Six ans de prison, dont trois ferme avec mandat de dépôt, ont été requis en appel mardi à l’encontre d’un chef d’entreprise de Saint-Denis poursuivi pour avoir commandité, pour une raison inconnue, l’agression fin 2023 d’Oriane Filhol, adjointe au maire.
Mouloud Bezzouh, aujourd’hui âgé de 59 ans, est soupçonné d’avoir envoyé trois jeunes, contre la promesse de rémunération, passer à tabac l’élue PS Oriane Filhol, une attaque sans revendication publique ni motif apparent.
Absent de son premier procès, l’entrepreneur engagé dans le monde associatif, avait déjà été condamné à cinq ans de prison dont trois ferme le 27 juin 2024 par le tribunal de Bobigny.
Devant la cour d’appel, le père de famille a continué de nier les faits, se bornant à répéter à la barre qu’il n’avait “rien à voir dans cette histoire”.
Le 20 décembre 2023 au soir, Oriane Filhol, sixième adjointe au maire en charge des solidarités, avait été suivie dans la rue par des hommes alors qu’elle sortait du conseil d’administration du bailleur social de la ville et rentrait à son domicile.
Rattrapée quand elle tentait de s’enfuir, la trentenaire avait été passée à tabac par deux des trois hommes dans le hall d’un immeuble où elle s’était réfugiée.
Des images de vidéosurveillance montrent la présence de M. Bezzouh dans le quartier au moment de l’agression, ce qu’il a toujours en partie nié, expliquant avoir été victime au même moment d’une tentative de cambriolage.
Des explications “fantaisistes”, selon l’avocate générale, qui s’est dite “inquiète” de “l’absence totale de remise en question” du prévenu.
“Compassion dégoulinante”
Visiblement traumatisée, Oriane Filhol, 34 ans aujourd’hui, a expliqué à la barre avoir perdu “sa liberté” et “questionner son engagement” politique depuis cette soirée de décembre 2023.
“J’ai des difficultés à m’investir avec autant d’énergie, il m’a volé mon plaisir et mon entrain à exercer mes missions”, a-t-elle détaillé, la voix brisée.
Bien qu’elle ne veuille pas “laisser les méchants gagner ”, l’adjointe au maire reconnaît que “ l’envie et l’énergie ne sont plus là. ”
Les motivations de l’agression restent inconnues, mais le maire PS de la ville Mathieu Hannotin estime que M. Bezzouh, qui avait participé à sa campagne municipale, aurait pu agir par frustration de ne pas avoir obtenu de marché public.
“Il ferait mieux de nous donner les raisons (…) il sortirait grandi, plutôt que de nier ce qui apparaît aujourd’hui comme une évidence”, a estimé l’édile à la barre.
De son côté, l’avocat de M. Bezzouh, Kamel Tabi, a cherché à remettre en cause les témoignages des agresseurs de l’élue, précisant qu’aucune communication entre eux et son client n’avait été réellement établie.
Trois habitants de Saint-Denis, âgés de 18 à 22 ans, condamnés début 2024, avaient expliqué s’être vu promettre 2 500 euros chacun par un mystérieux commanditaire, pour frapper une personne qu’ils ne connaissaient pas.
Peu bavard devant le tribunal, l’un d’entre eux, Bakari D., cité comme témoin et surnommé “El Chapo”, n’a pas donné beaucoup plus de précisions sur les attentes de M. Bezzouh ce jour-là : “On nous a juste demandé de l’agresser.”
Il a toutefois désigné sans ambiguïté “le Daron” comme le commanditaire de l’agression. Ce dernier est resté immobile, le visage fermé, durant toute l’audience.
Plusieurs élus municipaux ont défilé à la barre, évoquant le traumatisme provoqué par cette agression chez les édiles bien au-delà de la ville de Saint-Denis.
Katy Bontinck, première adjointe de la ville, a pointé la “compassion dégoulinante” dont avait fait preuve M. Bezzouh avant d’être identifié.
“Il est venu me dire à quel point il était sous le choc” en apprenant l’agression, a rapporté l’élue.
Avant son interpellation en mars 2024, l’entrepreneur avait également exprimé sa compassion à Oriane Filhol lors d’un gala de boxe, lors duquel celle-ci l’avait finalement reconnu en identifiant ses chaussures.
Lors de sa plaidoirie, l’avocat de l’élue, Mbeko Tabula s’est agacé des “bobards”, de la “mauvaise foi” et de “la lâcheté” du prévenu qui “prétend incarner des valeurs” à travers ses engagements associatifs.
Interrogée par l’AFP à l’issue de l’audience, Mme Filhol s’est dite “ frustrée ” : “Je ne saurais jamais pourquoi il a fait ça, il faut que je l’accepte”
Décision attendue le 24 mars.

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