans. Citoyens.com revient en trois volets sur l’histoire du plus long des cours d’eau franciliens (108 km), témoin et symbole des grandes dynamiques de la région parisienne et de la Seine-Saint-Denis.
#1 : des radeaux aux péniches
#2 : de l’industrialisation à la gentrification
#3 : nouveaux arbitrages entre logements, bureaux, nature

Une harmonisation par étapes

Si les cinq villes partagent les mêmes objectifs, la coordination entre les projets ne s’est pas faite en un clin d’œil et les ZAC se sont d’abord développées séparément. C’est en 2020 que l’interco a notamment lancé une mission transversale, confiée à Séquano, société d’économie mixte d’aménagement de la Seine-Saint-Denis, sur les 4 ZAC qu’elle pilote.

“Cette mission d’évaluation est arrivée au meilleur moment” se souvient Céline Léon, directrice de projet chez Séquano. “En 2020, les chantiers avaient été lancés depuis plus ou moins dix ans, ce qui est la bonne échelle de temps pour réinterroger les projets. En parallèle, les élections municipales et les alternances politiques au niveau local (Seule la ville de Pantin n’a pas changé de majorité municipale aux dernières élections) ont transformé la gouvernance tout en gardant des invariants.” 

Transition écologique

Le premier invariant repose sur un principe : construire autant de mètres carrés de logement que de zones d’activité, pour ne pas dénaturer le canal et son histoire industrielle. En ce sens, le canal restera un moyen de transport des matériaux. “Nous avons voulu maintenir le transport fluvial, qui s’avère être un atout formidable pour la construction de ces nouveaux quartiers. Une péniche remplace les trajets de 26 camions”, démontre Antoine Soulier-Thomazeau.

Le second invariant réside sur l’aspect environnemental, très présent dans les réglementations du Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUI). Les normes imposées aux maîtres d’œuvres sont plus ambitieuses que la réglementation en vigueur et prônent l’utilisation de matériaux bio-sourcés et le réemploi des matériaux de construction. “Nous voulons faire de ces ZAC des chantiers modèles” assure Céline Léon. Le respect des normes environnementales est un impondérable pour la vente du foncier aux promoteurs et aux bailleurs, qui doivent respecter plusieurs labels :  les performances énergétiques (label E+C-), la densité du bâti ou encore la végétalisation des espaces. 

Lire : De la désindustrialisation à la transition écologique: le parcours symbolique de l’usine de piles Saft à Noisy-Romainville

Transports : beaucoup de promesses et autant d’inconnues

Jadis isolée de Paris et du reste de la banlieue, la Plaine de L’Ourcq va également revoir son offre de transports à la hausse. Traversé aujourd’hui par la ligne de métro 5 (Pantin, Bobigny), le RER E (Pantin, Noisy-le-Sec, Bondy), les tramways T1 (Pantin) et T4 (Bondy) ainsi que par une piste cyclable longeant le canal, son périmètre est au centre de quatre projets de renforcement de la mobilité, qui devraient se concrétiser autour de 2030.

La future ligne 15 Est du métro périphérique Grand Paris Express s’arrêtera ainsi au Pont de Bondy à l’horizon 2030. Cette station fera la jonction avec le tramway T1, qui sera lui-même étendu vers l’Est, de Noisy-le-Sec à Val-de-Fontenay d’ici 2027. Au nord, le prolongement du tramway T11 du Bourget à Noisy-le -Sec est également attendu pour 2032-2033. L’extension du RER E jusqu’à Mantes-la Jolie, prévue pour 2024, permettra également de relier la Plaine de l’Ourcq à La Défense. 

© BIG Silvio d Ascia Architecture
La future gare du Grand Paris Express au Pont de Bondy

Au-delà, Est Ensemble ne cache pas son souhait de voir la ligne 5 du métro s’arrêter dans le quartier de La Folie, entre les stations Raymond Queneau et Pablo Picasso. En outre, un téléphérique pourrait venir relier Les Lilas à Noisy-le-Sec, en passant par Romainville et Bobigny, tandis qu’une navette fluviale relierait Bondy à la place Stalingrad (Paris XIXe). Ces derniers projets restent néanmoins au conditionnel à ce stade, à l’heure où plusieurs projets de transports en cours attendent le bouclage de leur financement.

