Carburant végétal, surface dédiée aux chauve-souris, nouvelle étude radiologique… Placoplatre a remis à jour son dossier pour tenter d’obtenir une nouvelle Autorisation environnementale pour exploiter une carrière de gypse à Vaujours. On fait le point.
Quand le gypse présent sous le Fort de Vaujours sera-t-il exploité ? Quinze ans après sa déclaration de projet, Placoplatre n’a pas encore pu lancer d’extraction dans l’ancienne carrière d’Aiguisy. Le projet concerne les communes de Vaujours, Coubron (en Seine-Saint-Denis) et Courtry (en Seine-et-Marne). Le groupe, célèbre producteur des plaques de plâtre Placo, avait déjà été ralenti par les obligations de décontamination des pollutions laissées au Fort de Vaujours par un centre de recherche du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) fermé en 1997. Après avoir obtenu l’autorisation environnementale par arrêté préfectoral en mai 2023, c’est l’association Environnement 93 qui a contraint Placopatre a revoir de nouveau son planning.
Dans sa décision du 24 juillet 2024, le tribunal administratif de Montreuil a, en effet, suspendu l’autorisation environnementale constatant l’irrégularité de la concertation publique de 2022 et plusieurs insuffisances ou inexactitudes dans l’étude d’impact. Dans son viseur, les incidences négatives du projet sur les émissions de gaz à effet de serre, le maintien des populations de chiroptères et la pollution radiologique éventuelle des sols. Dans la nouvelle enquête publique qui s’achève le 30 décembre, Placoplatre tente donc d’apporter toutes les régularisations demandées.

Carburant végétal
Au chapitre des gaz à effets de serre (GES), Placoplatre propose dans la nouvelle version de l’étude d’impact réalisé en février 2025, d’une part, de remplacer le carburant traditionnel par un carburant d’origine végétal pour les engins de chantier. Et d’autre part, de mettre en place un convoyeur permettant ainsi de ne pas avoir recours au transport du gypse extrait par camion vers l’usine située à proximité immédiate du site. Des mesures qui, selon l’étude, permettraient de réduire de 26% les émissions de GES du projet. Mais la mission régionale de l’Autorité environnementale (Mrae) estime dans son avis rendu le 29 août dernier, que l’évaluation des incidences dans ce domaine restent incomplète et pourrait être élargie au processus de traitement du gypse et de production du plâtre. Ce que conteste Placoplatre, qui considère que les hypothèses et les valeurs retenues pour chacune des activités identifiées comme les sources d’émissions de GES relevés par l’association Citpa sont bien précisées dans l’étude d’impact complémentaire. Pour l’entreprise, l’évaluation des émissions situées à l’aval du projet de carrière n’est par ailleurs pas pertinente.
Exploiter en souterrain ?
Dans son compte-rendu de la première réunion publique organisée à Courtry (Seine-et-Marne), Francis Redon, président de l’association Environnement 93, estime que le changement de carburant “n’est qu’une rustine“. Il remet aussi en question la méthodologie utilisée par Citepa. “L’opacité des calculs présentés n’est pas acceptable dans une enquête publique qui doit être à la portée de tous les publics“, souligne-t-il entre autres remarques. Par ailleurs, note-t-il, “dans la séquence ERC [éviter, réduire, compenser], la phase “éviter” (extraction du gypse en souterrain) est ignorée par principe, alors que cette composante est celle qui réduit drastiquement les émissions de GES“. Selon Francis Redon, l’exploitation est même plus “rentable” en souterrain qu’à ciel ouvert et surtout, elle éviterait plus de 3,5 ha de défrichement.

Une surface pour le maintien des chauves-souris deux fois plus importante
Dans la nouvelle version de l’étude d’impact soumise à l’enquête publique, Placoplatre prend aussi plusieurs mesures en faveur des chauve-souris. Sur les 58 espèces d’animaux recensées, 13 espèces de chauve-souris vivent dans l’aire d’étude de 43 ha, dont la Pipistrelle commune, le Grand Murin ou le Murin de Daubenton, une espèce en danger. Dans les cavages Nord, Est et Ouest, l’entreprise compte ainsi préserver et aménager des surfaces représentant un total de 15 365 m², “deux fois plus importantes que dans la précédente version“. Elle compte augmenter le nombre de gîtes aménagés en fonction des nouvelles surfaces conservées. Les boisements annexes aux cavages doivent par ailleurs faire l’objet d’une gestion spécifique, notamment pour favoriser la présence de chauves-souris arboricoles. Placoplatre, en partenariat avec le Conservatoire d’espaces naturels (CEN) Ile-de-France, propose de contracter une obligation réelle environnementale (ORE) qui permettra de garantir les mesures et les aménagements pour une durée de 99 ans. “Le projet ne nuira pas au maintien dans un état de conservation favorable les espèces dans leur aire de répartition naturelle et en particulier au sein de la carrière de Vaujours-Guisy“, conclut l’étude d’impact écologique. Après deux avis négatifs, successivement en juillet 2021 et en janvier 2022, le Conseil national de protection de la nature (CNPN) a donné un avis favorable à la demande de dérogation telle que présentée dans l’étude d’impact écologique. En revanche, la mission régionale de l’Autorité environnementale recommande “d’étendre le périmètre de l’ORE à l’ensemble des mesures compensatoires afin d’assurer une gestion cohérente à l’échelle de l’ensemble des espaces préservés et restaurés“.
Pas de risque radiologique
Concernant le risque de pollution des sols insuffisamment traité dans l’étude d’impact de 2022, Placoplatre a missionné une société pour réaliser des investigations complémentaires dans les sols des bois Nord et Est, ainsi que d’une autre parcelle. “Les résultats obtenus dans la présente étude confirment l’absence de marquages radiologiques significatifs en uranium anthropique (…), ce qui exclut tout enjeu sanitaire et environnemental dans ces zones“. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radiologie (ANSR) valide ces conclusions.
Voir le dossier d’enquête publique et donner son avis.


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