Société | Seine-Saint-Denis | 27/01
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Paris porte de la Villette: les toxicomanes résignés à reprendre leur errance

Paris porte de la Villette: les toxicomanes résignés à reprendre leur errance © Charles Henry

Alors que la préfecture de police de Paris a annoncé mardi le regroupement prochain des consommateurs de crack, actuellement cantonnés porte de la Villette (Paris 19) vers Bercy Charenton (Paris 12), ces derniers se résignent à reprendre leur errance tandis que les habitants de Pantin et d’Aubervilliers sont partagés entre soulagement et incompréhension. Reportage.

Au square de la Villette, place Auguste Baron, la perspective d’un déménagement a été annoncée hier matin aux occupants. “Ce sont des policiers qui nous l’on dit, indique Hakim (son nom a été modifié) assis sur le petit muret qui borde l’entrée du jardin. Ça montre bien comment ils nous considèrent: comme des vaches qu’on trimballe.”

Suivre les modous

Moussa, un Guinéen d’une trentaine d’années, n’est en revanche pas au courant. “De toute façon, on le sait tous ici que ça ne peut pas durer. On fait ce qu’on peut pour améliorer les conditions, mais la police a encore tout cassé.” Il fait référence à l’opération menée lundi à l’aube pour enlever toutes les installations en dur. Ce qui n’empêche pas que de nouvelles structures se sont déjà reconstituées. Ce mercredi après-midi un homme traine d’ailleurs dans le square une clôture de chantier. “C’est pour s’abriter“, lance-t-il.

Dans son communiqué diffusé mardi 25 janvier au soir, la préfecture de police de Paris a annoncé un nouveau lieu d’accueil sur un site SNCF de la zac Bercy Charenton “à l’intersection de deux faisceaux ferroviaires et du boulevard Poniatowski” (12ème arrdt), provoquant une levée de bouclier des élus de Paris et de Charenton-le-Pont.

On s’en doute qu’ils veulent nous bouger. Mais qu’est-ce que ça va changer d’aller dans le 12ème?, interroge Hakim qui dit être à la rue depuis qu’il a divorcé il y a an. Il consomme du crack tous les jours. “Je prends parfois jusqu’à cinq galettes par jour. Pour chacune ça me fait deux kifs, alors que pour les autres c’est plutôt quatre, raconte-t-il. La vie dans la rue c’est très dur, alors ça m’apaise.”

Son crack, il se le procure sur place. “J’arrive à acheter la galette à cinq euros“, soit la moitié du prix pratiqué en général. Lui, suivra les modous, les dealeurs de crack. “Mais franchement je ne pense pas que les habitants vont se laisser faire. Si j’étais eux et le maire du 12ème je ferai tout pour empêcher ça.”

Soulagement

De l’autre côté du périphérique, sur l’avenue Jean-Jaurès qui délimite Aubervilliers et Pantin, certains passants expriment leur soulagement comme Awa, une jeune maman qui traverse la place Auguste Baron avec sa poussette. “Je passe par ici tous les jours pour prendre le tramway. Vous croyez que c’est normal que les enfants voient ça? Je n’ai jamais eu de problème, mais franchement c’est bien qu’ils partent.”

Un avis que partage Bernard, un retraité qui habite dans le quartier des Quatre chemins depuis plus de trente ans. “Attendons de voir si ce campement est vraiment évacué, tempère Bernard. Il montre justement un homme qui sautille au milieu de la chaussée tout en faisant mine d’interpeller les gens: “Ce n’est pas bien méchant, mais on ne peut pas savoir comment ils vont réagir. Ce n’est pas dans la rue qu’ils devraient être, c’est dans un centre ou un hôpital!

Déplacés et après?

Son point de vue rejoint le slogan du collectif Anti-crack 93: “Soignez- les protégez-nous“, auquel Bernard ne s’est pas cependant pas associé. A l’appel de ce collectif, une centaine d’habitants s’étaient rassemblés lundi en fin d’après-midi devant le mur érigé passage Forceval par la préfecture de police de Paris pour marquer le quatrième mois depuis l’arrivée des toxicomanes porte de la Villette. Le collectif milite notamment pour que les consommateurs de crack bénéficient d’un “véritable parcours de soins”

Beaucoup de gens se sont indignés ici de la dégradation du quartier mais, à mon avis, ils reflètent plus la tendance à la gentrification que cherche à promouvoir les villes d’Aubervilliers et Pantin, nuance Camille, une membre de l’association Pas si loin, dont les locaux sont situés à côté du mur. Je n’ai pas franchement constaté plus de problèmes de violence que ça. Par contre, je trouve choquant que l’on puisse décider comme ça de déplacer les gens et de construire un mur, sans même prévenir les responsables locaux. Ce problème devrait être géré par l’Agence régionale de santé (ARS).

Karine Franclet, la maire d’Aubervilliers, pointe d’ailleurs le manque de concertation: “C’est toujours la même méthode: on est au courant de rien.” Elle reconnait que la décision de la préfecture est une “bonne nouvelle pour les habitants, même si on ne sait pas quand cela va intervenir. On ne peut être que satisfait parce qu’on s’est extrêmement mobilisé et qu’on se bat déjà pied à pied pour reconquérir l’espace public. Mais le problème reste entier pour ces personnes qui sont malades d’addiction au crack. D’un point de vue sanitaire, on ne fait que déplacer le problème. Là, on les accompagne juste vers la mort.”

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