“C’est enivrant de vivre l’instant présent et d’aider l’aéroport à tourner” A l’aéroport d’Orly, des centaines de salariés volontaires sortis de leur bureau pour aider au déneigement. Seulement 10% des vols ont été annulés. Reportage.
Dans le brouillard et sous les flocons, un convoi de véhicules jaunes avance lentement pour dégager les pistes. À l’aéroport de Paris-Orly, les volontaires de l’équipe d’hiver défient mercredi une neige “exceptionnelle”, tombée sur la France depuis le matin.
“On avait une prévision de 3 à 6 centimètres de neige sur huit heures, mais six centimètres sont tombés en une heure et demie”, raconte Jérôme Lauferon, directeur des aires aéronautiques à Orly.
Des précipitations brutales et inhabituelles depuis plusieurs années, souligne le responsable.
Ce qui relèverait de la routine au Canada ou en Russie déclenche une alerte maximale dans la capitale française, où les chutes de neige se font de plus en plus rares et dont les aéroports ne sont pas conçus pour une logistique hivernale lourde.
Avant les premiers flocons lundi, la cellule d’anticipation avait été mise en place dimanche et fonctionnait 24 heures sur 24 tout comme le “poste de commandement neige”.
300 volontaires ont quitté leur bureau pour affronter la neige
C’est alors que commence l’aventure humaine: la gestion de la neige à Orly repose sur cinq responsables qui s’appuient sur quelque 300 volontaires qui quittent leurs bureaux chez le groupe ADP (Aéroports de Paris) pour affronter les éléments.
“Cela fait plaisir de pousser les flocons”, s’enthousiasme Stephen, 58 ans, chauffeur de déneigeuse.
Ancien pilote, actuellement responsable interface-travaux voirie, il a passé son permis poids lourds pour rejoindre il y a 12 ans les rangs des volontaires du “service hivernal”.
“On est en mode commando”, sourit-il, un souvenir de son service militaire et du stage commando grand froid. “Cela permet de voir une autre facette de l’aéronautique. C’est une expérience humaine riche, on se sent utile”.
Même ressenti pour Benjamin Sinegre, responsable de stratégie environnementale à Paris-Orly et lui aussi volontaire, content de quitter son bureau pour s’installer au commandement neige.
“C’est enivrant de vivre l’instant présent et d’aider l’aéroport à tourner”, confie-t-il.
Sa mission: dispatcher les cinq “trains neige”, chacun composé de plusieurs véhicules, entre les pistes et les voies de circulation des avions.
Robin Durand, responsable de la cellule anticipation, embarque une équipe de l’AFP à bord d’une voiture jaune qui circule sur les pistes et supervise le déneigement.
5 déneigeuses en action
A la tête de chaque “train neige”, un véhicule convoyeur ouvre la voie, guidant cinq déneigeuses équipées de larges lames pour pousser la neige.
Derrières elles, un véhicule qui récupère la neige et l’éjecte hors des pistes, puis, finalement, un épandeur qui répand du formiate de potassium, l’équivalent du sel routier mais moins corrosif pour les avions et plus efficace contre la glace.
“Ce produit sert à abaisser le point de congélation: là où l’eau gèle normalement à 0°C, le sel jusqu’à -5°C et le formiate protège jusqu’à -15 ou -20 degrés”, explique-t-il.
Dans les aéroports, l’enjeu est crucial en cas de chute de neige et de verglas: si sur une route, les voitures peuvent adapter leur vitesse en fonction des conditions climatiques, un avion en phase de décollage ou d’atterrissage doit atteindre la vitesse de 200 km/h en toutes circonstances.
De 35 à 45 minutes pour déneiger une piste
Les pistes longues sont déneigées en 35 à 45 minutes en moyenne et pendant la durée du déneigement, le trafic sur la piste est interrompu.
Ce qui réduit les capacités de l’aéroport et peut causer la réduction du nombre de vols des compagnies.
10% des vols annulés à l’aéroport d’Orly
Une centaine de vols ont ainsi été annulés mercredi matin dans les aéroports parisiens, dont une cinquantaine à Paris-Orly sur 517 sur une journée.
“On n’est pas surpris par la neige”, assure Coralie Chabot, responsable du centre opérationnel, en ajoutant que les entraînements ont été menés “toutes les semaines” depuis septembre.
“La neige, comme aujourd’hui, est assez exceptionnelle et nous se sommes pas dimensionnés en termes d’équipes”, ni en termes de postes de stationnement pour les avions, conclut-elle.

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