Environnement | Ile-de-France | 27/01
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Pollution en Île-de-France : Airparif alerte sur les conséquences d’une suppression de la ZFE

Pollution en Île-de-France : Airparif alerte sur les conséquences d’une suppression de la ZFE © CD

La suppression des zones à faibles émissions (ZFE), envisagée par le projet de loi de simplification de la vie économique, suscite l’inquiétude d’Airparif. En Île-de-France, la fin de ce dispositif risquerait d’aggraver la pollution de l’air avec des conséquences en matière de santé publique et un impact économique. Elle fragiliserait aussi juridiquement la France, alerte l’observatoire de la pollution en Ile-de-France.

La qualité de l’air s’est nettement améliorée en Île-de-France au cours des vingt dernières années. Pour Airparif, ces progrès “résultent de politiques publiques” à tous les échelons, et les ZFE, déjà au nombre de 200 en Europe, constituent “l’un des leviers efficaces.”

Alors que le projet de loi de simplification de la vie économique prévoit de supprimer ces zones, Airparif alerte sur les conséquences d’un tel choix, dans une région où la pollution de l’air reste “un enjeu majeur de santé publique”.

Encore 8 000 décès prématurés liés à la pollution dans la région

Chaque année, près de 8 000 décès prématurés sont en effet attribués à la pollution dans la région. “En 2024, plus de 2,6 millions de Franciliens étaient exposés à des niveaux de pollution supérieurs aux seuils fixés par la nouvelle directive européenne à respecter d’ici 2030.” Par ailleurs, “l’ensemble de la population francilienne respire un air qui ne respecte pas l’ensemble des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé”, rappelle Airparif, notant que le trafic routier constitue la première source d’émissions d’oxydes d’azote, (près de 50 % des émissions totales) en Île-de-France.

La ZFE du Grand Paris a déjà eu un impact significatif

Mise en place progressivement depuis 2017, à l’initiative de la Métropole du Grand Paris, la ZFE francilienne couvre le territoire à l’intérieur de l’A86 où elle limite la circulation des véhicules les plus polluants en semaine, selon leur classification Crit’Air. Concrètement, la ZFE du Grand Paris visait d’abord à interdire les plus polluants (Crit’Air 4 et 5), puis les Crit’Air 3. Cette catégorie correspond globalement aux véhicules diesel immatriculés entre 2006 et fin 2010 et aux voitures à essence immatriculées entre 1997 et fin 2005. Cette catégorie concerne beaucoup s de véhicules. Leur nombre était ainsi estimé à 420 000 fin 2024. Pour accompagner les automobilistes, des aides ont été instaurées, à la fois des aides de l’Etat et des aides de la Métropole du Grand Paris, sous conditions de ressources Les aides de l’Etat ont toutefois été divisées par deux fin 2024, tandis que le dispositif de leasing social de voiture électrique à 100 euros par mois, lancé en grande pompe en janvier 2024, a été suspendu quelques semaines plus tard, victime de son succès. Une seconde édition de 50 000 bénéficiaires a été relancée en septembre.

Selon une étude d’Airparif réalisée en janvier 2025, cette zone a déjà permis de réduire de 14 % les émissions d’oxydes d’azote (NOx), marqueurs du trafic routier.

L’Etat déjà condamné pour son inaction

“La suppression de la ZFE reporterait de deux ans la conformité de l’agglomération parisienne vis-à-vis du respect de la valeur limite annuelle actuelle en dioxyde d’azote, alors même que cette réglementation est à respecter depuis 2008 et donne lieu à un contentieux juridique avec la Commission européenne”, prévient Airparif, rappelant qu’un autre contentieux avec le Conseil d’Etat a déjà donné lieu à “une condamnation de l’État et à des pénalités financières.” De quoi fragiliser “fortement la position juridique de la France vis à vis de la cour de justice de l’union européenne et du Conseil d’État.”

Un risque pour 40 000 habitants

Sur le plan environnemental surtout, les projections à l’horizon 2030 montrent que, sans la ZFE, 40 000 Franciliens supplémentaires seraient exposés à des dépassements des seuils réglementaires. À l’inverse, son maintien, voire son extension aux véhicules Crit’Air 2, permettrait “une baisse de 96 % de la population exposée par rapport au scénario de ZFE actuel”.

Le coût économique de l’inaction

Le coût de l’inaction serait aussi économique, selon Airparif qui estime que l’amélioration de la qualité de l’air entre 2010 et 2019 a généré 61 milliards d’euros de bénéfices sanitaires, contre 5 milliards d’investissements publics sur la même période. “La baisse de la mortalité sur 10 ans représente des gains économiques 10 fois plus élevés que les investissements nécessaires”.

55% des franciliens favorables

Enfin, plaide Airparif, la ZFE bénéficie d’un soutien majoritaire de la population. Selon une enquête Ipsos pour Airparif publiée le 22 janvier 2026, “55 % des Franciliens se déclarent favorables à l’existence d’une ZFE” et “près des trois quarts (74 %) se prononcent également en faveur d’un durcissement progressif des restrictions”.

Besoin d’accompagnement pour les ménages modestes

Airparif reconnaît en revanche qu’il y a une “attente forte en matière d’aides destinées aux publics concernés”, en particulier les ménages modestes, souvent les plus exposés à la pollution.

Dans ce contexte, la Métropole de Paris a plusieurs fois reporté l’interdiction aux Crit’Air 3, puis l’a assouplie d’exceptions, à la veille de sa mise en œuvre. Elle est toutefois opérationnelle depuis le 1er janvier 2025, même si aucun contrôle n’est prévu pour sanctionner les contrevenants, durant toute cette année. Malgré ces aménagements importants, rendant la ZFE moins contraignante le temps de poursuivre l’accompagnement, son concept même a cristallisé la colère de certains usagers, donnant lieu à des manifestations. Lors de la première lecture du projet de loi de simplification économique, la suppression a été adoptée. En Ile-de-France, le vote s’était toutefois partagé entre 11 pour et 11 contre. Le vote prévu cette semaine, après le passage du projet de loi en commission mixte paritaire (pour accorder les positions du Sénat et de l’Assemblée nationale) sera définitif.

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