A l’issue d’une audience tendue de plusieurs heures, le parquet de Créteil a requis huit mois de sursis contre deux policiers pour avoir falsifié le procès-verbal d’interpellation de quatre adolescents à Vitry-sur-Seine en 2020, une affaire à l’époque très médiatisée.
“Ce procès-verbal n’est pas loyal et (…) à mon sens, ils l’ont fait en conscience”, a détaillé la procureure, “sans trop y réfléchir, rapidement, mais quand même en conscience, en faisant ce qu’il considèrent être un petit arrangement avec la réalité.”
Au cœur de cette audience tendue: ce document rédigé par Matthieu R., 34 ans, alors policier au sein de la Brigade anticriminalité (BAC), qui assure que ces quatre jeunes ont été interpellés après leur identification sur place par une victime de vol à l’arrachée.
Pourtant, selon le procès-verbal de synthèse produit à l’issue d’une enquête menée par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), les photos des quatre adolescents ont été envoyées par Romain E., 41 ans, alors chef de bord, tandis que ces derniers étaient déjà au contact des jeunes.
Et selon les déclarations de la victime du vol, elle ne s’est jamais rendue sur place pour identifier visuellement les suspects.
Près de six ans après les faits, “c’est compliqué de m’engager formellement pour un déroulé aussi précis pour quelque chose d’aussi vieux”, répond le chef de bord de l’époque.
Lui comme son ex-collègue répèteront à plusieurs reprises qu’ils ne “savent pas”. Matthieu R. a assuré avoir “mal compris” ce que Romain E. lui a indiqué quant aux échanges avec la victime du vol.
Ce dernier a reconnu “un défaut de relecture du PV” qui a conduit à “une coquille”, tout en minimisant les faits.
“On n’est pas dans la coquille, on n’est pas dans l’erreur, on est dans une histoire”, a tonné Me Jérôme Karsenti, au nom des quatre jeunes et leurs familles.
“Fusibles”
“Le sujet est: comment la police aujourd’hui se comporte dans les quartiers populaires, avec une forte minorité visible d’origine post-coloniale ou étrangère”, a-t-il résumé.
“On a envie de les humilier, de faire le buzz, de faire le procès de la police, quand (Matthieu R.) fait une erreur sur un PV parce qu’il en peut plus, parce qu’il fait des horaires à rallonge”, a rétorqué son avocate, Me Florence Bourgois, qui a plaidé la relaxe.
Tout comme Me Nicolas Forlot pour Romain E., estimant que les deux policiers qui exercent toujours et présentent des états de service exemplaires sont “les fusibles dans cette affaire”.
Le fait que le dossier ait été assez médiatisé à l’époque, notamment en raison de l’implication de la députée LFI, Mathilde Panot, a été dénoncé à plusieurs reprises par la défense.
Cette affaire avait à l’époque ressurgi en plein débat sur les violences policières et au moment où le gouvernement avait promis la “tolérance zéro” contre le racisme au sein des forces de l’ordre.
Quatre plaintes avaient été déposées par les jeunes victimes, aujourd’hui vingtenaires pour injures racistes et homophobes et détention arbitraire, accusations qui n’ont pas fait l’objet de poursuites.
Vingt-quatre heures après leur interpellation en 2020, ces quatre adolescents, dont deux sont noirs, un d’origine maghrébine et un autre blanc, ont été relâchés sans poursuite.
Désormais adultes, ils se sont succédé à la barre pour évoquer six ans plus tard leur “peur” toujours présente à la vue de la police.
“Je suis effarée par (le) manque d’empathie” des prévenus, a témoigné la mère de l’un d’entre eux, “et par naïveté, j’aurais peut-être aimé des excuses”.
Lors de ses derniers mots, Romain E. a plutôt répété qu’“il n’y a jamais eu de volonté de nuire, de mentir, (mais) il y a eu un défaut de contrôle”.
La décision est attendue le 26 février.

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