Consommation | | 25/11/2022
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L’Haÿ-les-Roses va reprendre sa halle de marché, à la peine, en régie municipale

L’Haÿ-les-Roses va reprendre sa halle de marché, à la peine, en régie municipale

Neuf mois après son lancement en fanfare, la Halle des Saveurs de L’Haÿ-les-Roses ne décolle pas. Polémique au lancement, manque de primeurs, prix des emplacements, horaires… Autant de facteurs qui ont plombé le nouveau marché. La mairie souhaite relancer la dynamique en revenant à une régie municipale directe.

Dans les allées désertes de la Halle des Saveurs ce jeudi en début d’après-midi, les commerçants attendent désespérément les clients. C’est encore l’heure du déjeuner, mais peu de monde se restaure sur place. Deux hommes attablés devant Prosciutti e Fromaggi, le traiteur italien, partagent des antipasti. “J’adore ce type d’endroit. Quand la Halle a ouvert, j’étais très content de trouver un lieu convivial où aller manger. Maintenant, il n’y a plus personne, c’est décevant”, explique Alain. Pour son compère, Etienne, les problèmes sont nés d’un malentendu. “Auparavant, il y avait ce marché peu qualitatif, mais assez fréquenté parce que c’était abordable. Ici, les prix pratiqués sont plus chers. C’est du haut-de-gamme. Certains habitants peuvent se le permettre, mais L’Haÿ et les alentours restent populaires”. Christine, la gérante, dépose la pizza sur la table. Elle partage cet avis. “En me baladant la première fois, j’ai vu qu’il n’y avait pas suffisamment de diversité dans la gamme des produits. C’est la fourchette haute avec des produits de grande qualité, du bio, du couteux, ça ne peut convenir qu’à une élite. L’offre ne correspond pas aux clients du secteur”.

Si vous n’avez pas des fruits, des légumes, des vendeurs de viande et de poisson, les clients préfèrent aller ailleurs

Un avis partagé par Samuel, fromager poitevin qui vend également de la viande et prépare l’ouverture d’un coin restauration. “Les prospecteurs nous ont vendu des conditions privilégiées en nous parlant de dizaine de milliers de clients fondés sur le trafic routier à proximité. J’ai l’impression qu’ils ont cherché à pourvoir les stands rapidement sans se soucier de la cohérence. Il y a aussi un problème d’amplitude horaire, il est difficile de rester toute la journée et toute la semaine. C’est bien normal qu’avec un tel investissement les commerçants veuillent gagner leur sous”. Un peu plus loin, Ibrahim fait la plonge chez Lina, un traiteur libanais. Faute d’accueillir des clients sur place, ils ont développé les services de livraison à domicile. Pour le professionnel, il manque deux ingrédients pour faire le succès du marché. “Si vous n’avez pas des fruits, des légumes, des vendeurs de viande et de poisson, les clients préfèrent aller ailleurs. C’est la locomotive. D’abord, ils font leurs courses, et ensuite, ils se font plaisir. Ensuite, il nous faudrait davantage de moments festifs. Il y a eu le lancement et en juin, ils mettaient un peu de musique. Cela fait venir du monde de faire des animations”.

Samuel Figuerou vend ses fromages du Poitou sur son stand Les Deux Chèvres

Un démarrage plombé par une brouille avec les anciens commerçants

Avant l’ouverture de cette halle, un marché de plein vent se tenait sur place. Le délégataire Géraud a proposé aux commerçants historiques d’intégrer le nouvel équipement mais le droit d’entrée et le loyer étaient trop élevés et les conditions d’exercice trop contraignantes. Un compromis a été trouvé avec la location aux “anciens commerçants du marché Locarno” d’emplacements extérieurs pour les jours de grand marché. Mais les commerçants historiques ont dénoncé une inégalité de traitement avec les marchands installés à l’intérieur des halles. De leur côté, les nouveaux commerçants ont dénoncé au délégataire du marché, le groupe Géraud, des manœuvres de dénigrement pour décourager les clients d’entrer, lui demandant de révoquer leur droit d’exploitation. De quoi déclencher une brouille avec les historiques qui ont manifesté et lancé une pétition. “Cet épisode a été difficile à vivre. Comment voulez-vous que les clients entrent quand vous avez des opposants qui distribuent des papiers contre la halle à ses abords ?”, explique l’un des rares détaillants à ne pas avoir fermé.

