Politique | | 24/01
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Crise politique à Arcueil après l’éviction de deux élues de la majorité

Crise politique à Arcueil après l’éviction de deux élues de la majorité

Ça chauffe au sein de la majorité municipale d’Arcueil. Le maire écologiste vient de retirer les délégations de deux conseillères du groupe Arcueil en commun (communiste et citoyens), suite des désaccords sur deux projets municipaux. Leur groupe dénonce “une décision injuste” et un fait politique d’une violence inédite.

Samedi après-midi, Christian Métairie, maire EELV d’Arcueil, avait réuni toute son équipe municipale pour la cérémonie de vœux à la population. L’ambiance semblait au beau fixe. Deux jours plus tard, il a annoncé à Shéhérazade Bouslah et à Francine Ketfi, conseillères municipales déléguées aux personnes âgées et au personnel, qu’il prenait un arrêté de retrait de leurs délégations. Cette décision brutale vient semer le trouble dans la majorité de gauche composite.

Dans une déclaration publiée ce mardi après-midi sur le site de la ville, le maire écologiste, motive ses reproches au groupe Arcueil en commun, sans pour autant le nommer “Depuis plusieurs mois, une sensibilité de la majorité a fait part de désaccords sur des points essentiels pour faire d’Arcueil une ville toujours plus solidaire, toujours plus démocratique et toujours plus engagée dans la transition écologique“, regrette-t-il. “[Le débat] lorsqu’il entrave notre action et la mise en œuvre des décisions prises collectivement, n’est plus acceptable. Dans cette situation, j’ai pris acte du fait que Francine Ketfi et Shéhérazade Bouslah ne mettaient plus en œuvre les orientations municipales dans le cadre des délégations que je leur avais confiées. J’ai donc été amené à procéder au retrait de leur délégation”.

Suppression de l’aide à domicile

Le communiqué ne précise pas la nature des griefs mais il suffit de reprendre les récentes tribunes du groupe Arcueil en commun pour relever un premier point de discorde. Par mesure d’économie, le maire a en effet pris la décision de fermer le service municipal d’aide à domicile. “Shéhérazade Bouslah, en charge des retraités et du lien internet, a produit une feuille de route pour maintenir cette aide aux seniors les plus précaires et le bureau municipal l’a voté. Mais il y a quelques mois, le maire a décidé de l’arrêter au 1er janvier 2023. Madame Bouslah a refusé de signer la décision prise en bureau municipal. Mais elle ne bloquait rien“, explique Carine Delahaie, adjointe au maire et membre d’Arcueil en commun.

Le projet immobilier qui ne passe pas

Francine Ketfi, conseillère déléguée au personnel, a appris sa mise à l’écart lors d’une réunion avec le maire ce lundi. “Elle était très choquée. Ce qu’on lui reproche, c’est de ne pas avoir pris part à un vote lors d’une commission d’appel d’offre sur le projet de transfert de l’hôtel de ville. Voilà dix ans qu’un projet de rénovation avec réaménagement de l’avenue Paul-Doumer en cœur de ville était prévue. En septembre 2020, Christian Métairie nous explique qu’il a une nouvelle idée, qu’il veut démolir l’immeuble de la mairie et s’installer dans les anciens locaux de l’agglomération. Pas de diagnostic amiante, pas de coût de la démolition, des projets de construction de logements et revitalisation du commerce qui tombent à l’eau. Pour nous c’était non. Mais encore une fois, même en manifestant notre désaccord, nous ne bloquions rien“, dénonce Carine Delahaie.

Un élu municipal inscrit dans un autre groupe livre son analyse. “Le projet immobilier avait été élaboré par l’ancien adjoint à l’urbanisme communiste mais il y avait de la contestation sur la construction d’immeubles de grande hauteur, le manque d’espaces verts. Il fallait aussi démolir l’hôtel de ville, devenu une véritable passoire énergétique peu agréable comme lieu de travail pour les services“.

Dans sa déclaration, le maire temporise en indiquant que l’action municipale “dans les secteurs concernés, continuera naturellement à être portée collectivement et solidairement par notre majorité“. Il justifie également sa décision par la nécessité d’agir efficacement dans un contexte aggravé par la crise énergétique. “La mise en œuvre des engagements du programme municipal, dans un contexte particulièrement difficile, impose des mesures audacieuses pour répondre aux engagements pris”. De quoi agacer encore plus Arcueil en commun qui signale que le déménagement de l’hôtel de ville et la suppression des aides à domicile municipales ne figuraient pas au programme.

Revenu minimum

Contacté par 94 citoyens ce mardi soir, Christian Métairie reconnaît que lesdits projets n’étaient pas au programme mais signale que le groupe Arcueil en commun vote contre d’autres points sur lesquels ils ont pourtant mené campagne. “Pour n’en citer que trois majeurs, ils ont voté contre notre souhait d’instaurer un revenu minimum garanti. Ils se prononcent contre notre plan de modification du stationnement ou encore sur notre décision de nous retirer du Siresco (le syndicat intercommunal de restauration collective). Ces délégations doivent être le reflet de la volonté du maire et de la majorité”.

Audit social

“Nous ne sommes pas dupes, la demande d’un audit de climat social par notre groupe et notre collègue Francine Ketfi est une raison non avouée de la décision de Christian Métairie. Cet audit, nous le demandons car un certain nombre d’agents nous ont exprimé leur mal-être conduisant à de nombreux départs dans la dernière année. N’oublions pas que la qualité du service public dépend des politiques publiques que nous mettons en place mais aussi du bien être des agents eux-mêmes dans le cadre de leur travail. Notre colère est grande et nous considérons le retrait de ces délégations comme un fait politique grave à l’encontre de notre groupe et plus grave encore à l’encontre des Arcueillais.es qui ont fait élire le Maire parce que le groupe Arcueil en commun en était partie prenante. Nous voulons espérer que ces décisions ne marquent pas un tournant dans la vie démocratique de notre ville et que le pluralisme indispensable à la vie politique puisse continuer à s’exprimer”, expriment pour leur part Carine Delahaie, Sheherazade Bouslah, Rudy Cambier, Francine Ketfi, Ludo Maussion et Kevin Védie, dans un communiqué commun.

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