Polémique | Val-de-Marne | 05/07
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Législatives 2024 en Val-de-Marne : la fièvre dans le bureau n°7 de Villecresnes

Législatives 2024 en Val-de-Marne : la fièvre dans le bureau n°7 de Villecresnes

Article dans le JDD à peine quelques heures après les faits, réaction et inflammation de la polémique sur les réseaux sociaux, signalement au procureur de la République… Que s’est-il donc passé dans le bureau 7 de Villecresnes, paisible petite commune du plateau briard, ce dimanche 30 juin ?

Avec moins de 10 000 habitants, Villecresnes ne compte aussi que huit bureaux de vote, dont deux sont situés à l’école Mélanie Bonis, les 7 et 8. Ce dimanche 30 juin, premier tour des législatives anticipées, les assesseurs se retrouvent pour tenir leur bureau. Certains se connaissent de longue date et font la conversation entre deux votants.

Une jeune assesseure, de l’équipe du député sortant Louis Boyard (LFI), découvre la fonction. Elle observe, écoute, et, à un moment, perçoit un échange qui la choque. “La vocation des Africaines, c’est d’épouser des blancs”, entend-elle de la part d’un assesseur conversant avec sa voisine, avant d’entendre, un peu plus tard “Ces binationaux qui ont pourri la France.” Interloquée, elle envoie un SMS à l’équipe de campagne, qui décide de faire consigner ces propos dans le procès-verbal de déroulement des élections du bureau.

“À aucun moment, il n’est permis d’exprimer un propos politique pendant la tenue d’un bureau de vote, rappelle le porte-parole de Louis Boyard. Il (le député sortant) est donc arrivé dans le cadre de la loi et a exprimé le souhait de faire consigner ces propos dans le PV. Il a simplement demandé au président de faire respecter la loi. Lorsque nous sommes arrivés, la personne en question n’était pas présente. Les autres assesseurs ont d’abord nié avant d’appeler l’assesseur concerné qui a reconnu ses propos. Il n’y a pas eu d’esclandre”, poursuit le porte-parole. “Personne n’a crié”, témoigne également une autre personne de l’équipe, également venue dans le bureau. “Il faut comprendre notre émotion, poursuit la militante. C’est tout de même à Villecresnes qu‘un homme a pris un coup de couteau car il était maghrébin, il y a six mois.”

Les autres assesseurs des bureaux 7 et 8 ont perçu la scène différemment. “Il n’y a pas eu de cris, mais ils parlaient très fort, en évoquant des propos racistes, et étaient plusieurs. Ils se sont mis autour de l’assesseur présumé coupable. Au bout d’un moment, ce dernier a dit qu’il avait effectivement tenu ces propos, en essayant d’expliquer le contexte. Mais le ton montait et il ne pouvait pas s’expliquer. Tout le monde regardait, sidéré”, témoigne la présidente du bureau 8. “Le député aurait pu venir à deux personnes pour voir la présidente et régler la situation dans le calme. Là, c’est parti en cacahuète”, regrette-t-elle.

“Ils sont arrivés à 3, puis ensuite 4 autres, en parlant très fort. Tout le bureau s’est arrêté, y compris les gens qui votaient”, indique un autre assesseur du bureau 8. “Ils sont arrivés à 6”, rapporte pour sa part Patrick Farcy, maire DVD de Villecresnes, venu sur place après l’incident, qui précise avoir visionné les caméras de vidéosurveillance à proximité de l’école pour dénombrer les membres de l’équipe qui sont intervenus, “entre 13h27 et 13h50”.

“Lorsque je suis arrivé dans le bureau, deux femmes pleuraient. D’autres étaient dans la sidération, et d’autres encore dans la colère”, enchaine le maire. “Il est répréhensible de rentrer à 6 dans un bureau de vote”, insiste-t-il, évoquant un procédé d’intimidation.

Explication de texte

Concernant le fond de l’affaire, les propos tenus par l’assesseur. Celui-ci s’en explique dans le procès-verbal, dont des extraits ont été repris dans un communiqué du maire. “Ces propos sont hors contexte. J’ai personnellement travaillé pendant 30 ans sur l’ensemble des pays d’Afrique et j’ai constaté que pour sortir de leur condition sociale, les femmes africaines étaient souvent obligées d’envisager de trouver un mari européen”, s’explique l’assesseur, lui-même Italien naturalisé Français. Concernant la seconde citation, sur les “binationaux qui ont pourri la France”, l’assesseur évoque des propos ironiques, de second degré, alors qu’il s’adressait une Portugaise en cours de naturalisation. “Étant moi-même binational, j’ai fait une remarque à titre privé, que je serais sans doute obligé de reprendre un billet d’avion ayant moi-même pourri la France.”

“D’après les témoignages, ce membre du bureau (l’assesseure qui a dénoncé les propos racistes) semblait prendre note de tout ce qui pouvait se dire parmi ses membres”, pointe le communiqué du maire, rappelant qu’il s’agissait d’une conversation entre deux membres. Sauf que dans un bureau de vote, les assesseurs sont tenus à la réserve. “Il a fait une erreur, reconnait l’autre témoin du bureau 8, tout en rappelant que les assesseurs viennent donner toute une journée et qu’en général, l’ambiance est conviviale. Mais, cela ne fait pas de lui un raciste. Il a bossé trente ans dans l’import export et il témoignait de la misère des femmes dans le monde, ce n’était pas un propos raciste, estime le septuagénaire, un “vieux Rocardien” qui a lui-même voté “front de gauche” au premier tour. C’est quelqu’un qui s’investit dans la ville, donne de son temps dans de nombreuses associations. Je suis atterré, navré, j’ai eu l’impression que c’était la Gestapo qui arrivait. J’ai essayé de discuter avec le député, mais il ne m’a même pas répondu.”

C’est dans ce climat tendu que la jeune assesseure quitte le bureau avec des membres de l’équipe de Louis Boyard, et s’entend dire “Elle s’en va la salope”, témoigne son amie. Un témoignage confirmé par des membres du bureau 8.

De cet incident, chacun tire son analyse. “L’attitude de Monsieur Boyard et de ses collaborateurs, agissant en bande organisée face à des bénévoles beaucoup plus âgés et pas habitués à ce type d’agressivité, ressemblait à un coup monté dans le but d’organiser un commando, voire une expédition punitive. Toutes ces personnes, dont sont identifiés Monsieur Boyard et un de ses collaborateurs, ont perturbé les opérations électorales pendant au moins vingt minutes”, estime le maire dans son communiqué, annonçant qu’il a informé la préfète du Val-de-Marne et effectué un signalement au procureur de la République. “Nous avons sollicité la préfecture afin de déterminer si l’incident évoqué avait fait l’objet d’un rapport. À l’issue, nous apprécierons la suite qu’il convient d’y donner”, indique le Parquet de Créteil à ce propos.

De son côté, le porte-parole de Louis Boyard estime que c’est envers son équipe que des excuses devraient être produites. “On a une assesseure qui donne de son temps, ose témoigner des propos racistes qu’elle a entendus, et se fait traiter de salope ! Et c’est à nous qu’on reproche de faire un esclandre”, dénonce-t-il, estimant que “cette histoire est symptomatique d’une réalité politique. Certains sont en train de ployer le genou devant la montée de l’extrême-droite.”

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