La cour criminelle de Seine-Saint-Denis a débuté lundi matin le procès de deux hommes jugés pour violences, quatre ans jour pour jour après le décès de Jérémie Cohen, roué de coups à Bobigny avant de s’enfuir et d’être mortellement percuté par un tramway.
Ce soir d’hiver du 16 février 2022 peu après 20H00, le conducteur avait vu au dernier moment le piéton surgir en courant sur la voie, de nuit et sous le crachin, et son freinage en urgence n’avait pas permis d’éviter la collision. Il a été mis hors de cause.
Durant le procès qui doit s’achever vendredi, les juges vont en revanche examiner minutieusement les circonstances de deux scènes de violences ayant précédé l’accident.
Comparaissant détenu, le principal accusé, Miguel D., 31 ans, est jugé pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commises en réunion. Il est accusé d’avoir porté à Jérémie Cohen des coups de pied et poing, au visage et sur le corps, en participant aux deux scènes de violences successives.
Libre sous contrôle judiciaire, Kenny A., 27 ans, poseur de voies ferrées, comparaît lui pour violences en réunion n’ayant pas causé d’incapacité, accusé de n’avoir participé qu’à la première des deux scènes.
Dans des versions parfois contradictoires, les deux accusés avaient affirmé durant l’enquête avoir frappé Jérémie Cohen pour le “neutraliser”, l’accusant eux-mêmes d’exhibition sexuelle et d’attouchement sur la petite amie de Miguel D. dans la rue.
Ils avaient fait valoir qu’ils ignoraient alors qu’il était porteur d’un handicap reconnu en raisons de troubles psychiques mais aussi qu’il était de confession juive.
La mort de cet homme de 31 ans avait été propulsée à la Une de l’actualité en avril 2022, quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle. Ayant mené ses propres investigations, sa famille avait retrouvé un enregistrement vidéo de la deuxième scène de violence tourné par un touriste, puis avait sollicité Eric Zemmour pour qu’il médiatise le drame.
Le candidat d’extrême droite s’était alors demandé si Jérémie Cohen n’était pas “mort parce que juif”. Or l’enquête n’a pas démontré l’existence d’un motif antisémite.
Jérémie Cohen était en possession d’une kippa “sur laquelle une trace de sang a été identifiée”, a rappelé le président de la cour, avant de souligner que l’audition de “l’ensemble des témoins entendus ne permet pas d’établir que Jérémie Cohen portait la kippa au moment de l’agression”, “personne” ne l’ayant constaté.

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