Du 14 octobre 2025 au 14 juin 2026, le musée départemental Albert-Kahn de Boulogne-Billancourt revient sur l’une des plus riches missions réalisées dans le cadre du projet Archives de la planète du philanthrope. À partir des films et autochromes tournés lors de celle-ci en 1930 au Dahomey (aujourd’hui le Bénin) mais aussi d’objets prêtés par d’autres musées, l’exposition met en perspective histoire coloniale, évangélisation catholique, vodún et traditions locales, mais aussi regards contemporains d’artistes béninois et sud-africains.
Constituées entre 1909 et 1931 à l’initiative du banquier et philanthrope Albert Kahn, les Archives de la Planète rassemblent un vaste corpus d’images fixes et animées couvrant près de cinquante pays. Ces autochromes (premières photos en couleur) et films de cinéma visaient à documenter l’époque à une large échelle, comme un instantané.
C’est dans ce contexte que se déroule la mission de 1930 au Dahomey, menée par un prêtre, Francis Aupiais, qui a rejoint le Dahomey pour la Société des missions africaines et y dirige des écoles, apprenant les langues locales et nouant des relations avec des autorités religieuses et politiques, et le photographe Frédéric Gadmer, passé par le front de 1914-1918 puis par plusieurs missions (Syrie, Perse, Afghanistan, Amérique du Nord), qui a réalisé de nombreux reportages pour Albert Kahn. La mission, qui se déroule de janvier à mai 1930, sera documentée de plus d’un millier d’autochromes et de 140 bobines de film. Ces derniers ont été récemment numérisés en 4K.
L’exposition, qui prend d’abord le temps de poser le cadre et les personnages, présente ces documents en trois grandes thématiques : colonisation et évangélisation, pouvoir et royauté locale, et Vodún, culte animiste du Dahomey.
L’exposition s’intéresse aussi aux coulisses de la fabrication des films, avec notamment les carnet de tournage de Frédéric Gadmer, marques de plan, notes techniques, contraintes liées au climat et au matériel. De même, elle situe la mission dans le contexte de l’émergence de l’ethnographie en France. De retour en métropole, Francis Aupiais suivra du reste les cours de plusieurs pionniers de cette nouvelle science humaine.
Photos, films et objets
Le parcours rassemble plusieurs centaines de photos et films, mais aussi de vrais objets présentés dans ces films (tentures, sièges, statuettes, hochets, calebasses, objets de culte), prêtés par des institutions comme le musée du quai Branly – Jacques Chirac, le Muséum de Toulouse, le Carrefour des cultures africaines de Lyon et des collections particulières. Certains objets ont été collectés par Francis Aupiais et présentés dès 1930 à Paris, lors d’expositions coloniales.
Art actuel
L’exposition se prolonge par un parcours contemporain confié à des artistes issus du continent africain, en particulier béninois et sud-africains : Roméo Mivekannin, Ishola Akpo, Sènami Donoumassou, Angelo Moustapha, Bronwyn Lace, Thulani Chauke, Marcus Neustetter.

Les œuvres exposées – peintures, installations, photographies, performances, créations sonores – dialoguent avec les archives de 1930. Roméo Mivekannin introduit par exemple son image dans des scènes d’évangélisation ou de pouvoir, ou crée un grand parasol intitulé Adangba, inspiré des parasols royaux filmés en 1930. Ishola Akpo, avec sa série Traces d’une reine du projet AGBARA Women, revisite l’iconographie des figures royales féminines. Sènami Donoumassou interroge panégyriques et syncrétismes religieux.
La préparation de l’exposition s’est appuyée sur la coopération décentralisée engagée depuis 2017 entre le conseil départemental des Hauts-de-Seine et la communauté de communes du Zou. Deux missions de terrain en 2023 et 2024 ont ainsi permis de présenter les images de 1930 à Abomey, Covè, Porto-Novo ou Cotonou, de recueillir des témoignages et de co-construire le propos avec des institutions béninoises (École du patrimoine africain, fondation Zinsou, association Mewihonto, Centre culturel Ouadada).
Autour de l’expo
De nombreuses animations (visites, ateliers) ponctueront l’exposition qui dispose aussi d’un catalogue complet avec une extension numérique pour les films.
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