Plusieurs projets ainsi pris du retard, à l’instar du bus de nouvelle génération TZen 3, annoncé initialement pour 2018, repoussé à plusieurs reprises et désormais projeté autour de 2028. Un horizon plus qu’une date butoir, le projet n’étant toujours pas financé. Un ajournement critique alors que le tracé de cette ligne est situé sur l’ancienne RN3, qui longe le canal de l’Ourcq.

Le télétravail remet en question le volume de bureaux

Si l’équivalence entre logement et zone d’activité demeure une ligne conductrice de ces projets, la crise du coronavirus et l’irruption du télétravail réinterroge le nombre de bâtiments destinés à devenir des bureaux. “Tous les projets sont en phase de réorientation concernant les bureaux. La demande n’est plus la même qu’avant et nous envisageons de réduire leur part dans l’équation pour augmenter le nombre d’espace vert et d’équipements publics”, avance Céline Léon. Fidèles à l’histoire industrielle du canal, les ZAC souhaitent tout de même accueillir des entreprises dans ces nouveaux quartiers, “mais moins d’entreprises tertiaires qu’envisagées au lancement des projets”, prévient Antoine Soulier-Thomazeau. Certaines industries, comme les bétonniers de Bondy, continueront leur activité et ont entamé différentes rénovations pour atténuer les nuisances causées par la production en vue des futurs riverains.

© Raphaël Bernard
Un des immeubles de logement de la ZAC quartier durable de la plaine de l’Ourcq à Noisy-le-Sec

Une offre commerciale à réajuster

Obligé de changer son fusil d’épaule, l’intercommunalité traine aussi le centre commercial Paddock Paris Est comme un boulet. Imaginé à la fin des années 2000, il n’est sorti de terre qu’en 2019 avant de subir plusieurs fermetures suite aux confinements et aux restrictions sanitaires. “Le projet était inadapté”, admet Antoine Soulier-Thomazeau. “Il a ouvert ses portes à une époque où les gens n’avaient plus forcément le droit ni l’envie d’acheter dans des centres commerciaux suite au Covid. En parallèle, d’autres galeries marchandes comme Le Millénaire ou O’Parinor ont été construites entre temps. Si elles ne marchent pas bien non plus, elles viennent concurrencer ce lieu, comme les outlets (des magasins d’usine) de Meaux et Claye-Souilly.”

Au total, ce sont près d’un million de m² qui sortiront de terre d’ici 2030, pour accueillir 30 000 nouveaux habitants. Dans chacune des ZAC, 33% des logements seront des logements sociaux, certains appartements seront en accession à la propriété. Au vu de la flambée des prix de l’immobilier dans la petite couronne parisienne, les rives du canal sont aussi appelées à se gentrifier.

Se réapproprier le canal

Au-delà des usages fonctionnels, la valorisation du canal à des fins de loisirs, culture et cadre de vie, constitue également un enjeu essentiel de la transformation en cours. C’est l’enjeu notamment du pôle artistique Komunoma, ouvert depuis fin 2018 à Romainville.

© Raphaël Bernard
La passerelle Pierre-Simon Girard, livrée en 2014, relie le Parc de la Bergère de Bobigny à Noisy-le-Sec

“Le canal est un site assez fantastique, une petite pépite. On essaye de tout faire pour que les habitants puissent se le réapproprier. Cela fait 200 ans qu’il est là, mais les élus et les habitants ne le connaissent qu’assez peu au final, estime le directeur du projet de la Plaine de l’Ourcq. On aimerait créer le sentiment d’appartenir à une ville fluviale. En bâtissant de nouveaux quartiers, nous espérons créer de nouveaux usages, afin que les habitants fassent du canal leur lieu de vie. Si l’on y parvient, alors ce sera un pari gagné.”

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