Le plus jeune assume sa “culpabilité infinie”, le plus âgé a toujours nié: deux frères comparaissent depuis mardi devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, parmi les sept accusés d’un meurtre à Saint-Ouen en 2021, en plein affrontement de deux clans du trafic de stupéfiants.
“Les faits peuvent s’inscrire dans un contexte de vengeance et de guerre de territoires”, a résumé le président de la cour, Marc Sommerer, au premier jour du procès qui doit durer trois semaines à Bobigny.
Des images de vidéosurveillance aux analyses génétiques, tout accuse en particulier Chakibe A., né à Paris il y a 30 ans.
Le meurtre avait été filmé en direct le soir du 31 janvier 2021 par les caméras de la ville de Saint-Ouen. Selon le dossier d’accusation, on voit Chakibe A. porter 14 coups de batte de baseball enroulée de fil barbelé à la victime (Kevin G., alors âgé comme lui de 26 ans) puis revenir lui mettre des coups de pied dans la tête.
Kevin G. a été tué “en moins de trois minutes”, en présence d'”au moins 11 individus”, sur un trottoir de la cité Cordon. Son corps portait “35 plaies causées par armes blanches”.
Interpellé peu après, alors qu’il fuyait à l’arrière d’un scooter, Chakibe A. portait sa batte et un survêtement blanc, maculés du sang de la victime. Pendant l’instruction, il a reconnu les faits, mais nié avoir eu l’intention de tuer et a constamment dédouané son frère Hichem.
“Impardonnable”
Entendu à la maison d’arrêt par un enquêteur de personnalité il y a quatre ans, Chakibe avait déjà confié avoir des “remords de fou”.
Alors dès qu’on lui donne la parole au procès, il s’adresse à la famille de la victime, sans avoir “de mots assez forts” pour expliquer à quel point il s’en veut d’avoir “participé à tout cela”.
“Je ne suis pas en paix avec moi-même, je ne le serai jamais. Je ressens une immense tristesse et une culpabilité infinie (…) Je sais que c’est impardonnable”, dit le trentenaire, vêtu de noir.
Son frère, habillé de blanc, ne demande pas à s’exprimer.
Soupçonné d’être celui qui donne des coups de couteau de la main gauche sur les images de télésurveillance, Hichem A. avait refusé pendant l’instruction d’écrire de la main droite, rappelle le président. “Ambulancier en formation” au moment des faits, il a toujours contesté toute participation aux violences.
Si Chakibe A. avait évoqué “une enfance heureuse à Saint-Ouen malgré un environnement difficile”, son meilleur ami avait confié: “On a grandi dans un quartier meurtri par la drogue, ceux qui s’en sortent sont d’heureux élus, il y en a très peu”.
Hichem A., deux ans plus âgé que Chakibe, avait lui dépeint une enfance marquée par “la violence et l’alcoolisme” de leur père.
Au premier rang de la salle d’audience, le père de la victime, lui, n’aura pas entendu les mots de repentir du plus jeune des deux frères.
Il était sorti de la salle peu avant: des sanglots silencieux le secouaient quand le président évoquait “le contexte” du meurtre de son fils: Kevin G. aurait d’abord repris par la force la gestion du point de deal de la cité Cordon, en aurait été évincé par certains des accusés, avant de s’allier à des trafiquants de la cité des Boute-en-train, puis d’être frappé à mort.
Juste après le meurtre, un policier avait entendu un autre accusé, Nabil A., lancer: “C’est pour venger Gacem, c’est pas fini”. “Pour information”, explicite le juge à l’attention des jurés, il s’agit de “Mohamed Gacem, tué en 2019 dans un règlement de comptes sur fond de trafic de stupéfiants”.
Le clan de Gacem, dit Cyborg, avait été en guerre avec celui de El Mehdi Zouhairi, alias le Gros ou Malsain. Ce dernier, supposé en cavale au Maroc, a été condamné depuis à Bobigny, en 2023, à dix ans de prison pour trafic de cannabis et cocaïne.
Ce procès se tient alors qu’en Seine-Saint-Denis quinze personnes ont été victimes de narchomicides en 2024. Trois fois plus qu’en 2023.
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