Santé | | 12/09
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Sanofi Vitry-sur-Seine : des premiers antibiotiques aux biotechnologies de pointe

Sanofi Vitry-sur-Seine : des premiers antibiotiques aux biotechnologies de pointe © Twitter Edouard Philippe

Fabriquer des anticorps destinés à détruire des maladies spécifiques (cancers, polyarthrite rhumatoïde…) en recourant aux biotechnologies, tel est l’enjeu du centre de recherche et de production Sanofi de Vitry-sur-Seine, transformé en “Biolaunch” dans les années 2010. Un axe stratégique pour l’un des leaders mondiaux de la pharmacie, qui passe par le Val-de-Marne.

Construit en 1908 à Vitry-sur-Seine, le centre de recherche pharmaceutique de Rhône-Poulenc, devenu Sanofi, a fait partie des pionniers des antibiotiques, contribuant à la production des premiers échantillons de pénicilline dès 1943. Depuis les années 2010, le site a ouvert un nouveau chapitre en mettant le curseur sur les biotechnologies pour sélectionner les anticorps capables de s’attaquer à des maladies spécifiques puis les cultiver.

A l’œil nu, la machine de cryo-microscopie, gros bloc massif occupant une pièce du centre de biologie structurale, ne présente rien de particulier. Mais c’est dans une salle de projection attenante que se découvre la magie de ce bijou de précision. Sur grand écran, des structures biologiques infiniment petites s’affichent en trois dimensions, dans toute leur complexité. Ici, les chercheurs vont d’abord identifier une cible thérapeutique, par exemple une protéine spécifique dans le cas d’un cancer. “On va alors essayer d’obtenir la structure de la protéine pour la comprendre : mieux on la comprend, plus on est efficace”, explique Laurent Schio, directeur de recherche en “découverte de molécules”.

La cryo-microscopie électronique, une découverte qui a valu à trois chercheurs internationaux le prix Nobel de chimie en 2017, “permet d’obtenir des résultats beaucoup plus rapides qu’avec les rayons X”, avec des délais passés de deux ans à deux semaines, motive Laurent Schio. Evidemment, cela a un coût : trois millions d’euros pour cette machine, et pas moins de sept millions pour une autre, plus performante, qui sera bientôt opérationnelle.

Au-delà des machines, le centre a bénéficié d’une reconfiguration complète représentant un investissement de 250 millions d’euros pour répondre aux objectifs stratégiques, sans compter les 100 millions d’euros de travaux d’aménagement et de dépollution qui avaient déjà été engagé dès 2008.

Désormais, des anticorps monoclonaux (anticorps fabriqués en culture pour s’attaquer à une maladie spécifique) sont développés et produits ici. Ces médicaments vont par exemple cibler les protéines nécessaires à la production de cellules cancéreuses et se fixer sur elles pour les détruire. Ou encore agir sur la régulation de la réponse immunitaire.

Anticholestérol, anticancéreux, et anti polyarthrite rhumatoïde

Mais cette production est bien plus complexe que la chimie. “Il y a cinq phases damplification” du médicament, détaille Julie Bailly, l’une des responsables du site de production: “On commence par un tout petit tube de 1 ml et on se lance dans différents volumes pour aller jusqu’à 10 000 litres”.

Cela donne d’énormes fermenteurs en inox, d’où sortent, au bout de cinq semaines de traitement, des bouteilles de 16 litres, envoyées à des patients à travers le monde.

Trois anticorps sont produits ici. L’anticholestérol Praluent, l’anticancéreux Sarclisa (pour le myélome multiple) et Kevzara (pour la polyarthrite rhumatoïde).

L’oncologie reste un axe de développement fort

Le site de Vitry, qui continue de produire des molécules de chimiothérapie, est aussi le centre de recherche en oncologie de Sanofi, avec quelque 2 000 salariés dont 1 300 dans la R&D. Est-ce que ces investissements suffiront à mettre le laboratoire français sur le podium des grands de l’oncologie? Paul Hudson, son directeur général, le reconnaît: “En oncologie, nous sommes une petite société”.

Si le groupe a effectué un virage stratégique depuis quelques années, il a récemment connu un échec, avec l’abandon du développement de l’amcenestrant, un traitement contre des cancers du sein, qui était développé à Vitry. “Pour dix médicaments qui vont en essais cliniques, seul l’un d’eux va réussir”, défend Paul Hudson. “Nous investissons plus d’argent que jamais dans la découverte”, ajoute-t-il, se disant ouvert à de nouvelles acquisitions.

La biomédecine : un objectif stratégique

Dans tous les cas, avec la crise sanitaire, la bioproduction est devenue un enjeu de souveraineté, la France étant très dépendante des importations. Au point qu’Emmanuel Macron a fixé en 2021 comme objectif le développement de cinq nouveaux biomédicaments en cinq ans.

par Marie-Morgane LE MOEL

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