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Relancer Camaïeu en made in France ? Le défi de la nogentaise Karine Renouil

Relancer Camaïeu en made in France ? Le défi de la nogentaise Karine Renouil

Peut-on rebondir après la politique ? Inutile de poser la question à Karine Renouil-Tiberghien, ex-adjointe aux finances à Nogent-sur-marne et candidate aux municipales de 2014. Constater suffit. En sept ans, l’ancienne élue a, avec son associé Arnaud de Belabre, ressuscité trois entreprises de maille en développant la production locale. Son nouveau défi : racheter la marque Camaïeu pour la refonder sur du made in France.

La crise de la production textile en France, la dirigeante la connaît bien, avec un grand-père chti qui a fait faillite à la fin des années 1970, comme beaucoup de tisserands. “C’était la première vague de faillites, avant celle des années 2000 qui a fait suite à la suppression des quotas chinois“, explique-t-elle. Entre 2000 et 2010, c’est l’hécatombe. Seules subsistent quelques manufactures qui ne voient pas l’avenir en rose.

Une nouvelle génération de parents, plus sensibles au made in France

C’est l’une d’elles, la Manufacture de Layette et Tricots (MLT), installée près de Pau, que l’ancienne cadre d’un grand groupe d’édition reprend en 2015 avec un associé, Arnaud de Belabre. De quoi éviter que les machines à tricoter s’arrêtent irrévocablement au départ en retraite du dirigeant. La petite fabrique tricote de grands panneaux de maille qui sont ensuite découpés et assemblés au Maroc. Un mix indispensable pour concilier marges des distributeurs et porte-monnaie des consommateurs. Progressivement toutefois, MLT propose certaines pièces 100 % concoctées made in France, au point de peser désormais pour un tiers de la production. “Cela correspond aux aspirations des nouvelles générations de parents. J’ai été observer des mamans en magasin. Elles commencent à prendre des brassières à 10 euros, puis voient la brassière made in France à 25 euros, hésitent, réfléchissent, et reposent les brassières à 10 euros pour n’en prendre qu’une seule, fabriquée en France“, raconte la cheffe d’entreprise. Aujourd’hui, l’entreprise est passée de 12 à 25 salariés.

La deuxième aventure démarre trois ans plus tard, à côté de Roanne, berceau du tricotage. Cette fois, les deux associés rachètent Jean Ruiz, spécialiste du remaillage. Une activité complémentaire de celle de MLT, qui permet de répondre aux commandes haut de gamme. L’entreprise passe, elle, de 8 à 16 salariés en quelques années.

La troisième reprise s’effectuera en 2020. Une conquête qui n’était pas prévue au programme. L’entreprise, Marcoux Lafay, située entre Roanne et Saint-Etienne, est au bord de la faillite. Spécialiste des chaussettes pour pneus et des bas de contention, elle n’a pas résisté à la crise sanitaire. “Nous avons hésité, mais nous avions des marchés potentiels et avons donc franchi le pas.” Sur les 45 personnels, 15 partent à la retraite, mais 15 autres sont recrutés.

De quoi commencer à donner un peu d’inertie et de marge de manœuvre à l’ensemble. “Nous sommes passés de 1 million à 8 millions d’euros de chiffre d’affaires en 7 ans et avons investi 500 000 euros l’an dernier“, chiffre Karine Renouil-Tiberghien. Pour achever le dispositif, les associés cherchent désormais une marque propre adulte pour éviter les effets de saisonnalité dans la production. “Pour la layette, nous avons notre propre marque, la Manufacture de layette, avec des modèles intemporels que nous pouvons fabriquer et stocker lorsque le niveau des commandes est plus faible. Nous recherchons une marque adulte pour pouvoir faire de même“, explique l’entrepreneuse.

Quand Camaïeu produisait en France

C’est dans ce contexte qu’est arrivée la liquidation de l’enseigne nordiste Camaïeu, “dont 70 % de la production était fabriquée à moins de 100 km du siège jusqu’aux délocalisations de l’après 2000”, lorsqu’il a fallu diviser les prix par trois pour affronter la déferlante des vêtements d’importation chinoise. Si les stocks et l’entreprise ont été liquidés, il reste aujourd’hui le nom sur l’étiquette. La marque sera mise en vente aux enchères le 7 décembre. Pour les deux associés, cette coïncidence a du sens. Camaïeu, avant l’ère de la fast-fashion, c’était de la mode “casual chic pas cher”, avec quelques iconiques, indémodables comme la marnière. C’est ce défi que les deux entrepreneurs veulent relever, en revenant au made in France.

Seulement 3 % des ventes de vêtement en France sont produits en France

Un défi d’ampleur qui passe d’abord par le rachat de la marque à la salle des ventes de Mercier et cie, à Lille. “Nous savons que des groupes beaucoup plus importants ont plus de moyens pour racheter la marque. Ce que nous leur disons est : laissez nous la place de faire le test du made in France, d’expérimenter. Nous serons votre laboratoire“, enjoint l’associée. “Aujourd’hui, seulement 3 % des vêtements vendus en France sont produits en France. La production textile a été totalement abandonnée.”

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