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“Ceux qui donnent les ordres ne sont jamais responsables”, tacle le commandant des CRS jugés pour avoir matraqué des gilets jaunes à Paris

“Ceux qui donnent les ordres ne sont jamais responsables”, tacle le commandant des CRS jugés pour avoir matraqué des gilets jaunes à Paris © Wcc Paris 16

“Irresponsable, insensé et dangereux”: le commandant de la compagnie de CRS dont neuf membres sont jugés à Paris pour avoir matraqué des manifestants dans un Burger King parisien lors de l’acte 3 des “gilets jaunes”, n’a pas mâché ses mots jeudi sur la conduite des opérations.

Droit comme un i, en uniforme, Gilbert S., le commandant de la CRS 43 à l’époque des faits, donne le ton dès le début de son audition comme témoin devant le tribunal correctionnel.

“Aujourd’hui, je pense que je ne suis pas à ma place”, déclare-t-il. “Je pense que j’aurais dû être au côté de mon unité, des prévenus, et je pense que d’autres membres de la chaîne hiérarchique auraient dû être sur le banc des prévenus”.

Neuf policiers, tous membres à l’époque des faits de la CRS 43 basée à Chalon-sur-Saône, comparaissent depuis lundi pour violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes. Ils encourent pour certains jusqu’à sept ans de prison et 100 000 euros d’amende.

Lors des investigations, le gradé avait demandé à être mis en examen au même titre que ses subordonnés mais la juge d’instruction avait estimé que sa responsabilité pénale ne pouvait pas être engagée.

A la barre, Gilbert S. maintient sa position et éreinte la chaîne de commandement ce 1er décembre 2018, troisième samedi de manifestations des “gilets jaunes”.

“Je trouve ça scandaleux”, tonne-t-il. “Scandaleux” que ce soient toujours les hommes sur le terrain qui aient à rendre des comptes. “Ils sont obligés d’obéir, ceux qui donnent les ordres ne sont jamais responsables”, lâche le commandant.

Lors des deux précédentes journées d’audience, les prévenus avaient admis avoir manqué de “lucidité” lors de leur opération en début de soirée dans le Burger King, au cours de laquelle ils avaient frappé à coups de matraque des “gilets jaunes” venus s’y réfugier pour reprendre leur souffle alors que l’air dans les rues environnantes était saturé de gaz lacrymogènes.

Mais les policiers avaient aussi confié leur sentiment d’avoir été “abandonnés” par leur chaîne hiérarchique, et mis en cause, parfois dans des termes crus, la Préfecture de police.

Pas de relève

Devant le tribunal, Gilbert S. retrace le déroulé de cette journée, marquée par une colère et une violence inédites. Il est envoyé avec ses hommes sur l’Arc de Triomphe. “Les premières grenades lancées par mon unité se font dès le matin”, relate-t-il.

“Toute la matinée, nous essayons de reprendre l’Arc de Triomphe, mais pour des raisons que j’ignore, on ne va jamais au bout de l’opération, elle est sans cesse remodelée”, poursuit-il.

“Au cours de cette journée, au gré des événements, j’ai envoyé des signaux d’alerte sur les hommes”, indique-t-il. Selon le gradé, ce jour-là, il y avait “neuf unités et demie en réserve”. Soit largement de quoi relever ses hommes, de plus en plus éprouvés.

Mais ces unités “sont restées sans mission”, affirme-t-il. “Il y a une règle fondamentale qui est une règle coutumière, appliquée par la gendarmerie mobile, les CRS: avec de tels signaux d’alerte, il est inconcevable qu’on n’ait pas relevé la CRS 43”, lance Gilbert S.

En début de soirée, alors que les hommes de Gilbert S. n’ont pas mangé “depuis 6H00 du matin”, ordre est donné d’intervenir dans le Burger King. “On n’aurait jamais dû nous dire d’intervenir dans cet établissement”, considère le commandant. “Mais le pire, c’est qu’on n’aurait jamais dû être sur le terrain” à cette heure-là.

Mardi, celui qui était à l’époque chef d’état-major adjoint de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) de la Préfecture de police, avait assuré qu’il n’avait pas ce jour-là de forces en réserve. “Les seules capacités qu’on aurait eu, ce serait démanteler des dispositifs” à un endroit pour les mettre ailleurs, avait argué Alexis M.

“C’est faux”, assène jeudi le commandant d’une autre compagnie de CRS, cité aussi comme témoin. “Sur cette journée, nous avions 27 forces, nous n’en avions que cinq qui étaient très manoeuvrantes”, observe-t-il, soulignant que le dispositif monté par la DOPC était “très statique”.

La journée doit se poursuivre avec les plaidoiries des avocats et les réquisitions du parquet.

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