Pour Elodie Rakotomizao, qui cogère, avec son frère Mafana, un traiteur des îles, les causes sont multiples. C’est l’une des représentantes des commerçants des Halles. Elle attend un changement avec impatience. “Certes, les opposants ne nous ont pas facilité la tâche, mais il y a d’autres facteurs explicatifs. Cette halle aurait dû exploser, mais il n’y a pas eu assez de communication. J’ai longtemps été la seule à avoir ouvert une page Instagram. L’offre de restauration autour de nous est pauvre, il y a moyen de tirer son épingle du jeu mais il faut aller chercher le client. L’infrastructure est belle. Il nous manque simplement du chauffage l’hiver, de la climatisation l’été, et plus d’animation. Au départ, nous avions un problème avec les horaires. Contraints de fermer à 20 heures, il y avait beaucoup de clients actifs qui n’étaient même pas rentrés du travail. Il a fallu se battre avec le groupe Géraud pour prolonger jusqu’à 22 heures. Aujourd’hui, plusieurs dizaines de commerces ont abandonné, c’est vraiment triste. Nous attendons de voir ce qui va être proposé pour relancer“.

Ibrahim travaille pour le traiteur libanais Chez Lina

Clash en conseil municipal

Le sujet de la Halle des Saveurs s’est invité le 10 novembre lors de la dernière séance du conseil municipal à L’Haÿ-les-Roses. Le rapport d’orientation budgétaire présenté mentionnait un protocole de rupture de la délégation de service avec le groupe Géraud. “Nous anticipons en toute transparence de reprendre la gestion, mais pour l’instant, ça n’est pas signé. Pour avoir reçu en réunion les commerçants ce lundi, vous n’imaginez pas le désarroi d’un certain nombre d’entre eux qui ne comprennent pas pourquoi vous leur en voulez autant. (…) Nous avons eu des témoignages sur une élue venue dans la halle pour tenter de faire fuir des clients. Alors, bien sûr, tout n’est pas de la responsabilité de l’opposition, il y a des ajustements comme dans tout projet économique, et ouvrir en pleine période de crise ne facilitait pas les choses. Mais vous avez essayé de nuire à l’image du bâtiment et aurez sur la conscience la faillite de commerçants courageux qui ont essayé d’apporter un peu de vie”, a dénoncé le maire de la ville, Vincent Jeanbrun (Libres), avant de suspendre la séance. “Je peux tout entendre sur des désaccords stratégiques en termes de conception de la ville. En revanche, insinuer que l’on aurait voulu mettre les commerçants en danger, c’est grave comme accusation, a ensuite réagi le conseiller d’oppositio Sophian Moualhi. Nous n’aurions pas fait ce projet-là parce que nous avons toujours considéré qu’il n’y avait pas la capacité pour les commerçants qui s’installeraient à ces conditions de générer un chiffre d’affaires permettant de vivre correctement. Nos tracts ne disent pas de ne pas venir à la Halle ! Maintenant, voilà ce que ça va coûter. Nous le regrettons. J’aurais voulu me tromper!”

La ville veut mettre fin à la délégation de service public

Désormais, la ville indique travailler sur un nouveau projet. “Neuf mois après l’ouverture de la nouvelle halle, la ville a réalisé un premier bilan afin d’adapter son fonctionnement et de mieux répondre aux attentes et besoins des habitants. Pour ce faire, alors que la gestion de la halle de marché avait initialement été confiée à un délégataire, la ville étudie, en collaboration avec ce dernier, la possibilité d’une reprise en gestion directe de l’équipement public. Cette démarche vise à réduire les coûts de gestion et à gagner en flexibilité afin de pouvoir adapter au mieux le fonctionnement de la halle aux besoins et attentes des habitants“.

La commune travaille dès à présent sur une sélection de nouveaux commerçants pour achever l’offre actuelle. Concernant les horaires, il est prévu de n’ouvrir les traiteurs qu’au moment des repas à partir de janvier, limitant ainsi l’amplitude. De même, les détaillants devraient travailler en matinée seulement. La halle pourrait également fermer le mardi et le mercredi. “Des ouvertures nocturnes auront également lieu plusieurs soirs par semaine afin de permettre aux habitants rentrant du travail de pouvoir plus facilement accéder aux traiteurs de la halle. Enfin, la mairie prévoit la création d’espaces de dégustation supplémentaires pour répondre à la demande. De même, de nouveaux aménagements pour améliorer encore plus le confort thermique sont prévus. Depuis peu, et à la demande de la clientèle, la gratuité du parking public desservant la halle a également été augmentée, avec à présent 3 h de stationnement gratuit afin de pouvoir fréquenter les lieux en toute tranquillité”, détaille la commune.

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