Ce fut la nuit de l’horreur pour Milly, jeune Niortaise de 18 ans, partie en virée à Paris avec ceux qu’elle pensait être des amis, deux semaines avant le confinement de 2020. Larguée en pleine nuit par ces derniers dans une cité de Champigny-sur-Marne, elle y sera violée dans un local poubelle. Le procès de trois des violeurs démarre ce mercredi au Tribunal de Créteil.
C’était la nuit du 4 au 5 mars 2020, deux semaines avant le confinement, Milly, 18 ans, habitante des Deux-Sèvres, était partie quelques jours avec ce qu’elle croyait être des amis pour voir Paris. Mais la virée tourne à l’horreur pour la jeune femme quand ces derniers la larguent dans la cité des Mordacs en pleine nuit, à Champigny-sur-Marne, au prétexte de faire de la place dans la voiture pour embarquer un autre jeune, “Boy”. Dans la cité, un homme attend, emmène Milly dans un local poubelle, où elle sera victime d’un viol collectif.
Selon Milly, huit hommes -presque tous cagoulés- rentrent, la rudoient, la frappent. Plusieurs la violent, les autres rient, regardent sans réagir, l’insultent. Elle reçoit un coup sur la nuque et perd connaissance. Après ces sévices, on la menace, pistolet sur la tempe, pour qu’elle se taise. A 02H45, Milly parvient à envoyer un message à son demi-frère pour lui demander d’appeler la police. Au téléphone, désemparée, sous le choc, elle lui explique qu’elle a été victime de viols.
Un peu plus tard, ceux qui l’ont livrée comme une proie, récupèrent la jeune femme totalement traumatisée mais la larguent une seconde fois, en pleine campagne au petit matin, après avoir constaté le SMS envoyé à sa famille, balançant son téléphone par la fenêtre. C’est finalement un riverain qui la récupérera et la remmènera chez elle.
ADN conservée
Dans son immense malheur, l’adolescente a une chance, sa mère, qui a le réflexe de récupérer ses vêtements pour les planquer dans un sac plastique. Un an plus tard, quand sa fille sera prête à porter plainte, les pièces à conviction seront là. Un an, c’est le temps qu’il aura fallu à la victime pour trouver la ressource psychologique de porter plainte. Car les faits sont trop douloureux pour cette très jeune femme, à l’image d’une écrasante majorité de victimes dénonçant des violences sexuelles. Selon des chiffres gouvernementaux, seules 7% des femmes déclarent avoir porté plainte après une agression sexuelle, une tentative de viol ou un viol.
L’ADN de quatre agresseurs est identifié. Une vague d’arrestations sera menée fin 2022. “Les profils des jeunes de Champigny mis en cause pour le viol collectif et la complicité de viol collectif de Milly ont en commun leur extrême jeunesse : trois sur cinq n’avaient pas encore 16 ans à l’époque des faits, tous souffrent d’une scolarité erratique ne dépassant pas le seuil du brevet des collèges, et sont membres de familles précaires qui peinent à les encadrer”, détaillait le journal Le Monde en octobre 2024, en marge du bouleversant et courageux témoignage de Milly.
Deux d’entre eux, 15 ans à l’époque des faits, doivent comparaître devant le tribunal pour enfants ce mercredi 11 février. Le troisième accusé du même âge comparaît lui pour complicité. Les deux autres jeunes hommes mis en examen pour viol, adolescents de 16 ans à l’époque, comparaîtront devant la cour d’assises des mineurs à une date ultérieure, aux côtés d’un autre accusé, majeur, jugé pour menaces de mort. Une “amie” de Milly, mise en examen pour complicité, a bénéficié d’un non-lieu. Tout comme “Boy” dont l’enquête n’a pas démontré qu’il savait que Milly allait subir des viols, selon une source proche du dossier.
Toujours selon cette source, la juge d’instruction a estimé qu’il était “possible” que tous les auteurs n’aient pas été identifiés, car plusieurs ADN retrouvés sur les vêtements de Milly étaient inexploitables.
“Il est insupportable d’entendre que Milly était consentante à ces actes ignobles“
“Milly et sa mère espèrent que les accusés reconnaissent enfin leur culpabilité alors qu’ils ont passé l’instruction à mentir, à tenter de se concerter“, ont pour leur part déclaré Antoine Ory et Irina Kratz, avocats des parties civiles. “Il est insupportable d’entendre que Milly était consentante à ces actes ignobles, ultra-violents, dans un dossier aussi solide sur le plan des preuves matérielles”, ajoutent-ils.
Contactés par l’AFP, Clément Abitbol, Audrey Barnel et Agnès Moron, qui défendent chacun un jeune jugé mercredi, n’ont pas souhaité s’exprimer, à l’instar des autres avocats de la défense. Parmi eux, deux avocates n’ont pu être jointes par l’AFP.
Pour Milly, le calvaire n’est pas terminé. Comme elle l’a raconté au Monde, elle a tenté de mettre fin à ses jours et souffre de sévères répercussions, dont un syndrome de stress post-traumatique.

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