Education | Val-de-Marne | 01/09
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Rentrée scolaire en Val-de-Marne: le dilemme des maires face à l’inflation

Rentrée scolaire en Val-de-Marne: le dilemme des maires face à l’inflation © Ville Sucy

Augmenter les tarifs de la cantine et des activités périscolaire ou encaisser la hausse des prix ? En cette rentrée des classes, les maires vont devoir trancher. Face à l’accroissement des dépenses courantes (salaires, énergie et autres charges), les élus locaux craignent de ne plus pouvoir investir dans l’entretien et les constructions des équipements scolaires.

Entre l’augmentation des salaires de la fonction publique et l’inflation, plusieurs communes ont déjà pris les devant pour augmenter les tarifs. A Chennevières-sur-Marne, le conseil municipal a ainsi voté mi-juillet une nouvelle grille. Le ticket de cantine pour les ménages les moins en difficulté passe de 4,5 euros à 7 euros, l’accueil du matin évolue de 2,75 euros à 4 euros, l’étude du soir grimpe de 1,75 euros à 3,5 euros. Une mesure décriée par l’opposition qui considère que la ville a les moyens financiers de prendre en charge cette hausse des dépenses plutôt que de la faire peser aussi fortement sur les familles. Des parents d’élèves ont aussi lancé une pétition pour demander le gel des tarifs. “Nous n’avons pas eu d’autres choix que d’opter pour une hausse des tarifs, constituant pour l’essentiel un rattrapage, aucune augmentation n’ayant eu lieu depuis 2017. Cette évolution des tarifs s’accompagne d’une prise en compte des revenus réels (année en cours) des familles et non des revenus extérieurs. Au moment où la capacité d’autofinancement diminue, cette décision difficile mais nécessaire nous permettra de prolonger notre action en faveur des équipements notamment dans le domaine scolaire”, s’est justifié Jean-Pierre Barnaud dans un courrier adressé aux parents.

Augmenter la cantine…

A Sucy-en-Brie, Marie-Carole Ciuntu, qui avait gelé les tarifs en 2020 et 2021 a également demandé à son conseil municipal d’augmenter la grille de 2%. “Eu égard à toutes les prestations que nous offrons à nos écoles comme le permis piéton, l’apprentissage du vélo, la politique du sport scolaire, nous ne pouvons pas bloquer une troisième année consécutive les tarifs. Ils restent très avantageux et les budgets modestes bénéficient toujours d’une tarification spéciale. Pour la cantine, même les familles aux revenus les plus hauts ne payent que 50% du coût réel”, motive l’édile. A Villecresnes, c’est une augmentation de 4% sur la cantine et la restauration scolaire qui a été mise en œuvre. “Notre prestataire, Transgourmet, nous a annoncé une hausse de 7%, justifie le maire, Patrick Farcy. nous ne répercutons donc pas toute la hausse sur les familles et serons attentifs aux familles les plus fragiles. Nous avons un mécanisme de quotient familial. A côté de cela, j’ai reçu un courrier récemment pour m’annoncer une croissance à deux chiffres sur la consommation d’énergie. Nous menons une véritable chasse aux économies avec le remplacement des vieilles chaudières à gaz par des pompes à chaleur”, confie l’élu. “La tarification va forcément évoluer du fait de la hausse générale des prix et ses implications sur notre budget. Nous réactualisons notre quotient familial, ce qui va conduire à une augmentation pour les familles les plus aisées mais la hausse ne devrait pas être générale”, indique encore Marie Chavanon, maire de Fresnes.

… ou pas

A Ivry-sur-Seine, Philippe Bouyssou, par ailleurs président du Siresco (syndicat de restauration collective) relativise le poids du ticket de cantine sur la prise en charge globale des écoliers. “Dans notre ville, nous avons une pause méridienne de deux heures pour permettre de faire plusieurs services. Ce n’est pas seulement le moment où l’on mange, c’est aussi un temps pédagogique avec des encadrants diplômés. Nous estimons que cette pause méridienne coûte à la collectivité 10 à 11 euros, le seul repas représente un peu plus de 3 euros”.

D’autres communes ont décidé de ne pas toucher à leurs tarifs comme par exemple Créteil qui réfléchit à un gel pour l’année 2023. A Fontenay-sous-Bois, c’est même le dispositif cantine gratuite qui devrait être étendu. “Aujourd’hui, 1000 enfants bénéficient de la cantine gratuite, nous allons tenter d’élargir
ce dispositif aux familles monoparentales. Notre avantage, c’est une véritable maîtrise publique de la cantine, ce qui nous permet de réduire les intermédiaires et donc de faire baisser la facture. Selon nos prévisions, on peut tenir comme ça jusqu’à fin novembre début décembre. Après cela aura forcément un impact sur les finances de la ville, mais pas d’impact sur les familles. Aujourd’hui, notre principale inquiétude demeure la question du prix de l’énergie, ce qui nous force à vivre “au jour le jour”
, développe le maire de la commune, Jean-Philippe Gautrais.

“Les services municipaux augmentent mais nous n’allons pas répercuter les coûts cette année. Nous sommes regroupés autour d’un syndicat intercommunal qui subit une augmentation du coût des repas, mais nous ne prévoyons pas de modifications tarifaires à court terme pour la restauration scolaire et les centres de loisirs”, promet aussi Christian Métairie, maire d’Arcueil.

Trouver des économies par ailleurs

Pour maintenir les tarifs, les économies compensatoires vont devoir suivre, ce qui n’a rien d’évident. “La vitrification de la taxe d’habitation a fait perdre 500 000 euros par an à Alfortville. En parallèle, nous avons 800 000 euros en plus de fonctionnement. Nous avons pris des engagements pour ne pas ré-augmenter les impôts après l’avoir fait l’année dernière. Cela impose donc une gymnastique budgétaire. Je rencontre toutes les semaines la direction générale pour faire le point sur le plan d’investissement pluriannuel qui court jusqu’en 2030”, explique Luc Carvounas. “Ce qui n’est pas payé par les famille est payé par l’impôt. Cette année, nous allons prendre en charge l’inflation sur les tarifs de cantine mais si l’on rajoute à cela l’augmentation du point d’indice décidée par le gouvernement et payée par notre collectivité, la situation se complique. Je ne sais pas si nous pourrons continuer à ne pas répercuter dans les prochaines années. Nous ne pouvons plus servir d’amortisseur de chocs inflationnistes à l’État, nous avons vocation à nous occuper des activités pour lesquelles nous recevons de l’impôt”, dénonce Didier Gonzales, maire de Villeneuve-le-Roi.

Propos recueillis par Florent Bascoul et Simon Guichard

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