Depuis Ivry-sur-Seine, LeLabPlus confectionne de la mode made in France et réinvente les stocks invendus des plus grandes marques avec succès. Une pépite de l’économie circulaire qui répond à la gabegie de la fast-fashion par la smart fashion. Histoire d’une belle réussite avec Myriam Chickh-Mentfakh, qui a créé l’entreprise avec sa sœur, Nazima Chickh.
Le textile est depuis toujours l’univers de Myriam Chickh-Mentfakh, diplômée de de l’École supérieure d’industrie du vêtement (ESIV) après avoir commencé derrière la machine à coudre dès le lycée. Acheteuse, cheffe de produit, responsable de collection, elle a travaillé pour de grandes marques, sourcé les meilleurs produits aux meilleurs prix dans de nombreuses contrées, coordonné des productions à distance. Mais au fil du temps, la frustration grandit, “de ne pas faire.” Surtout, elle prend conscience de l’impact de son rôle d’acheteuse qui tire les prix au maximum, en particulier lors d’une commande de colliers en Inde. “C’était des colliers de perles faits main, et je voulais qu’ils soient tous pareil. Car lorsqu’on est derrière son bureau ici, on dit “je veux”. “Le bleu n’est pas assez bleu, le vert j’en veux pas…” On prend ces habitudes sans se rendre compte de l’impact car on ne nous dit jamais “non” puisque nous sommes les donneurs d’ordre.” Mais cette fois, Myriam Chickh-Mentfakh, jeune maman, ressent la distorsion avec ses valeurs. Elle dit stop, et, au terme de ses dix premières années d’expérience, décide de se lancer, autrement. Nous sommes en 2012.

Cet article s’inscrit dans le cadre d’une série de portraits d’entreprise ambassadeurs du Fabriqué en Val-de-Marne réalisés avec le soutien de la Chambre de commerce et d’industrie, à l’initiative de ce programme. Plus d’informations sur l’initiative Fabriqué en Val-de-Marne
Elle commence par lancer ses propres marques, l’une dédiée aux vêtements pour bébé, Baby Secret, en s’associant avec sa sœur, Fatiha Chickh, l’autre dédiée aux vêtements de grande taille, d’abord Jiuly Paris puis Leena Paris. Dès le départ, les marques se fournissent en rouleau de tissus invendus chez des déstockeurs.
2020, arrive la pandémie de Covid et le confinement. “Tout s’arrête.” Les deux sœurs se reconvertissent pour quelques mois, répondant à une commande de masques de la Direction générale des armées. Un temps de transition lors duquel la jeune pousse rejoint le collectif “Façon de faire” créé durant la crise sanitaire pour fédérer les ateliers de confection de masques et blouse, qui continue depuis de structurer la filière du made in France avec une plate-forme de mise en relation entre donneurs d’ordre et fabricants. “J’en suis encore adhérente aujourd’hui et secrétaire générale”, indique la créatrice.
Le temps de s’organiser, la cheffe d’entreprise “coordonne 35 ateliers en région parisienne” pour répondre aux commandes, réalisant “2 millions de masques et 200 000 blouses”. Le bilan économique est positif, ouvrant la voie à une nouvelle activité. L’opportunité de créer son propre laboratoire se présente rapidement, lorsque l’un des ateliers avec lesquels les entrepreneuses travaillaient dépose le bilan, mettant cinq personnes chevronnées sur le carreau. Pas question de laisser ce savoir-faire en jachère. Fin 2021, les deux sœurs et associées reprennent l’équipe et créent leur propre usine, en complément de leur bureau d’études. Le métier change. Exit les marques en propre vendues directement aux particuliers (BtoC), place à de la fabrication sur demande d’autres professionnels (BtoB), en interne. La société est rebaptisée LeLabPlus. “Le B2B nous a sonné une visibilité que n’avions pas en BtoC, en nous permettant sur notre coeur de métier, plus technique”, défend Myriam Chickh-Mentfakh qui a développé en parallèle une activité de conseil et d’audit d’autres ateliers, comme celui du Slip Français, de conseil en éco-conception, et ouvert un organisme de formation.

Depuis, l’entreprise a déménagé à Ivry-sur-Seine, dans un parc d’activités où la partie confection est désormais située immédiatement en dessous du bureau d’études alors que l’atelier était auparavant situé à La Courneuve. “Mon premier local était à Ivry-sur-Seine, c’est là que j’ai eu un coup de coeur pour le Petit Ivry/” A l’occasion de ce transfert, l’équipe est passée à la semaine de quatre jours pour réduire les heures de transport, car la plupart des salariés viennent de Seine-Saint-Denis. Personnellement, j’ai subi les temps de transport pendant très longtemps, je faisais 3h à 6h de transport par jour, alors je sais ce que c’est. Même aujourd’hui, je mets une heure car j’habite en Essonne”, confie Myriam Chickh-Mentfakh. “Ce sont les salariés qui ont choisi leurs horaires pour faire 35h sur 4 jours, en commençant à 8h30 pour finir à 17h55, avec une pause de 40 minutes le midi et 10 minutes de pause le matin et l’après-midi, du lundi au jeudi.” L’équipe de couture compte aujourd’hui 11 personnes.

Près d’un tiers de la production en revalorisation
Au-delà du made in France, le LabPlus travaille sur la durée de vie des produits, travaillant sur la réparation comme la reconception. La PMI ivryenne travaille ainsi depuis trois ans avec Nike pour réinventer des produits invendus. “Nous avons créé une ingénierie qui permet de découper et de recréer des nouveaux vêtements directement sur les anciens”, développe la dirigeante. Les nouvelles collections restent siglées Nike. Ce programme “Re-Creation” s’inscrit dans la politique RSE du groupe et contribue au made in France. Le principe : ne pas considérer le vêtement invendu comme un déchet à recycler mais comme une ressource à laquelle on peut ajouter de la valeur, transformant une chemise en veste par exemple.

La clef du succès repose d’une part sur l’ingénierie de prototypage virtuel, avec des modélisations précise qui donnent à voir les produits sans avoir besoin de créer des prototypes, ce qui fait gagner du temps et de la matière. D’autre part sur l’équipe de couturiers et couturières expérimentés qui savent manier des machines complexes.
En dehors de marques dont les prix sont déjà hauts au départ, cette activité de reconception s’adresse aussi à d’autres donneurs d’ordre qui ont des stocks de matière textile non utilisés, après des événements par exemple, pour recréer des petits cadeaux, des goodies made in France.
Au total, la part de revalorisation représente aujourd’hui 30% de l’activité de production de LeLabPlus, évalue sa présidente, récompensée plusieurs fois cette année.
2025 : année de la reconnaissance
Myriam Chikh-Mentfakh a ainsi remporté le prix de l’entreprise à Impact 2025 (catégorie TPE/PME) lors des Assises du développement économique de Grand-Orly Seine Bièvre, celui de la Femme entrepreneure de l’année 2025 lors des Trophée des femmes de l’industrie et le prix engagement écologique et sociétal Val-de-Marne du concours Créatrices d’Avenir !
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