Entreprendre | | 12/02
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A Pantin, Jean-Luc François transmet sa passion de la couture et préserve les savoir-faire

A Pantin, Jean-Luc François transmet sa passion de la couture et préserve les savoir-faire © CH

De la dentelle, du satin, du coton… Les quatre modèles présentés par le styliste Jean-Luc François au salon professionnel du textile Tex World ont fait fureur. Derrière ces créations, 12 apprenantes formées dans son atelier de formation de Pantin qui vient de fêter ses vingt ans.

Avant, je faisais de la couture aux Comores pour faire des boubous. Depuis que je suis en France, je veux retrouver un travail de couturière. Pour faire ce modèle, il y a fallu beaucoup de travail et de technique. Mais on apprend beaucoup“, sourit Moindjouimoi, en montrant le modèle qu’elle a cousu. Comme les dix autres apprenantes de l’association Jean-Luc François, elles sont venues jusqu’au parc des expositions du Bourget pour la présentation de leur travail au salon professionnel du textile Tex World.

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Je voyais les gens partir à la retraite, mais personnes pour prendre la relève. Personne ne parlait de transmission ou de savoir-faire

Un exercice grandeur nature dans le cadre de leur formation débutée le 24 novembre et qui s’achèvera le 20 février. “Les gens ont halluciné. Ils ne croyaient pas qu’au départ c’étaient de simples morceaux de robrack que l’on a sélectionné en fonction du tissu et des matières“, se félicite Jean-Luc François. Même des professionnels ont cru que c’étaient des modèles de haute couture.

Le couturier, lui-même autodidacte, a lancé son association en 2010. Depuis, il forme une centaine d’apprenants par an. “J’ai travaillé pendant 15 ans avec Monsieur Saint-Laurent, puis chez Dior et dans différentes maisons. Je voyais les gens partir à la retraite, mais personnes pour prendre la relève. Personne ne parlait de transmission ou de savoir-faire“, relate-t-il.

Son arrivée à Pantin relève du hasard. “Il est arrivé un moment où j’ai eu besoin de me retrouver un peu seul, je n’arrivais plus à travailler. À l’époque, je ne connaissais pas du tout Pantin. Ce sont des amis qui m’en ont parlé et j’ai trouvé en 2002 une petite maison aux Quatre Chemins. Je suis tombé amoureux de la ville et je m’y suis installé“, relate-t-il. Lorsqu’il parle de son projet sur la mode, les élus n’y croient pas. “Pourtant, avec la proximité de Paris et la présence déjà ancienne d’Hermès, j’avais l’intuition que quelque chose se passerait. Dans notre métier, on doit travailler en amont. Finalement, j’étais le premier à m’installer à Pantin dans ce secteur. Après, sont arrivés les agences de com, les designer...”, remarque-t-il.

Au même moment, Jean-Luc François lance sa propre marque. Son expérience personnelle l’amène aussi à s’engager pour accompagner bénévolement des jeunes en rupture scolaire et familiale. “Pleins de jeunes ont alors découvert des métiers dont ils ne soupçonnaient même l’existence“, indique-t-il. “C’est un moment où je voulais retrouver l’essence de mon métier, me concentrer sur des pièces uniques. L’idée de valoriser les savoir-faire est venue en même temps. J’avais toujours gardé cette sensibilité pour la solidarité. J’ai eu un démarrage de vie très compliqué quand j’étais petit, mais j’ai eu la chance d’avoir à 15 ans des tuteurs qui évoluaient dans le milieu des arts et qui m’ont soutenu“, confie-t-il.

Autre constat, “après avoir mené une enquête, on s’est aperçu qu’il devenait très difficile de retrouver un travail à 40 ans. Or, beaucoup de gens talentueux travaillent chez eux, sans pouvoir accéder à l’emploi“, souligne Jean-Luc François. Pour mettre en place la première formation aux techniques de coutures, il s’entoure de tous les acteurs du territoire qui s’occupent de l’insertion et de l’accompagnement des personnes en difficulté. Les principaux financeurs sont le département de la Seine-Saint-Denis et la région Ile-de-France. L’association propose un atelier de deux semaines spécifiquement dédié aux allocataires du RSA (revenu de solidarité active) et une autre destinée aux personnes inscrites à France Travail ou à la mission locale, dans le cadre du financement régional de la formation professionnelle (399 heures moyennant une contribution de 300 euros). Un autre programme de trois jours est aussi en cours d’élaboration en partenariat avec Est Ensemble et destiné au public des quartiers prioritaires.

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Je suis partie de zéro, je pense avoir appris beaucoup. Il y a une avalanche d’informations à assimiler

Les bénéficiaires sont principalement des femmes, issues de l’immigration, qui pratiquaient la couture dans leur pays d’origine, ou des personnes en reconversion ou en recherche d’emploi“, précise Adeline Virgel, chargée de mission emploi et formation à l’association. C’est le cas de Karouna, 35 ans, originaire de La Courneuve, qui a travaillé sur les modèles exposés au Tex World avec Moindjouimoi. “Je suis partie de zéro et je pense avoir appris beaucoup. Il y a une avalanche d’informations à assimiler“, commente-t-elle. Après avoir été licenciée d’un emploi dans la vente, elle mise sur son goût pour la couture depuis son enfance grâce à une grand-mère courtière et une tante styliste, bien décidée à se professionnaliser.

Béatrice, 61 ans, présente un autre profil. Elle coud depuis l’âge de 18 ans. “Pour moi, la couture, c’est une forme d’expression de soi. L’enjeu de cette formation, c’est de faire reconnaître ce que je réalisais à la maison pour les enfants… En fait, ça m’a donné confiance en moi. J’ai osé discuter avec les enseignants et les apprentis, alors qu’avant je travaillais dans mon coin. Je me suis frottée au milieu et j’ai acquis un cadre de travail plus professionnel“, explique-t-elle.

Avec cette formation, l’association ouvre de réelles opportunités vers l’emploi. “Nous sommes une plateforme de remise à niveau et de décollage qui permet de rebondir, sachant que des entreprises nous appellent régulièrement pour recruter. C’est un secteur où le besoin de personnes qualifiées est très important“, insiste Jean-Luc François. Son association a d’ailleurs lancé un incubateur en 2016 pour accompagner les entrepreneurs qui se lancent.

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